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La Cohorte Enfant Scanner

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Contexte


Le scanner (tomodensitométrie ou CT scan en anglais) est un outil indispensable de la médecine moderne pour les diagnostics médicaux, utilisé chaque jour en pratique clinique et de plus en plus chaque année en France. Les doses reçues par les organes-cibles lors d’un scanner sont bien plus importantes que lors d’un examen par rayons X classique. Par exemple, lors d’un scanner abdominal, l’estomac reçoit approximativement 12,5 mGy soit une dose 50 fois supérieure à la dose reçue par le même organe lors d’une radiographie abdominale. L’utilisation croissante du scanner, malgré ses bénéfices sur le plan médical, entraine une augmentation des doses totales reçues par les patients.


La communauté scientifique s’intéresse de plus en plus aux potentiels risques à long terme de ces expositions (cancer, leucémies, etc.). Les effets radio-induits des niveaux de dose pouvant être générés par des examens par CT scan (quelques dizaines de mGy) n’ont pas été scientifiquement établis de manière indiscutable, même si plusieurs études récentes semblent mettre en évidence une augmentation de risque de cancers du cerveau et de leucémies. La cohorte Enfant Scanner concerne des patients exposés à un ou plusieurs examens scanner dans une vingtaine de CHU répartis sur l’ensemble de la France. Elle a été constituée à partir de 2000 et inclut des enfants jusqu’en 2013. Ce projet a été mis en place par l’IRSN en collaboration avec la Société Francophone d’Imagerie pédiatrique et prénatale (SFIPP) et les CHU inclus dans l’étude.


Il s’agit d’une étude épidémiologique visant à étudier le risque potentiel de cancer radio-induit après exposition au scanner dans l’enfance ; elle est menée par les chercheurs du Laboratoire d’épidémiologie des rayonnements ionisants (LEPID) de l’IRSN.


 

Objectif

 
Les études réalisées au sein de la cohorte visent à améliorer la connaissance des pathologies susceptibles de se développer à long terme suite à une exposition médicale diagnostique aux rayonnements ionisants à faibles doses. Elles s’intéressent au risque éventuel de survenue de différents cancers (incidence et mortalité par cancer), en fonction de l’exposition aux rayonnements ionisants et en tenant compte des facteurs de risque potentiels.

 

 

Description


La cohorte est actuellement constituée de près de 130 000 enfants, nés après le 1er janvier 1995 et ayant été exposés à un premier scanner entre 2000 et 2011. Les enfants qui ont bénéficié d’un scanner pour le diagnostic ou le suivi d’une pathologie cancéreuse sont exclus du suivi. Cette étude a fait l’objet d’une déclaration à la Commision nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), autorisation 908354 du 12/12/2008 et DR-2011-141 du 26/04/2011.


Les données collectées comportent les données nominatives permettant de croiser nos informations avec les registres nationaux pédiatriques de cancer, le Registre national des hémopathies de l’enfant (RNHE) et le Registre des tumeurs solides de l’enfant (RTSE) et de disposer du statut vital. D'autre part, un décret en Conseil d'État paru au JO du 7 août 2016 (décret 2016-1080 du 3 août 2016) autorise l'utilisation des données de l'Assurance maladie pour compléter les données de santé collectées.


Les 21 CHU participant à l’étude sont : le CHU d’Angers, l’APHP avec les centres hospitaliers suivants : Armand-Trousseau, Antoine-Béclère, Bicêtre, Jean-Verdier, Louis-Mourier, Necker, Robert-Debré, Saint(Vincent-de-Paul ; Bordeaux, Clermont-Ferrand, La Réunion, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Rouen, Tours.

 
Les informations dosimétriques concernent : la date de l’examen, le site anatomique exposé aux rayonnements ionisants, la machine scanner utilisée, le protocole d’acquisition d’images utilisé.


