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Enquête alimentaire autour des installations nucléaires

Pourquoi réaliser de telles enquêtes ?

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Connaître les habitudes alimentaires des habitants permet de vérifier l'absence d'impact sanitaire des rejets des installations nucléaires et de mieux protéger la population en cas d'accident.

Une information nécessaire au cas où il se produirait un accident nucléaire : c'est ainsi que peuvent être considérées les données issues des enquêtes alimentaires réalisées par l’IRSN autour des sites nucléaires. Elles serviraient à évaluer l’exposition de la population consécutive à l’ingestion d’aliments produits localement et qui seraient contaminées à la suite d’un rejet accidentel. Ces données peuvent également servir aux évaluations de doses reçues par les riverains, liées aux rejets des installations en fonctionnement normal.

En effet, pour réaliser une telle évaluation de la dose, il est indispensable de connaître non seulement l'état de contamination de ces denrées, mais aussi les habitudes alimentaires des populations concernées. Autrement dit, de savoir ce que les riverains mangent. Une interrogation à laquelle répondent les enquêtes alimentaires afin de collecter les données précises et spécifiques dont l'Institut a besoin pour évaluer l’impact de la contamination des aliments due aux rejets des sites nucléaires en situation normale ou accidentelle.

 

Des enquêtes alimentaires nationales utiles mais insuffisantes

Des enquêtes nationales existent, comme les études Inca (Enquête individuelle et nationale sur les consommations alimentaires, réalisée en 1999 puis 2006) menées régulièrement par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Mais elles ne sont pas assez fines pour répondre complètement au besoin de l'IRSN pour évaluer l’impact des rejets d’installations nucléaires.

« Parce que les habitudes alimentaires varient avec les régions, les données nationales sont limitées », illustre Vanessa Parache, ingénieure chargée de ces enquêtes alimentaires au sein de l'IRSN. « Par ailleurs, ces études ne traitent pas de l’autoconsommation d’aliments produits localement (produits du jardin, des vergers…) . Une première enquête autour du site du Tricastin (Drôme) a été lancée en 2004-2005, en partenariat avec Areva, pour disposer de données précises et locales permettant d’évaluer l'impact des rejets du site nucléaire. » 

Autre limite des études nationales mise en avant par Didier Champion, directeur de la crise à l'IRSN : la saisonnalité de l’alimentation. « L'enquête menée sur deux ans au Tricastin, représentative des quatre saisons, a montré la grande différence dans la part d’autoconsommation entre l'été et l'hiver. »

 

Des informations propres à la consommation des denrées les plus sensibles

Les évaluations d’impact dosimétrique sur les riverains des sites nucléaires imposent également de s'intéresser aux produits particulièrement sensibles aux rejets radioactifs. « Nous ne pouvons pas nous limiter à la seule catégorie des légumes en général. Nous avons besoin de distinguer les légumes à feuille comme la salade ou les épinards, des légumes de type racine comme la betterave ou la carotte. Ces catégories n’ont pas la même sensibilité aux rejets radioactifs et, selon le type de produit alimentaire, la quantité de radionucléides qui passera dans l'organisme du consommateur varie », poursuit Didier Champion. 

« Depuis la première enquête menée autour du site du Tricastin, nous en avons réalisé plusieurs autres à Chinon-Avoine (Indre-et-Loire) en 2008, Marcoule (Gard) en 2010, Gravelines (Nord) en 2011 et Blayais (Gironde) en 2012, au cours desquelles les protocoles ont encore été améliorés », ajoute Vanessa Parache. « Les enquêtes alimentaires ont par exemple distingué plus finement les aliments au lieu d'amalgamer par exemple les poissons, crustacés et coquillages dans un seul et même grand groupe ; cela a permis par la suite de procéder à des calculs plus précis. »

Un autre paramètre important sur lequel les études nationales ne s'arrêtent évidemment pas : le délai entre la production et la consommation d’une denrée. « Pour une même quantité de lait ingérée, la contamination par des radionucléides de courte période, tels que l’iode 131, ne sera pas la même selon qu'il s'agit de lait frais, de lait pasteurisé ou de lait UHT. En effet, le traitement thermique du lait permet d’augmenter sa durée de conservation. De ce fait, la consommation de lait frais contaminé par des radionucléides de courte période entraîne un impact dosimétrique plus important car il est bu dans les deux jours suivant sa production, tandis que le lait UHT peut soit être conditionné bien avant un accident, donc être protégé de la contamination provoquée par celui-ci, soit être bu plusieurs mois après, délai au bout duquel les radionucléides de courte période ont pratiquement disparu. » 

Enfin, dernier point de taille : il est indispensable de distinguer l'origine d'un produit. « Évaluer l’ingestion de denrées potentiellement contaminées autour d’une installation industrielle nécessite de disposer de données sur les proportions d’aliments produits et consommés localement », confirme Vanessa Parache. Une salade issue du jardin situé aux alentours d'une centrale accidentée n'aura évidemment pas la même conséquence radiologique qu'une même salade cultivée à 500 km de là et achetée en supermarché.

Un ensemble de raisons qui ont donc conduit l’IRSN à engager des enquêtes alimentaires à proximité des sites nucléaires. « Nous avions besoin d'informations plus proches de la réalité, plus quantitatives que celles existant à l'échelle nationale », résume Didier Champion.

 

Estimer les doses ingérées par les populations

Aujourd’hui, les résultats des enquêtes alimentaires permettent aux exploitants nucléaires de satisfaire à leurs obligations réglementaires. Chaque site est en effet tenu de réaliser un calcul de dose en fonctionnement normal, par exemple à l'occasion d'un dossier de renouvellement des autorisations de rejets d'effluents liquides et gazeux et de prélèvements d'eau (DARPE), comme ce fut le cas pour le site du Tricastin (Drôme), ou lors d'un démantèlement (cas de Marcoule dans le Gard).

L’enquête permet de déterminer une ration alimentaire moyenne par individu et par jour. La dose traduisant l’exposition de la population est calculée à partir de cette ration et de la concentration en radionucléides des aliments qui la composent. « Nous sommes tenus de calculer, chaque année, la dose reçue par les populations les plus exposées » rappelle Christian Federici, responsable du bureau de calcul du CEA de Marcoule. « Nous utilisons le code de calcul Ceres, développé par le Commissariat, et les rations alimentaires évaluées par l’IRSN. Il en ressort que notre site a généré en 2011 une dose [1] de l’ordre de 10 microsieverts, négligeable comparée à l’irradiation naturelle [2]. Mais elle est en légère hausse du fait de l’augmentation de la consommation de fruits et légumes relevée par la dernière enquête de l’IRSN réalisée en 2010. »

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Notes :

1- Il s’agit de la dose efficace totale à un adulte de la population du groupe de référence.
2- L’irradiation naturelle en France est de 2 à 3 millisieverts (mSv) par an et par individu, soit 2 000 à 3 000 microsieverts.