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IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

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Enhancing Nuclear Safety


Research

Thèse en cours

The acceptability of social risks

Host direction : Direction of strategy, development and partnership (DSDP)

Start date : 01/12/2008

Name of the thesis student : Reza Lahidji


La littérature économique traite de la question des risques sociaux en s'appuyant sur les outils de la théorie de la décision, spécifiquement les modèles d'optimisation de l'utilité espérée de von Neumann-Morgenstern et, plus rarement, de Savage. C'est notamment le cas des calculs de coûts et de bénéfices sur lesquels se fondent bon nombre de décisions. Or un examen attentif montre que la nature des risques en question contrevient en plusieurs points aux hypothèses fondamentales de ces modélisations. La théorie de la décision, de son côté, a connu des développements importants au cours des deux dernières décennies. L'objet de la thèse est à la fois d'analyser la spécificité des problèmes de décision face à des risques tels que ceux de l'industrie nucléaire, et d'évaluer l'apport de la nouvelle théorie de la décision à leur compréhension.

 

 

Première étude: Croyances et pratiques d'évaluation en matière de risques sociaux

 

Une première étude s'attachera à démontrer que l'approche statistique bayésienne sous-jacente à la théorie traditionnelle de décision ne tient pas compte de la spécificité des risques sociaux et du degré d'incertitude qu'ils

comportent. On s'appuiera ici sur une analyse approfondie de l'évaluation des risques liés aux installations nucléaires. C'est sans doute dans ce secteur, en effet, que l'approche bayésienne a été poussée le plus loin afin de quantifier le risque, en particulier à travers l'élaboration des modèles d'évaluation probabiliste de la sûreté (EPS). L'EPS repose notamment sur une distinction explicite entre risque (incertitude aléatoire) et ambiguïté

(incertitude épistémique), ainsi que sur la formalisation d'un processus de révision bayésienne des estimations et le développement de bases de données exhaustives à cet usage.

Cette analyse montrera que l'éxigence qu'une probabilité a priori soit affectée à tout événement pertinent, qui est au coeur de l'approche bayésinne, ne peut être satisfaite dans un tel cas. L'objectif que l'on se donne est le plus souvent de parvenir à une évaluation raisonnable du niveau maximum de risque. On tente ainsi d'estimer la limite supérieure d'un intervalle de confiance pour la probabilité de réalisation, plutôt que sa valeur même. Il apparaît, plus généralement, que les décisions de gestion des risques sociaux ont tendance à se référer à des cas de figure défavorables, c'est-à-dire à une probabilité de réalisation d'événements dommageables supérieure à la valeur moyenne de l'intervalle estimé. Cette pratique révèle une aversion collective pour l'ambiguïté, en

conformité avec les comportements décrits par les théories non bayésiennes de la décision. On analysera donc l'apport de ces théories, notamment celle du modèle des a priori multiples qui semble fournir le meilleur cadre pour l'analyse des risques sociaux dans un secteur tel que l'industrie nucléaire.

Ce cadre permettra de discuter de la distinction traditionnelle entre prévention et précaution dans la gestion des risques sociaux, qui pose habituellement un problème de discontinuité de la règle de décision: à partir de quel stade l'ambiguïté est-elle assez forte pour passer du régime (bayésien) de la prévention à celui (non bayésien) de la précaution? Dès lors que la théorie non bayésienne est la plus adaptée aux problèmes de gestion des risques sociaux d'une façon générale (quel que soit le degré d'ambiguïté), une telle discontinuité n'a pas lieu d'être.

Autrement dit, les décisions concernant un risque ancien et bien connu et un risque nouveau et très incertain diffèrent en termes de paramèrres, et non en termes de règle de décision. On tentera de montrer qu'il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, de mobiliser les connaissances existantes afin d'exercer un doute raisonnable. On en déduira qu'il est important de se pencher sur le processus de détermination de l'ensemble de mesures de probabilités admissibles, et de comprendre comment les décisions collectives peuvent borner l'incertitude en excluant les événements considérés comme trop improbables, et ainsi définir les limites du doute raisonnable.

 

 

Deuxième étude: Décisions collectives en présence de risques sociaux

 

Cette deuxième étude se penchera sur la construction d'une règle de décision sociale.

Le thème dominant de la théorie du choix social en présence d'incertitudes est la tension entre l'exigence de rationalité collective et celle de représentation des préférences individuelles. Des résultats d'impossibilité

établissent que les préférences d'un groupe d'individus ayant des goûts et des croyances divers ne peuvent être agrégées sans contrevenir soil aux critères de rationalité bayésienne, soit à des conditions de  représenrativité.

