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Enquête alimentaire autour des installations nucléaires

Comment réalise-t-on une enquête alimentaire ?

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La réalisation d'une enquête alimentaire auprès des riverains d’un site nucléaire repose sur un protocole très encadré : choix des familles étudiées, méthodologie appliquée et organisation avec le soutien des mairies, des communes et des commissions locales d’information.  

Afin d'être sûr de protéger l’ensemble de la population en cas d'accident, les enquêtes alimentaires étudient spécifiquement les personnes potentiellement les plus exposées en cas de contamination locale, à savoir les riverains situés aux abords des centrales nucléaires et consommant des productions agricoles ou d’élevages familiaux, de producteurs locaux ou issus de la chasse et de la cueillette.

« Une vision du pire » pour s'assurer de la protection de tous, selon les termes de Didier Champion, directeur de la crise à l'IRSN : d’une part, ces enquêtes, et donc les estimations dosimétriques qui en découleront, portent sur les populations potentiellement les plus exposées du fait de leurs pratiques d’alimentation ; d’autre part, elles évaluent les habitudes alimentaires en situation normale, alors qu’il y a tout à penser que les riverains diminueraient spontanément leur consommation de produits locaux en cas de rejet radioactif accidentel. Uniques dans leur finalité (évaluer une dose de radioactivité ingérée), elles reposent sur une méthodologie précise, enrichie et améliorée au fil des enquêtes.

 

Un échantillon d’une centaine de foyers

Première étape : l'identification des communes à retenir. « Pour Gravelines (Nord), la zone d’étude s’étendait dans un rayon de 5 à 10 km autour du site nucléaire. L’échantillonnage a porté sur cinq communes situées sous les vents dominants (vents est-ouest) : Gravelines, Oye-Plage, Grand-Fort-Philippe, Saint-Georges-sur-l’Aa et Loon-Plage », décrit Vanessa Parache, ingénieure chargée de ces enquêtes alimentaires à l'IRSN.

Vient ensuite la sélection des familles d'habitants pratiquant une autoconsommation importante, une étape pour laquelle l'IRSN s'appuie sur les mairies et communes. « Au fil des enquêtes, nous avons amélioré notre protocole », reconnaît Vanessa Parache. « Nous passons désormais exclusivement par la commune et rencontrons les maires qui nous proposent des familles. Des articles expliquant notre projet et le besoin de familles de volontaires paraissent dans la presse locale, les bulletins municipaux, sur le site internet de la mairie. A la liste de noms fournie par la collectivité, s'ajoutent des volontaires. Au final, nous visons l'accord d'une centaine de familles et, parmi celles-ci, un taux de retour de 90 % pour diminuer les biais  et disposer de résultats statistiquement robustes. »

D'année en année, les progrès sont indéniables : non seulement le nombre de famille augmente – 25 familles suivies sur quatre saisons pour l'enquête du Tricastin (Drôme) en 2004-2005, 83 familles pour Marcoule (Gard) en 2010... et plus de 100 familles en 2011 à Gravelines (Nord) et en 2012 à Blayais (Gironde) –, mais le taux de retour également (nombre de familles ayant réellement répondu, par rapport au nombre initial de familles retenues).

« En 2011 et 2012, les enquêtes menées sur les sites de Gravelines et du Blayais se sont faites en collaboration avec les commissions locales d'information (CLI) et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), facilitant encore les accords des sondés », explique Vanessa Parache. « Quand l'enquête est faite en association avec un exploitant, certaines familles refusent ; quand on travaille avec une CLI, les choses sont plus simples. »

 

Renseigner les carnets de consommation

Dans la pratique, une fois les familles sélectionnées, l’enquête proprement dite débute : la centaine de familles retenues renseigne un questionnaire sur leur consommation durant une semaine, questionnaire qui leur est remis par un enquêteur spécialisé, éventuellement accompagné de Vanessa Parache. « Lors de la première visite, l’enquêteur présente le contexte et les objectifs de l’étude, explique la méthode de remplissage des carnets de consommation et remplit les premières pages de généralités ainsi que les dernières, liées à l’autoconsommation, avec les membres de la famille », explique la spécialiste.

