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Recherche sur le risque de cataracte radio-induite. Population des cardiologues interventionnels en France

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Contexte


Le cristallin de l’oeil est un tissu radiosensible. Exposé aux rayonnements ionisants, il développe des opacités pouvant conduire à une cataracte. Si le risque est connu de longue date, il demeure aujourd’hui au coeur des questions actuelles en radioprotection. En 2011, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) a revu drastiquement à la baisse ses recommandations pour les travailleurs, ramenant la limite annuelle d’exposition de 150 à 20 mSv (millisieverts). Cette nouvelle valeur a été reprise dans les normes de base en radioprotection (Basic safety standards ou BSS) de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 2011 et dans la directive Euratom 2013/59 publiée en décembre 2013.

L’IRSN est impliqué dans différentes études visant à mieux caractériser les risques de cataractes radio-induites, en support à l’amélioration du système de radioprotection.

 

 

Étude O'Cloc

 

Introduction


En raison de l'utilisation croissante des procédures de cardiologie invasive réalisées sous guidage fluoroscopique, les cardiologues interventionnels sont particulièrement concernés par l’exposition aux rayons X. Les conséquences de l'exposition des yeux aux rayonnements ionisants en termes d’opacités du cristallin radio-induites sont une préoccupation importante. Les opacités cristalliniennes au niveau sous capsulaire postérieur sont caractéristiques de l’exposition aux rayonnements ionisants et ont été observées en excès sur de petits échantillons de  cardiologues interventionnels aux Etats-Unis, en Uruguay et Colombie, en Malaisie et en Finlande. Ces études présentaient néanmoins des limites quant à la taille et la représentativité des échantillons recrutés ou à la méthodologie utilisée. De plus, aucune étude approfondie n’avait été réalisée en France.


Objectif


Dans ce contexte, en Octobre 2009, le laboratoire d’épidémiologie de l’IRSN a mis en place l’étude O’CLOC pour estimer le risque d’opacités cristalliniennes chez les cardiologues interventionnels par rapport à un groupe contrôle non exposé.


Description


Les cardiologues interventionnels de plus d’une trentaine de centres français ont été invités à participer. Lors d’un entretien téléphonique, un questionnaire médical reprenant les informations individuelles, antécédents médicaux et facteurs de risque potentiels de cataracte était complété, ainsi qu’un questionnaire professionnel décrivant l’activité passée et actuelle en salle de cathétérisme. Les travailleurs non exposés du centre de Fontenay-aux-Roses de l’IRSN ont été invités à participer à l'étude O'CLOC pour constituer le groupe témoin comparable au groupe exposé en termes d’âge et de sexe.  Le même questionnaire médical leur a été proposé. Enfin, tous les participants exposés et non exposés ont bénéficié d’un examen ophtalmologique, incluant une dilatation pupillaire et une cotation du type (nucléaire, cortical, sous capsulaire postérieur) et du stade (0, 1, 2,…, 5) des opacités cristalliniennes selon la classification internationale LOCS-Lens Opacities Classification System-III.


Résultats


Une centaine de cardiologues interventionnels et une centaine de travailleurs non exposés de 50 ans d’âge moyen et comparables pour leurs caractéristiques cliniques ont été inclus dans l’étude. Les premières analyses ont montré un risque d’opacités sous capsulaires postérieures près de 4 fois plus élevé chez les cardiologues interventionnels par rapport au groupe témoin non exposé, alors que les autres types d’opacités cristalliniennes étaient répartis de façon homogène entre les deux groupes. L’analyse des questionnaires professionnels a également montré que la connaissance et la prise en compte des règles de radioprotection semblaient s’améliorer ces derniers temps mais restaient très variables selon les praticiens. Près de 40% des cardiologues déclarent encore une utilisation partielle ou nulle de leur dosimètre poitrine, seul moyen d’obtenir un suivi dosimétrique en routine exhaustif. Concernant l’utilisation des moyens de protection contre les rayons X, la prise de conscience du risque de cancer radio-induit explique certainement que le tablier de plomb et le cache thyroïde soient maintenant couramment utilisés. Cependant l’enquête a montré que les lunettes plombées étaient aujourd’hui utilisées de façon régulière par moins d’un cardiologue sur trois.


Conclusion et perspectives


Les cardiologues interventionnels présentent près de quatre fois plus d’opacités cristalliniennes que la population générale. Ce résultat de l’étude O’CLOC confirme et précise le risque encouru par certains professionnels. Cet excès de risque est préoccupant, d’autant plus que la protection individuelle des personnes n’apparait pas à ce jour optimal. Pour limiter ce risque, une protection renforcée des yeux, notamment l’utilisation systématique de lunettes plombées est très fortement recommandée. 


Si O’CLOC a permis de mettre en évidence l’augmentation du risque de cataracte et d’opacités cristalliniennes radio-induites chez les cardiologues, elle n’a pas permis d’établir une relation dose-effet. Un projet de dimension européenne devrait y parvenir.

 

La confidentialité des données de l’étude O’CLOC a fait l’objet d’un accord Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (Cnil), n° 909138, obtenu le 07/04/09.

 


Projet européen ELDO : un protocole uniformisé


L’étude O’CLOC s'est inscrite dans une perspective internationale, dans le cadre de collaborations nouées lors du projet européen DoReMi et ELDO. Les travaux du projet européen ELDO  coordonnée par le SCK CEN, ont permis de mettre au point en 2013 un protocole  uniformisé pour ce type d'étude épidémiologique, phase préliminaire à la mise en place d'une cohorte au niveau européen.



Projet EURALOC : une cohorte à l'échelle européenne


Pour approfondir les connaissances sur les cataractes radio-induites, l'IRSN participe au projet Européen EURALOC. Ce projet, financé par la Commission Européenne via le projet Operra, piloté par le SCK-CEN (Belgique) pour la période 2015-2017 et réunissant dosimétristes et épidémiologistes est le premier du genre d'une telle envergure. L'objectif est de bâtir une étude à long terme sur une cohorte européenne de cardiologues interventionnels afin de caractériser la relation dose-effet. EURALOC s'appuiera en particulier sur l'expérience de l'étude O'CLOC et sur les travaux du projet européen ELDO. Sur la base de près de 350 cardiologue inclus (dont une centaine de la cohorte française O'CLOC), ce projet prévoit la réalisation de calculs de dose au cristallin afin de faire le lien entre la dose et le risque de cataracte radio-induites.



Références

  • ICPR. International Commission on Radiological Protection - Statement on tissue reaction - April 21, 2011.  ICRP ref 4825-3093-1464; 2011.
  • Jacob S, Michel M, Brezin A, Laurier D, Bernier MO. Ionising radiation as a risk factor for cataract: what about low-dose effects? J Clin Experim Ophtalmol. 2012 S1:005.
  • Jacob S, et al. Occupational cataracts and lens opacities in interventional cardiology (O'CLOC study): are X-Rays involved?. BMC public health 2010; 10:537. Jacob S, Boveda S, Bar O, Brezin A, Maccia C, Laurier D, Bernier MO. Interventional cardiologists and risk of radiation-induced cataract: Results of a French multicenter observational study. Int J Cardiol. 2012 May 17. doi:10.1016/j.ijcard.2012.04.124
  • Jacob S, Donadille L, Maccia C, Bar O, Boveda S, Laurier D, Bernier MO. Eye lens radiation exposure to interventional cardiologists: a retrospective assessment of cumulative doses. Radiat Prot Dosimetry 2013; 153(3): 282-93.