Des informations complémentaires sur l’état de santé sont disponibles pour une partie de la cohorte à partir des données du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI) et des données de l'Assurance maladie, via le Sniiram (Système national d'information inter-régimes de l'Assurance maladie). À partir de ces informations anonymisées, des analyses statistiques sont réalisées par le Laboratoire d’épidémiologie de l’IRSN. À ce jour, les patients ont été suivis jusqu’au 31 décembre 2011.


Il est prévu d'effectuer un suivi de l'état de santé de ces enfants sur le long terme.


Ce projet a ou est soutenu financièrement par La ligue contre le Cancer, l’InCa et la Communauté Européenne.

 

 

Résultats


Une description initiale de la population et des doses reçues a fait l’objet d’une publication scientifique et de plusieurs communications en congrès. Une première analyse des données a été effectuée dans le cadre de la thèse de Neige Journy. Les résultats préliminaires suggèrent une augmentation du risque de tumeur cérébrale et de leucémie en fonction de la dose chez les enfants ne présentant pas de prédisposition au cancer. Cependant, le suivi court et le faible nombre de cas de cancer dans la cohorte ne permettent pas de disposer d’une puissance statistique suffisante pour confirmer ce résultat. La poursuite de suivi permettra d’augmenter la puissance de nos analyses (Journy et al, Brit J of Cancer 2015).


Des collaborations internationales sont en cours, en particulier dans le cadre du projet EPI-CT coordonné par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

 

 

Références

  • Baysson H, Journy N, Rehel JL, Mezzarobba M, Boudjemline Y, Bonnet D, Petit J, Brisse HJ, Aubert B, Laurier D, Bernier MO. Suivi d’enfants exposés aux rayonnements ionisants dans le cadre de procédures radiologiques à visée diagnostique. Radioprotection 2013; 48 (1): 97-113.
  • Bernier MO, Mezzarobba M, Maupu E, Caër-Lorho S, Brisse H J, Laurier D, Brunelle F, Chatellier G. Utilisation des données du programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) dans les études épidémiologiques : application à la Cohorte Enfant Scanner. Rev Epidemiol Santé Publ 2012; 60: 363-70.
  • Bernier MO, Rehel JL, Brisse H, Wu-Zhou X, Caer-Lorho S, Jacob S, Chateil JF, Aubert B, Laurier D. Radiation exposure from computed tomography in early childhood: a French large scale multicenter study. Br J Radiol 2012; 85: 53–60
  • Thèse Journy N. Analyse de la relation entre l’exposition aux rayonnements ionisants lors d’examens de scanographie et la survenue de pathologie tumorale au sein de la cohorte « Enfant Scanner ». Soutenue le 14 novembre 2014 à l’Hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Université Paris Sud)
  • Journy N, Rehel JL, Ducou Le Pointe H, Lee C, Brisse H, Chateil JF, Caer-Lorho S, Laurier D, Bernier MO. Are the studies on cancer risk from CT scans biased by indication? Elements of answer from a large-scale cohort study in France. Br J Cancer 2015; 112(1): 185-93. doi: 10.1038/bjc.2014.526.
  • Journy N, Roué T, Cardis E, Ducou Le Pointe H, Brisse H, Chateil J-F, Laurier D, Bernier M-O. Childhood CT scans and cancer risk: impact of predisposing factors for cancer on the risk estimates. J Radiol Prot 2016; 36: N1-7.
  • Journy N, Laurier D, Bernier MO. Comment on: Are the studies on cancer risk from CT scans biased by indication? Elements of answer from a large-scale cohort study in France. Br J Cancer. 2015; 112(11): 1843-4. doi:10.1038/bjc.2015.105.
  • Baysson H, Journy N, Roue T, Ducou-Lepointe H, Etard C, Bernier MO. Exposition à la scanographie dans l’enfance et risque de cancer à long terme. Une synthèse des études épidémiologiques récentes. Bulletin du Cancer. 2016.