Etats radiologiques régionaux de l'environnement : Des territoires français sous surveillance

 Etats radiologiques régionaux de l'environnement : Des territoires français sous surveillance 


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Eau, air, sol, denrées : l’IRSN évalue leur niveau de radioactivité dans quatre régions françaises équipées d’installations nucléaires. Ces “constats radiologiques”  permettront de mieux évaluer l’impact d’un éventuel incident nucléaire. La première étude vient de sortir.

 

Un incident survient dans une installation nucléaire. Des radionucléides sont rejetés dans l’environnement. Les riverains s’affolent. Est-ce grave ? Peut-on consommer les productions locales ? Quand le niveau de radioactivité reviendra-t-il à la normale ?    

  

C’est en partie pour pouvoir mieux répondre à ces questions que l’IRSN a mis en place, en 2008, les constats radiologiques régionaux, sentinelles de l’environnement dans les régions nucléarisées. Il s’agit de référentiels actualisés des niveaux de radioactivité aussi bien dans des zones qui peuvent être sous influence des rejets des installations que dans des zones plus lointaines.   

Ils complètent la surveillance permanente assurée par l’Institut et concernent à ce jour quatre grands territoires : Val de Loire (étude terminée fin 2010), vallée du Rhône, grand Sud-Ouest et quart nord-est.

  

Objectif : approfondir les connaissances d’un point de vue géographique(élargir les zones étudiées), écologique (diversifier les produits analysés) et radiologique (multiplier le nombre de radionucléides recherchés).

 

« Jusqu’à présent, la surveillance radiologique s’était surtout appuyée sur des contrôles aux portes du site nucléaire », confie Michel Eimer, vice-président de la Commission locale d’information (CLI) de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). « Mais ce qui nous préoccupe, nous, riverains, c’est le territoire dans son ensemble. L’air n’a pas de frontière… »

  

Requête entendue : avec les constats, l’IRSN enrichit ses connaissances de la radioactivité de l’environnement, notamment hors de la “zone d’influence”, celle qui se situe sous les vents dominants de l’installation ou à l’aval immédiat du cours d’eau qui la borde.

« Des échantillons sont prélevés pour compléter les données existantes, issues des études radioécologiques antérieures et de la surveillance permanente assurée par l’Institut », indique Nathalie Chaptal-Gradoz, coordonnateur des constats radiologiques à l’IRSN. 

    

   

 Les trois étapes d'un constat radiologique. © Hervé Bouilly

 

 * Ces réunions rassemblent l'IRSN, des partenaires de la société civile (Commissions locales d'information, associations locales), des partenaires institutionnels (Autorité de sûreté nucléaire, Direction générale de l'alimentation...) et des exploitants.

  

  

Produits agricoles locaux en ligne de mire

Autre attente de la société civile : être mieux informé du marquage radioactif des denrées alimentaires. « Et en particulier sur nos produits locaux, comme le vin », témoigne Michel Eimer. 
Un travail d’analyse (cartographie de l’occupation des sols, statistiques agricoles) et d’enquête auprès des contacts locaux est effectué par les experts pour identifier les productions représentatives de la région.

  

Place ensuite aux prélèvements. Là encore, les hommes du terroir vont être d’une grande aide. « Les membres des CLI nous orientent vers tel producteur de vin, ou tel chasseur de sanglier », illustre Nathalie Chaptal-Gradoz. D’autres denrées sont systématiquement étudiées, comme la salade et le lait. Objet d’une surveillance nationale, elles autorisent des comparaisons avec des “chroniques” (séries de mesures étalées dans le temps) déjà disponibles.

  

Mesures plus précises

Ce travail serait incomplet s’il ne fournissait que des informations semi-quantitatives ou qualitatives. L’IRSN utilise donc les méthodes les plus performantes pour le prélèvement, la préparation et l’analyse métrologique des échantillons, afin de quantifier précisément le niveau de contamination.

  

« Savoir que la radioactivité est inférieure à la limite de détection ne nous suffit pas, nous voulons des chiffres », rapporte Michel Eimer. « Les méthodes d’analyse sont plus longues et plus complexes, mais mettent en évidence des marquages de l’environnement plus discrets », ajoute Nathalie Chaptal-Gradoz.

  

« Autre avantage : quand on connaît le niveau de contamination exact, et qu’on dispose d’une riche base de données, on peut donner des équivalences, plus parlantes pour le public qu’un chiffre en becquerel par mètre cube ou par kilo ».

 

Connaître le niveau de radioactivité “habituel” rassure aussi face à une pollution suspectée. À l’image de ce qui s’est passé l’été dernier, quand les grands incendies en Russie ont fait craindre une libération de césium 137 des forêts contaminées par Tchernobyl : l’IRSN a pu informer les pouvoirs publics et la population française grâce à ses chroniques de mesures du niveau d’activité de ce radionucléide dans l’air, qui ne montraient aucune élévation.

Les constats radiologiques régionaux élargissent la palette de radionucléides recherchés, notamment l’iode 131 et le technétium 99m, liés aux services de cancérologie. « Nous sommes confrontés à leur période radioactive très courte – huit jours pour l’iode 131, six heures pour le technétium 99m –, qui rend leur détection difficile et nous oblige à traiter nos échantillons en express », reconnaît Nathalie Chaptal-Gradoz.

 

 Val de loire : prélèvements sur une zone © Hervé Bouilly

 

 

L’étude prototype du Val de Loire 

  
Débutée mi-2008, l’étude du Val de Loire constitue un prototype des constats radiologiques régionaux. Le territoire a été défini autour de quatre centrales nucléaires de production d’électricité : Belleville-sur-Loire, Dampierre-en-Burly, Saint-Laurent-des-Eaux et Chinon.

  

L’étude s’est particulièrement intéressée aux denrées alimentaires, pour lesquelles peu de données étaient disponibles. En plus des productions de référence à l’échelle nationale (lait, salade), le vin, les asperges, les concombres et la viande, productions dominantes sur le territoire étudié, ont été sélectionnés.

  

L’étude a donné lieu à quatre missions, au cours desquelles 72 échantillons ont été prélevés, dont deux tiers en zone non influencée par les centrales.

  

Conclusion : les résultats témoignent essentiellement du bruit de fond naturel et de la rémanence des dépôts anciens des retombées des tirs atmosphériques d’armes nucléaires et de l’accident de Tchernobyl.

  

S’agissant de l’impact des installations nucléaires locales, seules des valeurs en cobalt 58 et 60 et argent 110 m, faibles au demeurant, ont pu être observées sporadiquement en milieu aquatique, à l’aval immédiat des rejets. « Un constat, ça permet surtout de vérifier que l’état de l’environnement est sain du point de vue radiologique », conclut Nathalie Chaptal-Gradoz.

 

Pour en savoir plus: Constat radiologique régional : Étude prototype « Val de Loire »

 

 

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