SharePoint
Aide
 

Exposition au radon

Les pouvoirs publics à l'écoute des experts

Fermer

Authentification

Email :

Mot de passe :

Les pouvoirs publics se sont emparés du sujet radon pour l'habitat privé. Le consensus scientifique international, relayé en France par l'IRSN, donne le ton.

« Maison à vendre, coquette et pauvre en radon » : verra-t-on de telles annonces immobilières ? C’est possible. Car après avoir légiféré sur le radon dans les établissements recevant du public (ERP) en 2002 et dans les lieux de travail en 2008, les parlementaires s’intéressent à l’habitat . 

 

Un risque faible mais omniprésent

Longtemps ignoré face au tabagisme, l’effet cancérigène du radon est aujourd’hui reconnu. Il a d’abord été mis en évidence chez les mineurs d’uranium. Le suivi de la cohorte [1] des mineurs français date de 1982, et révèle un risque de surmortalité par cancer du poumon estimé à environ 21 % par rapport à ceux non exposés [2]. « Le risque existe chez les fumeurs et les non-fumeurs, et augmente avec la durée d’exposition », détaille Estelle Rage, épidémiologiste à l’IRSN. Ces résultats ont longtemps été extrapolés pour évaluer le risque dans la population générale. Jusqu’à ce que des études cas-témoins [3] les entérinent, notamment grâce aux programmes internationaux.

« Lancées par plusieurs instituts et universités au niveau international et soutenues par l’Union européenne durant plus de dix ans, ces études ont permis d’augmenter le nombre de cas étudiés (plus de 10 000) en mutualisant les données de différents pays [dont celles recueillies en France par l’IRSN]. Seul cet ‘effet nombre’ permet de mettre en évidence un risque quand il est faible », explique Margot Tirmarche, scientifique à l’Institut, qui a participé à de nombreux projets sur ce thème.    

 

La France rattrape son retard

« Depuis 2002 et 2008, la réglementation française oblige certains ERP (écoles, établissements sanitaires et sociaux…) [4] et lieux de travail souterrains (grottes, voies de stationnement et de circulation…), situés dans les 31 départements identifiés comme prioritaires, à mesurer leur concentration en radon. Si cette valeur est supérieure à 400 Bq/m3, à mettre en œuvre des actions de remédiation, c’est-à-dire des travaux visant à réduire la teneur en radon », résume Roselyne Améon.

Concernant l’habitat, un décret est en cours d’adoption, qui devrait rendre obligatoire le dépistage chez les particuliers. Le seuil retenu est néanmoins différent, établi à 300 Bq/m3, sur la base des dernières recommandations internationales. Saisi par la Direction générale de la santé (DGS), le Haut Conseil de santé publique (HCSP) a donné un avis favorable en mars 2010 au seuil de 300 Bq/m3 retenu par la DGS pour l’habitat et les lieux ouverts au public. « C’est déjà bien et, d’un point de vue pragmatique, cohérent. Mais il faudrait pouvoir aller encore plus loin, notamment dans l’habitat neuf, où il nous semble opportun d’être dès à présent plus exigeant », souligne Pierre Verger, médecin épidémiologiste, membre du HCSP. 

 

Les pouvoirs publics s’appuient sur les mesures de l’Institut

La réglementation actuelle sur les établissements recevant du public (ERP) et les lieux de travail identifie 31 départements prioritaires, où l’activité moyenne du radon dépasse 100 Bq/m3. Cette cartographie repose sur des mesures réalisées dans l’habitat par l’IRSN et la Direction générale de la santé entre 1982 et 2000.    

Concentration en radon par département.©ArtPresse/SourceIRSN 

Concentration en radon par département 

« Sur le principe du volontariat, 12 261 mesures ont été réalisées et analysées », souligne Roselyne Améon, experte du radon. La France a été « découpée » en zones de 6 à 7 km de côté ; pour chacune, des mesures ont été réalisées, à l’aide de dosimètres, dans la commune la plus peuplée. Un travail minutieux, qui lisse toutefois les hétérogénéités importantes observables au sein d’un département. « L’Autorité de sûreté nucléaire a récemment demandé à l’IRSN de travailler sur une nouvelle carte du potentiel radon des sols, à partir de données géologiques. Cette approche apporte des informations à l’échelle de la commune », indique Roselyne Améon.