Une semaine durant, les familles y consigneront, pour chaque repas, la nature des aliments consommés – salade, fromage, veau, carottes… – et une estimation des quantités consommées par la famille, soit en masse ou volume (grammes ou litres), soit en nombre (par exemple, deux œufs, une poire…). « Des informations complémentaires sur la consommation habituelle moyenne d’aliments de base (nombre de baguettes de pain par jour, nombre d’œufs par semaine, nombre de kilogrammes de gibier par an...), destinées à effectuer des recoupements avec les informations relatives aux repas, sont également demandées », précise Vanessa Parache.

 

Calcul de la ration moyenne du riverain

Une fois les carnets alimentaires collectés, l'IRSN dispose de la ration alimentaire des 100 familles sondées. Suit un important travail de dépouillement et d'analyse, puis de croisement avec la contamination des aliments (réelle ou estimée) grâce à des logiciels développés par l'Institut afin de prédire une dose efficace par individu.

La première étape consiste à passer de la famille à l'individu. Au lieu de diviser par le nombre de membres de la famille, l'IRSN utilise un système "d'unités de consommation" (UC, qui peut être considéré comme l'équivalent d'une portion d'adulte). Il consiste à calculer le plus justement possible les quantités ingérées par chaque membre de la famille : les coefficients 1 pour un adulte et les enfants âgés de plus de 12 ans, 0 pour les enfants de moins de 4 ans et 0,5 pour les enfants de 4 à 12 ans.

« Cela permet de répartir un pot-au-feu entre les différents membres de la famille, en tenant compte de la différence de portion entre un adulte et un jeune enfant, des membres qui ont pris des repas à l’extérieur, ou encore des éventuels invités de la famille durant l'enquête », illustre Vanessa Parache, ingénieure chargée de ces enquêtes alimentaires à l'IRSN. « Le fait d’affecter une UC égale à 0 pour les enfants de moins de 4 ans ne signifie pas que leur consommation est nulle mais qu’ils ne sont pas considérés dans cette enquête : leur participation à la consommation de la famille est répartie sur les autres membres, dont la consommation de pot-au-feu, pour poursuivre notre exemple, se trouve ainsi légèrement surestimée. »

Puis, à partir de la ration alimentaire moyenne par unité de consommation de chaque foyer enquêté, sont calculées des moyennes. On obtient ainsi les consommations moyennes pour les riverains férus de produits locaux.

L’assiette type (ration moyenne par individu et par jour) des populations vivant à proximité de deux sites nucléaires français. 

 

 

Vers une estimation de la dose prévisible

Une fois la consommation alimentaire des riverains connue, il devient possible d'estimer la dose de radioactivité ingérée par ce groupe. Sous réserve bien entendu de connaître (ou d'estimer) la contamination des aliments composant l'assiette de ces riverains.

Parmi les logiciels pouvant se nourrir des résultats des enquêtes alimentaires : Symbiose, développé par l’IRSN. Il simule le transfert de radionucléides dans les écosystèmes, et donc, in fine, le calcul de l’impact dosimétrique sur l’homme. A la suite de l’accident de Fukushima, Symbiose avait permis - avec prudence du fait du manque d'éléments sur le Japon - de simuler l'évolution sur trois ans de la contamination dans le sol, les légumes à feuilles et les produits animaux. Ces prévisions, comme celle de ne pas commercialiser les légumes de mi-mars à fin mai, se sont révélées correctes.

 

Des améliorations à venir

A court terme, deux ou trois années supplémentaires de collecte de données sont prévues afin de disposer d'un maillage représentatif des grandes régions françaises. En parallèle, trois chantiers visent à améliorer encore les enquêtes et l'utilisation de leurs résultats.

« Nous travaillons à rendre plus opérationnelles ces enquêtes alimentaires », témoigne Vanessa Parache. « Il s'agit d'adapter le format du jeu de données pour les rendre plus facilement utilisables par les autres services de l'Institut ».

L’autre chantier à venir concerne la régionalisation des enquêtes. « En fonction des productions, nous étudions la façon dont une enquête menée sur une zone pourrait être extrapolée à une autre. Par exemple, comment adapter les résultats du site de Tricastin, situé en limite de trois départements – Ardèche, Gard, Vaucluse –, à celui de Cruas-Meysse, situé en Ardèche. »

Enfin, une enquête spécifiquement dédiée aux enfants est programmée pour 2013 ou 2014. « En cas d'accident, nous devons protéger les populations les plus exposées, c'est-à-dire les consommateurs de denrées locales, comme nous l'avons vu, mais aussi les classes d'âge les plus exposées, à savoir les enfants de 5 à 7 ans », explique Didier Champion.

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