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Les sites radiocontaminés

Les experts investissent le terrain

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La gestion des sites radiocontaminés s’effectue en fonction des histoires, des acteurs et des contextes. L’Institut est acteur dans de nombreux cas.

Aujourd’hui, les terrains sont abandonnés sur le site radiocontaminé de l’île Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Les bâtiments de la société Charvet (spécialisée dans le stockage de déchets de boucherie), dernière propriétaire en date, ont été démolis en prévision de la construction d’un ambitieux écoquartier fluvial. Mais le projet pourrait prendre du retard. Mise en évidence dans les années 1990, la contamination de ce site par le radium a été confirmée par les experts de l’Institut l’année dernière.

« Nous savions qu’une activité industrielle d’extraction du radium et des travaux de recherche effectués sur l’initiative de Marie Curie avaient été exercés sur l’île au début du XXe siècle. Nous avons réalisé un diagnostic à la demande de l’entreprise Charvet et sur commande du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer. Sondes en main, nous avons mesuré l’émission de rayonnement sur le site et aux alentour », se souvient Alain Savary, spécialiste de ces questions à l’IRSN. « Sur les points sensibles, nous avons foré à une profondeur de plusieurs mètres parfois pour analyser la terre. Nous avons effectué des prélèvements d’eau souterraine et évalué la présence du gaz radon dans les bâtiments restants. »

Les mesures effectuées dans les laboratoires (mobiles et fixes) de l’Institut ont permis de tirer plusieurs conclusions : l’essentiel de la radiocontamination est limité à l’enceinte de l’entreprise Charvet et s’observe ponctuellement aux alentours. Actuellement, la pollution ne présente pas de danger pour les populations. En revanche, en cas d’excavation de la terre polluée ou si de nouveaux bâtiments devaient y être installés, des précautions devraient être prises.

 

Protéger la population 

À quelques dizaines de kilomètres de là, à Gif-sur-Yvette (Essonne), les experts sont intervenus sur deux sites ayant appartenu à la Société nouvelle du radium (installée entre 1907 et 1957 dans le quartier du Clos-Rose et des Coudraies). Ils ont réalisé un diagnostic au début des années 2000 : cartographie du débit de dose avec l’outil Socrate, une sonde dotée d’un GPS, mesure du radon dans les maisons, prélèvements et analyses d’échantillons de terre.

Le contexte du quartier des Coudraies, occupé depuis plusieurs décennies par des maisons d’habitation, est particulier. Il a conduit l’IRSN à faire des caractérisations de l’état radiologique du site. En complément, des évaluations de doses reçues par les habitants ont été réalisées, en tenant compte de la diversité des types d’occupation des lieux, des résultats de mesures réalisées dans les maisons ainsi que de l’âge et du mode de vie des occupants.

« Après une réunion publique d’information, nous avons adressé un questionnaire aux riverains. Les résultats ont permis de dresser huit profils types, de l’enfant de dix ans scolarisé au bricoleur passant la majeure partie de son temps à domicile », précise Alain Rannou, expert en radioprotection à l’IRSN.

Ces résultats ont nourri des modèles numériques de calcul de doses afin de déterminer le niveau d’exposition de chaque habitant en fonction de son profil.

« Conclusion : d’une façon générale, c’est le radon qui constituait la source principale d’exposition et posait de réels problèmes dans trois ou quatre maisons. Les résultats de ces évaluations ont été restitués par l’IRSN aux habitants et à la DDASS, assortis de préconisations quant aux actions à entreprendre. »

Informer la population

L’Institut poursuit son processus d’ouverture à la société. Ses experts vont au-delà de la simple présentation de chiffres bruts : ils exposent maintenant des résultats explicités directement auprès des populations concernées. 
  
