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Gestion des sources radioactives

Isoler et conditionner une source radioactive signalée à l’entrée d’une déchetterie

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Des objets radioactifs sont détectés chaque année dans les déchetteries. Les experts peuvent intervenir sur site. Un exemple à l’île de la Réunion, où la distance avec la métropole ajoutait un niveau de difficulté à la procédure habituelle.

Chercher une aiguille dans une botte de foin ou plus précisément dans une benne de 4 mètres sur 2. Telle fut la mission des deux experts de l’IRSN envoyés sur le site de traitement et de valorisation de déchets de La Rivière Saint-Étienne (la Réunion) en juillet 2013. L’alarme du portique avait détecté la présence de radioactivité dans un camion après une tournée de ramassage des encombrants. L’objet isolé et identifié, une sonde médicale dite de Crowe (photo ci-contre), ressemble à une capsule métallique de 2 cm de long au bout d’une tige de 15 cm.

Des interventions de ce type, l’Institut en effectue une dizaine par an auprès des déchetteries françaises. « Nous sommes habituellement sollicités lorsque les niveaux de radioactivité sont élevés et où les objets détectés sont peu courants », explique Philippe Dubiau, responsable du Service d’intervention et d’assistance en radioprotection à l’IRSN.

 

Non-respect des consignes

La plupart des alertes s’avèrent liées à des patients ayant suivi un traitement ou un examen de médecine nucléaire qui n’ont pas respecté les consignes une fois rentrés chez eux. Ils ont jeté couches, alaises, flacons aux ordures ménagères, alors qu’ils contenaient des urines radioactives. En 2011, le Syctom (agence qui traite et valorise les déchets ménagers de 5,7 millions d’habitants des 84 communes adhérentes de l’agglomération parisienne) a comptabilisé 46 déclenchements liés à de tels déchets, sur les 56 enregistrés.

À la Réunion, faire appel à l’IRSN était la seule solution pour la communauté intercommunale des villes solidaires (Civis) qui gère la décharge. « Les exploitants des déchetteries disposent de procédures décrivant la conduite à tenir. Celles-ci sont établies en concertation entre l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l’IRSN et la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) », explique Philippe Dubiau. « Ils sont autonomes, en suivant ces formalités, pour confirmer la réalité de la présence de radioactivité et isoler la benne incriminée sur une zone prévue, à l’écart. »

L’éloignement de la Réunion a compliqué la tâche des équipes d’intervention de l’IRSN. Les informations dont disposaient les experts étaient sommaires et il était impossible d’organiser un aller-retour pour réaliser des mesures radiologiques complémentaires… « Il nous fallait d’emblée prévoir le matériel dont nous aurions besoin : les instruments de mesure, les tenues de travail, le conditionnement pour atténuer le rayonnement de l’objet… », témoigne Nicolas Brisson, l’un des deux experts envoyés sur place. « Or, la taille de l’objet détermine la taille du colis de transport. De la quantité de déchets dans la benne découle le nombre de gants que nous devons emporter. Ils sont changés à chaque manipulation pour éviter toute contamination… Pour des questions de transport en avion et sur l’île, nous devions limiter l’équipement. »

L’expérience de l’Institut et les mesures du rayonnement émis réalisées par les pompiers conduisent les experts à opter pour un conditionnement adapté à recevoir ce qu’ils supposent être un objet radiologique à usage médical : une aiguille ou une plaque de quelques centimètres de long. Ce qui nécessitera un petit emballage en plomb. « Il arrive que l’objet ne corresponde pas à ce que nous attendions », reconnaît Nicolas Brisson. « Dans ce cas, nous arrêtons l’intervention, sécurisons le chantier, réfléchissons à une stratégie alternative et pouvons revenir une semaine plus tard. À la Réunion, nous devions être prêts à parer à toutes les éventualités. Cela a nécessité une préparation plus longue que d’habitude. »

Leur rôle ne s’est pas arrêté à la seule sécurisation de la source. « La Civis a profité de notre venue pour nous demander de former son personnel », poursuit Nicolas Brisson.

 

Une hot-line 24 heures sur 24

La radioactivité est souvent mal connue dans le monde des déchets et sa dangerosité difficile à cerner. « Nos deux centres enregistrent chacun environ quatre alertes par an », témoigne Valérie Nedellec, responsable du service qualité, sécurité, environnement de Sepur.

« Ce groupe, implanté principalement en Île-de-France, dans l’Aisne, l’Oise et sur l’île de la Réunion, assure entre autres le tri de déchets industriels. Même si nous avons en tête certaines valeurs repères, les chiffres affichés par les radiamètres nous parlent peu. On peut prendre l’exemple de la limite de 0,3 microsievert par heure pour qu’un déchet médical puisse repartir avec les déchets conventionnels. Avec ses cadres d’astreinte qui assurent une hot-line 24 heures sur 24, l’IRSN apporte un soutien dans le suivi des événements auxquels nous devons faire face. Le cadre d’astreinte nous permet de comprendre les étapes. Nous avons dû gérer une benne qui s’est avérée contenir une centaine de cadrans aéronautiques. Les experts nous ont aidés à trouver un prestataire capable de décontaminer le camion. »

Valérie Nedellec s’interroge sur la réglementation de la filière, qui impose la détection de déchets radioactifs en bout de chaîne. « La déchetterie municipale d’où venaient les cadrans n’est pas tenue d’avoir des portiques de détection. » Si aucune modification réglementaire n’est pour le moment prévue sur ce point, les procédures pourraient être légèrement revues et corrigées.

« Une mise à jour de la circulaire du 30 juillet 2003 a été évoquée [1]. Mais aucun calendrier précis n’a été fixé puisqu’il n’existe pas de difficulté récurrente justifiant de traiter rapidement ce dossier », confirme Philippe Dubiau. Or, les directions régionales de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire) étant remplacées par les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), et les divisions de l’ASN étant modifiées, les coordonnées des instances que les responsables de déchetteries doivent contacter en cas d’alerte sont à mettre à jour.

Comme pour toute filière sélective de traitement de déchets, le principal problème reste le tri à la source, et donc la sensibilisation de tous.

 

​ Comment reconnaître un objet radioactif au radium et quelle conduite tenir ?

Pommade ophtalmique radioactiveLe radium a connu un engouement dans les années 1920-1930. On lui a prêté un pouvoir bénéfique à faible dose: laine au radium pour la layette, produits de beauté « irradiants »... 

Sa dangerosité est plus ou moins importante : elle dépend du type de produit et de son état.

Quelques indices doivent alerter :

  • la présence du « trèfle radioactif » sur l’étiquette, le contenant ou l’emballage ;
  • une marque de fabrication ou le nom de l’article comprenant le mot radium, uranium ou des dérivés – la Franco-Belge d’uranium, le Ra226, le Radia… ; 
  • s’il a été fabriqué avant les années 1960, qu’il brille la nuit sans avoir été exposé à la lumière depuis au moins deux jours ;
  • s’il a été conditionné dans du béton ou du plomb.


 

En cas de découverte, emballer l’objet dans un sac plastique avant toute manipulation, ne pas rester longtemps en contact avec lui, ne pas le jeter dans une poubelle ni l’abandonner dans la nature, ne pas l’envoyer par courrier. Il faut regrouper le maximum d’informations sur son état, son origine… Puis contacter l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour le faire enlever gratuitement.

 

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Note :
1- Circulaire du 30 juillet 2003 relative aux procédures à suivre en cas de déclenchement de portique de détection de radioactivité sur les centres d’enfouissement technique, les centres de traitement par incinération, les sites de récupération de ferrailles et les fonderies.


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