L'étude proposera une critique de l'agrégation des préférences individuelles en situation de risque social en faisant appel à des arguments méthodologiques, éthiques ct cognitifs. On tentera de montrer que la révélation des probabilités subjectives par les choix individuels s'avère particulièrement délicate dans le cas des risques sociaux. On discutera ensuite ce qui apparaît comme une faiblesse fondamentale de l'agrégation en présence d'incertitude: l'application du principe d'anonymat, qui revient à donner le même poids à une opinion bien informée qu'à une autre fondée sur une totale ignorance. On rappellera que l'un des rôles essentiels des institutions démocratiques est d'éviter une telle situation (notamment en faisant que l'apprentissage collectif privilégie les sources les mieux informées), ou à défaut d'en limiter les conséquences. On se penchera enfin sur les travaux de sociologie et de psychologie qui se sont interrogé sur les fondements des comportements individuels et des décisions collectives face aux risques sociaux.

Une partie plus empirique de l'étude examinera les limites de la représentation par agrégation des préférences individuelles en s'appuyant sur une étude détaillée des comportements individuels et des décisions publiques concernant la sûreté nucléaire dans différents pays. Cette partie illustrera le fait que les choix individuels peuvent durablement contrevenir aux connaissances scientifiques, montrant tour à tour une sensibilité particulière ou au contraire de l'indifférence au risque. Elle mettra également en évidence les comportements stratégiques des différents acteurs concernés par la gestion du risque, ainsi que leur influence sur la perception du risque et sur les décisions sociales.

En conclusion, l'étude défendra l'idée que les décisions sociales sont en fait le reflet de consensus relatifs concernant la gestion des risques. Ces consensus semblent tout autant conditionnés par des comportements

stratégiques de révélation ou de manipulation de l'information que par les données scientifiques "objectives".

 

 

Troisième étude: Une approche stratégique de l'acceptabilité des risques sociaux

 

Cette dernière étude rassemblera différents éléments développés dans les parties précédentes au sein d'un modèle de construction de consensus sociaux sur l'acceptabilité des risques. Le modèle mettra l'accent sur une phase préalable à la décision de gestion du risque social proprement dite,

consistant à assembler l'information disponible sur le risque ct à construire sur cette base un consensus social. La distinction entre une phase d'évaluation et une phase de gestion des risques est un élément important des politiques existantes, tant sur le plan de la méthodologie que sur ceux des instruments techniques et de l'organisation institutionnelle.

L'évaluation du risque consistera ici à sélectionner, à partir de croyances a priori hétérogènes, un domaine « raisonnable» du risque. On représentera ce problème à partir de l'ensemble des valeurs possibles du risque,

vis-à-vis duquel les agents développent des croyances. On étudiera l'hypothèse que la société s'accorde dans un premier temps pour se poser la question du risque, et qu'elle s'accorde de nouveau à l'issue du processus sur l'ampleur possible du risque. Ce dernier consensus sera représenté par une révision unanime des distributions de probabilités individuelles sur l'ensemble des valeurs possibles du risque.

On dira ainsi qu'un risque est exclu lorsque cette distribution accorde à la valeur zéro un poids égal à un ; qu'il existe un doute scientifique lorsque ce poids est strictement compris entre zéro et un ; enfin que le risque est

établi lorsque ce poids est nul.

Une fois ce premier tri effectué, on estimera que les modèles de décision avec a priori multiples, unanimité des croyances et aversion à l'ambiguilé constituent une représentation satisfaisante de la gestion des risques sociaux.

Une politique de prévention consiste ainsi à appliquer un tel critère de décision à un risque établi; une politique de précaution consiste à l'appliquer à une situation où il y a un doute scientifique.

 

La situation modélisée peut se décrire ainsi:

  • La société est en présence d'un phénomène potentiellement dommageable, que l'on appellera risque ex ante.
  • La loi exacte du risque ex ante (probabilité de survenue et ampleur des conséquences) est inconnue de tous, mais certains acteurs sont mieux informés que d'autres. Rien ne les contraint pour autant de rendre publiques leurs informations, même lorsque cela serait positif pour la collectivité.
  • Les acteurs prennent des mesures diverses susceptibles de réduire le risque, mais aussi de l'aggraver, par exemple par la poursuite d'activités risquées mais lucratives. Il en résulte un risque ex-post.
  • Le rôle du décideur social consiste à collecter l'information sur le risque ex-ante, à réunir un consensus social à son sujet (ou à constater un niveau de dissensus), et à mettre en place les mesures de gestion appropriées, c'est-à-dire celles qui minimisent le risque ex post.

 

Ce modèle de théorie des jeux sera décliné dans différentes applications illustrant des problèmes de gestion de risques dans l'industrie nucléaire, et mettant enjeu, outre le décideur social, des acteurs ayant un comportement stratégique vis-à-vis de l'information: un opérateur industriel, un organisme représentant les populations exposées, une collectivité locale percevant des taxes et chargée de l'infonnation des populations, etc...


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Reza Lahidji, the thesis student

Patrick Momal, IRSN thesis supervisor

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