Ce fut le cas lors de la réunion d’information publique à Gif-sur-Yvette (Essonne) le 22 septembre dernier. « Nous effectuons un premier travail de présentation à la population en amont via des réunions publiques, par exemple, puis effectuons les diagnostics des sites radiocontaminés avant de rendre compte des résultats », explique Geneviève Baumont, experte à l’IRSN, qui a participé à l’étude Comrisk (site internet : www.comrisk.fr).
  
Une démarche qui permet de répondre à une attente de la population, parfois inquiète, et d’optimiser le travail des scientifiques. « J’habite la même maison depuis 1988. Je me posais beaucoup de questions sans obtenir de réponses », raconte une riveraine de Gif-sur-Yvette. « Je n’ai jamais pu obtenir autant d’informations qu’en une soirée de réunion publique ! ».

 

Ajuster les moyens à la situation

À Pargny-sur-Saulx, dans la Marne, la gestion du site radiocontaminé de l’ancienne usine Orflam Plast a été dirigée par la préfecture. Le diagnostic préliminaire servant à cartographier et caractériser la pollution radioactive de l’ancienne usine de fabrication de pierres à briquet, qui avait laissé sur place des déchets thoriés, a été mené selon la même méthode qu’à l’île Saint-Denis et à Gif-sur-Yvette.

Mais à nouveaux sites nouvelles problématiques. Dans ce cas, d’importants moyens humains et matériels ont dû être déployés pour évaluer l’impact sur l’environnement et la population. Une première évaluation avait été réalisée entre 1997 et 2003 par l’OPRI, devenu en 2002 l’IRSN, et l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), suivie d’une sécurisation de l’ancienne usine.

Mais de nouveaux points de contamination ont été découverts par la suite : une peupleraie ainsi qu’un étang et ses berges. « Nous sommes alors retournés sur le terrain et nous avons, en collaboration avec plusieurs services de l’IRSN, prélevé de la terre, de l’eau, des poissons et des végétaux », précise Laure Tardieu, ingénieur à l’Institut. « Nous avons sondé les terrains et interrogé la population et sommes intervenus au cours d’une réunion publique. Enfin, nous avons mobilisé le dispositif Hélinuc® pour compléter l’étude et réussir à couvrir la zone le plus largement possible. »

Finalement, un dossier a été élaboré pour permettre la mise en sécurité du site. Il a été présenté à la Commission nationale des aides dans le domaine radioactif (CNAR), qui a donné son accord, en décembre 2009, pour financer plus de 3 millions d’euros de travaux, dont l’engagement est prévu courant 2010.

 

 

Un travail de concert

L’IRSN et les autres organismes publics concernés (DDASS, DREAL, ASN, Andra) travaillent ensemble sur de tels dossiers. La décision relève souvent du préfet et s’appuie sur différents travaux d’expertise.
  
« Cela donne naissance à des équipes de travail performantes », assure Nicolas Ponchon, en charge du dossier Orflam Plast à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Champagne-Ardenne. Le procédé utilisé dans l’ancienne usine de fabrication de pierres à briquet produisait des déchets contenant du thorium radioactif. « Chacun reconnaît et respecte les compétences et techniques des autres pour faciliter la proposition de recommandations. »

Les services de l’État qui décident de la gestion de sites radiocontaminés doivent aussi être en mesure de proposer, avec les villes, des projets d’aménagements pour ces sites (logements, bureaux, espaces de loisirs, etc.) « car les méthodes choisies pour leur réhabilitation en dépendent », rappelle Daniel Breuviller, maire de la ville d’Arcueil. Il fait appel depuis dix ans à différents ministères pour une prise en charge méthodique et définitive de la contamination radioactive laissée par l’ancien Institut du radium, installé sur sa commune. L’objectif de cette relation étant de protéger les populations, de prévenir les risques possibles sur la santé en cas de remise en suspension des particules polluantes (à la suite d’un incendie, par exemple) et, enfin, « de permettre le développement des communes qui ont sur leur territoire un site radiocontaminé », précise Raymond Floc’h, sous-préfet de la Marne à Vitry-le-François. 

 

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