Le potentiel en sources de radon des formations géologiques définies à partir de leur teneur en uranium est croisé avec différents facteurs favorisant l’exhalation du radon à la surface du sol (failles, cavités et ouvrages souterrains, sites hydrothermaux…) pour obtenir un potentiel des terrains. Des données qui conduiraient à ne plus avoir des départements mais des communes prioritaires.

 

3 questions à… Alain Rannou

Expert en radioprotection à l’IRSN, Alain Rannou a lancé les premières mesures de radon dans l’habitat en France dans les années 1980.

Le dispositif réglementaire est en cours d’élaboration pour réduire l’exposition des Français au radon. Que faut-il renforcer pour y parvenir ?

Sur le terrain, tout un tissu d’acteurs manque encore à l’appel, souvent faute de formation, avec comme point noir le diagnostic du bâtiment. Autre frein à lever : la méconnaissance du public. Enfin, il faudra mettre en place des contrôles pour garantir l’application des décrets.

Quelles seront les répercussions du décret sur l’habitat, à court et à moyen terme ?

Ce décret provoquera un afflux d’appels, avec plusieurs difficultés, à commencer par la capacité du marché à fournir les dosimètres. Demain, il faudra pouvoir s’en procurer dans des points de vente de proximité. La question du coût se pose également. Un dosimètre ne coûte pas cher (environ 20 euros), mais il en faut un par pièce de vie pour évaluer l’exposition moyenne au radon. Et les mesures de remédiation peuvent parfois s’avérer complexes, donc chères.

Quels seront le rôle et la place de l’IRSN dans les années à venir ?

Fort de ses compétences en métrologie, l’Institut réfléchit à la manière d’intervenir sur le marché pour garantir la qualité des appareils de mesure qui seront proposés aux particuliers. Autre piste suivie en collaboration avec le CSTB (Acteur public indépendant au service de l’innovation dans le bâtiment qui œuvre dans les domaines de la recherche, de l’expertise, de l’évaluation et de la diffusion des connaissances) : caractériser l’habitat et son environnement, pour évaluer le risque radon dans une maison donnée en dehors des mesures de dépistage réalisées. L’IRSN se positionne également comme chef d’orchestre pour recueillir et analyser l’ensemble des données. Enfin, il continuera de participer aux réflexions en cours à l’international et de dispenser ses connaissances aux professionnels (formation) et au public (information).

 

La Suisse se mobilise face au radon

Il est des pays plus avancés que d’autres dans la gestion du risque radon. La Suisse en fait partie, avec un programme en place depuis 1994, conduit par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Double objectif affiché : identifier et assainir les habitations dépassant la limite des 1 000 Bq/m3 et réduire d’un facteur deux l’exposition de la population suisse. Environ 100 000 habitations ont ainsi fait l’objet de mesures. L’OFSP soutient les cantons dans l’exécution de campagnes annuelles de mesures en prenant en charge le coût des dosimètres et de l’évaluation.

« La difficulté majeure est de motiver les habitants. La sensibilisation à tous les niveaux (politiques, professionnels du bâtiment, responsables de l’assainissement énergétique, population…) est pour nous l’objectif majeur de ces prochaines années », déclare Christophe Murith, chef de la section risques radiologiques de l’OFSP.

La stratégie a été jusqu’à présent de ne pas faire peur, et d’inciter plutôt que d’obliger. « Cet aspect-là est au centre des réflexions, en particulier pour les prescriptions en matière de nouvelles constructions. Des projets de révision de la législation et un plan d’action sont actuellement en discussion », confie-t-il.

Page 1 de 234

Notes :

1- Groupe homogène d’individus suivi chronologiquement, à partir d’un temps donné, dans le cadre d’une étude épidémiologique.
2- En se rapportant à l’exposition cumulée moyenne de 37 WLM (Working Level Month) : voir « éclairage » page « Une exposition insoupçonnée à la radioactivité ».
3- Étude comparant l’exposition à un facteur de risque entre deux groupes, l’un constitué des cas (les malades atteints d’un cancer du poumon) et l’autre des témoins, sujets comparables aux cas (même âge, même sexe…) et non atteints par cette maladie.

    4- Les établissements recevant du public (ERP) concernés par la mesure du radon sont classés en quatre catégories :

  • établissements d’enseignement, y compris les bâtiments d’internat (de la maternelle aux grandes écoles, privées ou publiques) ;
  • établissements sanitaires et sociaux disposant d’une capacité d’hébergement (maisons de retraite et médicalisées, colonies de vacances, crèches, garderies, hôpitaux, cliniques…) ;
  • établissements thermaux ;
  • établissements pénitentiaires.