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Récit de la mission Freebird 2012, le bonus

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Jean-Marc Bonzom, chercheur en écotoxicologie, et Audrey Sternalski, post-doctorante, sont sur le terrain pour une durée d'un mois, à proximité de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi dans le cadre du projet Freebird (Fukushima Radiation Exposure and Effects in BIRD populations, ANR Flash Post Fukushima).

 

Leur mission : étudier, aux alentours de la centrale, les effets sur les oiseaux de la contamination de l’environnement par des substances radioactives.

 

Grâce au carnet de voyage scientifique tenu par Jean-Marc Bonzom, ils partagent quelques moments de leur activité de terrain.

Le bonus !

 

Les aventures de Jean-Marc Bonzom et Audrey Sternalski en mission dans le cadre du projet de recherche Freebird viennent de s’achever après plus d’un mois au Japon.

 

Ultime récit : Christelle Adam-Guillermin et Audrey Sternalski nous font partager leur quotidien, ou une journée ordinaire en zone contaminée. 

 

4 heures du matin, la brume matinale peine à se lever sur les montagnes d’Itate, village situé dans la zone des 20 à 30 km où la plupart des maisons sont abandonnées. Seules les personnes munies d’un laisser-passer peuvent circuler la journée tandis que la nuit, la plupart des gens repartent à l’extérieur de la zone, ne restent que quelques voitures de police qui assurent des rondes de surveillance.

 

Direction Fukushima ! © IRSN

 

La brume peine à se lever sur la montagne Itate. © IRSN

 

Nous allons contrôler les filets à moineaux posés il y a quelques jours. Les oiseaux sont dégagés doucement du filet où ils tricotent des nœuds parfois difficiles à défaire. Ils sont ensuite mesurés sous toutes les coutures, pesés, puis un échantillon de sang est prélevé afin d’y doser des marqueurs de coloration, de stress oxydant et de dommages à l’ADN. Ces marqueurs sont indicateurs de l’état de santé des organismes et peuvent être le reflet d’une atteinte par les rayonnements ionisants. Ils sont dosés chez les oiseaux dans diverses zones de niveau d’exposition croissant (cf carte des sites étudiés), de façon à établir une éventuelle relation entre la dose radiologique et l’état de santé des oiseaux. Des portraits de l’oiseau sont ensuite réalisés et quelques plumes sont prélevées. La radioactivité est mesurée, puis, l’oiseau est relâché puisque c’est le projet FREEBIRD !

 

Localisation des zones de captures (carte établie d'après le relevé aérien du 28 août 2011 effectué par le Mext) © IRSN

 

Analyse colorimétrique des plumes des oiseaux © IRSN

 

17 heures : après avoir trié et traité les échantillons au camp de base, nous voici reparties à la pêche aux grenouilles. Pourquoi les grenouilles ? Parce qu’elles sont le reflet d’une exposition au sein des milieux aquatiques vs. dans les milieux terrestres pour les oiseaux et que de surcroît, tous les paramètres mesurés sur les oiseaux peuvent l’être également chez les grenouilles. Et comme au Japon, chaque village compte de nombreuses rizières et que chaque rizière compte des centaines de grenouilles, il suffit de se baisser pour les ramasser et ainsi espérer en finir avec le cauchemar des biologistes : le manque de puissance statistique !

 

Après les oiseaux, place à la chasse aux grenouilles ! © IRSN

 

Encore faut-il trouver des sites identiques sur un gradient de dose radiologique et sans changement d’autres paramètres (facteur confondant)… Etant donné que le débit de dose peut changer d’un facteur 2 à 5 lorsque l’on passe de la montagne à la vallée, que l’on sort de la forêt ou que l’on s’éloigne des talus et bords de route, il est parfois difficile de trouver le débit de dose recherché !

 

Un statue de grenouille dans une rizière © IRSN

 

Par exemple, sur certains sites qui sont en cours de décontamination, on peut trouver à quelques dizaines de centimètres de distance, des sites ayant un débit de dose de 2,8 µSv/h (contact avec le sol après enlèvement des couches superficielles), de 12 µSv/h (contact avec le sol non perturbé), de 5 µSv/h (à 1 m du sol dans les rizières décontaminées – sol superficiel enlevé) ou de 8 µSv/h (à 1 m du sol sous un arbre au niveau des talus délimitant les rizières).

 

Mesure de la radioactivité dans une rizière © IRSN

 

Dans ce contexte d’hétérogénéité importante, la dose radiologique aux organismes doit être approchée par des méthodes complémentaires (calculs de dose externe et interne à partir des mesures de radioactivité dans les milieux ou dans les organismes - spectrométrie gamma in vivo ou sur échantillons aliquotés- ; dosimétrie externe passive à l’aide de TLDs ou de microdosimètres…).

 

Débits de dose enregistrés sur un site en cours de décontamination à Itate. © IRSN

 

Pour pêcher les grenouilles, on procède à la nuit tombée, lorsqu’elles chantent toutes en chœur, éclairées par les lucioles. Il faut alors avoir l’oreille musicale pour reconnaître la bonne espèce et l’attraper.

 

Ce soir, la chance est avec nous, nous entendons un concert de coassements en haut d’une colline. Nous nous approchons avec hâte tant les chants des grenouilles sont forts et nombreux... pour tomber finalement sur une piscine municipale abandonnée, pour le plus grand bonheur des grenouilles, mais pas pour le nôtre car le facteur « piscine » peut définitivement être rangé dans la catégorie « confondant » et ce site ne peut donc être échantillonné !

 

Nous irons finalement pêcher dans d‘anciennes rizières, où les grenouilles prennent parfois un malin plaisir à nous échapper dans les grandes herbes. Nous rentrerons avec nos précieuses grenouilles, prêtes à démarrer le lendemain une nouvelle journée « ordinaire »…

 

A bientôt,


Christelle Adam-Guillermin et Audrey Sternalski


Dernière modification le 19 juillet 2012


Projet Freebird

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