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Evaluations complémentaires de sûreté

Tests de résistance européens: des exigences nationales aux exigences de l'Europe

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Fin 2011, après avoir évalué ses centrales nucléaires, chaque pays d'Europe a soumis ses conclusions aux  autorités de sûreté et appuis techniques des autres Etats membres.

Philippe Jamet, commissaire de l'ASN © V. Bourdon/ASNLe 15 septembre 2011, EDF rendait à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) les rapports relatifs à chacune de ses installations. Ces rapports répondaient aux exigences françaises des évaluations complémentaires de sûreté en même temps qu’ à celles des tests de résistance (« stress tests ») européens.

« Deux démarches tout à fait similaires », reconnaît Philippe Jamet (photo ci-contre), commissaire de l'ASN et également président du comité européen chargé de piloter la revue par les pairs des stress-tests européens. 

« L'originalité de la France aura néanmoins été, pour ses rapports nationaux, d'étendre le périmètre à l'ensemble des installations, y compris les réacteurs de recherche et, les installations du cycle du combustible, et non de se limiter aux seules centrales nucléaires.

En outre, pour chaque installation, la question de la sous-traitance a dû être abordée par l'exploitant, pour répondre à une demande du Haut Comité pour la Transparence et l'Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN). » En ce sens, la France a été plus loin que l’Europe.

 

Une revue croisée entre pairs

Le 1er janvier 2012, une nouvelle étape commencait : celle d'une revue croisée entre pairs, un exercice d'évaluation du travail des uns par les autorités de sûreté et appuis techniques des autres pays européens. Puis, le rapport français rédigé par l’ASN a été remis à la Commission européenne et a rejoint une pile de 17 rapports : 15 en provenance des pays de l’Union nucléarisés, dont la France, et deux de pays voisins, l'Ukraine et la Suisse. 

« La participation de la Suisse et de l'Ukraine à cet exercice a souligné la vision d'une Europe qui ne se limitait pas aux frontières de l'Union économique », se réjouit Philippe Jamet. « La Russie, qui a réalisé une évaluation de ses installations sur la base du cahier des charges européen, avait d'ailleurs été invitée à participer à cette revue croisée, mais a finalement décliné l'offre. En outre, des auditeurs de pays non nucléarisés comme l'Autriche, le Danemark, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, la Pologne ont participé à la revue. » 

 

Une analyse des dossiers papier

Emmanuel Raimond, spécialiste des accidents graves à l'IRSN - DRLes autorités de sûreté, avec l’appui de leurs experts techniques, ont disposé de moins d'un mois pour relire les dossiers de leurs homologues européens et émettre des questions écrites. Le calendrier a donc été serré, d'où une stratégie de répartition des tâches. 

« Chaque autorité a envoyé trois spécialiste d'un domaine différent : la résistance aux agressions externes comme les séismes et inondations, la perte des alimentations électriques ou de moyens de refroidissement des réacteurs, et enfin la gestion d’une situation de fusion de cœur. Nous avons formé trois groupes d'auditeurs », explique Emmanuel Raimond, spécialiste des accidents graves à l'IRSN (photo ci-contre).

« Au sein de chaque groupe, nous avons formé des sous-groupes plus particulièrement responsables de trois pays, de manière à être sûrs que tous les pays seraient examinés en détail. J'avais ainsi en charge les chapitres relatifs à la gestion d’un accident dans les rapports ukrainien, roumain et slovaque. »

 

Des entretiens oraux

A la suite de cette première phase d'analyse sur la base des rapports papier, 80 experts des autorités de sûreté européennes se sont retrouvés au Luxembourg pour des rapports de revue, une audition de chaque autorité de sûreté nationale, du 5 au 17 février 2012. Outre les auditeurs et les audités, on comptait de nombreux observateurs venus du Japon, des Etats-Unis, d'Arménie, de Croatie, des Emirats arabes unis, ou encore de l'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

En pratique, chacune des 17 délégations a été reçue pendant deux heures et demie. Après une demi-heure de présentation, l’autorité de sûreté auditionnée disposait d'une heure pour répondre aux questions écrites qui lui avaient été adressées à la fin janvier 2012 par les auditeurs. Suivait une heure de discussion. 

« Je suis intervenu à la fois en tant que membre de la délégation française lors de l'audition de la France par ses pairs, et comme auditeur de trois pays », résume Emmanuel Raimond. « Ces débats ont fait l’objet de compte-rendus et ont permis de compléter les rapports de revue initiés par les sous-groupes sur la base des documents papier. »

 

Une centrale ukrainienne renforcée à la suite de Fukushima

IRSN_ECS_Centrale-Ukraine-Sud_201505.jpgHistoriquement marquée par l’accident de Tchernobyl, l’Ukraine a tiré  les enseignements de la catastrophe japonaise. Le réacteur n°1 de la centrale Ukraine du Sud, basée à environ 350 km au sud de Kiev, est une installation pilote pour le déploiement des mesures post-Fukushima.

L’alimentation électrique d’urgence destinée aux équipements essentiels de sûreté – comme les soupapes de sécurité – a été renforcée par l’ajout d’un groupe électrogène mobile à moteur Diesel de 0,4 kV. Deux stations de pompage mobiles supplémentaires sont prévues, pour assurer l’évacuation de la puissance résiduelle du cœur via  les générateurs de vapeur.  Des procédures ont été développées pour l’utilisation de ces équipements supplémentaires par les équipes d’urgence.

En cas d’événement extrême  – séisme, inondation – , une attention a été accordée aux lieux de stockage  des équipements mobiles et aux routes d’accès aux points de connexion de  ces derniers. Enfin, des exercices ont été organisés pour entraîner le personnel au déploiement des équipements.

 

Des visites de terrain

« Les rapports de revue établis après les auditions du Luxembourg ont servi de base aux visites effectués en mars 2012 dans chacun des 17 pays participants à la revue européenne », enchaîne Philippe Jamet. Ces visites ont permis d’approfondir l’examen des évaluations effectuées par les autorités de sûreté nationales et de leurs conclusions.

La visite d’une centrale nucléaire a par ailleurs été programmée dans chacun des États membres. Au programme, par exemple, pour Emmanuel Raimond : la visite de centrales ukrainienne, roumaine et slovaque, au sein d’équipes pluridisciplinaires couvrant les trois domaines abordés.

 

Des actions engagées dans chaque pays

Le 26 avril 2012, l'European Nuclear Safety Regulators Group (ENSRG), structure européenne regroupant les autorités nationales, a conclu l’exercice des tests de résistance (des centrales nucléaires du Vieux Continent. Il a souligné la nécessité de mettre en place un plan d’action global  à l’échelle de chaque pays.

« Aucune autorité de sûreté n’a ainsi jugé nécessaire de fermer immédiatement un site. Mais toutes considéraient que la robustesse des installations devait être accrue », résume Philippe Jamet. « Quatre recommandations étaient émises : harmoniser les méthodes de détermination des événements extrêmes ; mettre en œuvre les améliorations en confinement découlant de l’accident de Three Miles Island (Etats-Unis) ; réévaluer périodiquement la sûreté ; renforcer les sites par des équipements mobiles et des équipes de secours. »

Chaque pays membre a été tenu d’élaborer un plan d’action national. Les conclusions du Conseil européen des 28 et 29 juin 2012 ont confirmé le souhait qu’un tel plan d’action global voie le jour. L'ENSREG et la Commission européenne ont adopté le 28 mars 2013, un rapport sur les actions engagées (en anglais) à la suite de l’accident de Fukushima.

 

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