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S'entraîner à tous les scénarios

À Cattenom, un exercice pour améliorer la coopération

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Simulation transfrontalière. Une commune de l’Est de la France a été au cœur d’un test grandeur nature destiné à éprouver les méthodes et les dispositifs qui seraient mis en œuvre en cas d’accident grave.

La région de Cattenom (Moselle) a vécu le plus grand exercice de crise mené sur le territoire français et ses proches voisins. Plus de 800 personnes issues de la protection civile, des pompiers, des gendarmes, de l’armée, des pouvoirs publics… ont été mobilisées sur quatre jours, en juin 2013.

L’objectif était d'évaluer la coordination entre les participants et la cohérence des actions, y compris transfrontalière entre la France, le Luxembourg, la Belgique et l’Allemagne. « Cette opération a été l’occasion de valider la pertinence et la complémentarité de l’expertise apportée par le centre technique de crise (CTC) de l’IRSN aux acteurs, de la phase d’urgence à celle de gestion post-accidentelle », témoigne Sylvie Supervil, directrice de la crise de l’Institut.

Outre l’évaluation de l’état de l’installation, l’IRSN joue le rôle d’expert auprès des représentants des pouvoirs publics régionaux et nationaux, au sein du centre opérationnel de défense (COD) et du centre de gestion post-accidentelle (CGPA) de la préfecture du département. Il apporte de l’aide technique aux autorités, afin d’étayer leurs prises de décision.

Sur le terrain, les experts ont mis à l’épreuve leurs outils, en relation avec le CTC. La cellule mobile chargée de la coordination technique des mesures dans l’environnement a été la première sur les lieux. Cette flotte de véhicules et d’équipements dédiés aux analyses d’échantillons prélevés dans l’environnement a été déployée avec les équipes de sapeurs-pompiers affectées à l’exercice.

« Plus de cinquante d’entre eux, issus des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) de la Moselle, du  Bas-Rhin, de Meurthe-et-Moselle et de la Marne, ont réalisé des prélèvements qu’ils ont confiés aux laboratoires mobiles de l’IRSN », relate le commandant Frédéric Smith, conseiller technique face au risque radiologique pour les sapeurs-pompiers de la Moselle.

Les spécialistes de la cellule mobile de l’IRSN ont effectué des analyses de la radioactivité dans certains villages de la région. L’occasion de tester des dispositifs de mesure tels Ulysse ou Marcassin (embarqués sur avion, voiture ou quad). Les informations recueillies ont été intégrées à la base de données Criter, pour proposer rapidement une cartographie de la radioactivité aux pouvoirs publics. Un périmètre de contamination a été identifié, avec une classification des zones en fonction des niveaux de radioactivité.

 

Vérifier une éventuelle contamination des personnes

Pour les populations, un centre d’accueil et d’informations (CAI), géré par les sapeurs-pompiers, a été testé pour la première fois suite au plan gouvernemental post-Fukushima. L’agence régionale de santé de Lorraine, aidée d’experts de l’IRSN et de l’Institut de veille sanitaire, renseignait les personnes. Les véhicules d’anthroporadiométrie de l’IRSN étaient positionnés à côté de ce centre d’accueil.

« Les personnes craignant d’avoir été exposées étaient mesurées en temps réel, après que les pompiers se soient assurés qu’aucune ne présentait de contamination externe susceptible de fausser les résultats », raconte Jocelyne Aigueperse, directrice de la protection de l’homme à l’IRSN. Ces contrôles servent à vérifier si les mesures prises par les autorités pour protéger la population sont efficaces. Cela rassure les personnes angoissées et permet d’identifier celles qui présenteraient une contamination importante, nécessitant une orientation vers des structures médicales.

 

Partager l’information avec les pays voisins

« C’est la première fois que nous collaborions de façon si étroite avec l’Institut sur un entraînement national. Les résultats sont très satisfaisants pour le soutien aux habitants, le partage des connaissances et le renforcement des liens entre les organismes », apprécie le commandant Frédéric Smith.

Du côté de l’expertise, les échanges entre le CTC et les pays voisins ont été importants : l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg avaient accès au site Internet Webcrise, activé par l’IRSN en cas d’accident. « Celui-ci regroupe nos résultats d’expertise : relevés dosimétriques, prévision de l’évolution de la radioactivité, etc. », indique Olivier Isnard, expert des situations d’urgence et de l’organisation de crise à l’IRSN.

« Les États frontaliers doivent partager leurs informations pour convenir des mesures à prendre. Cet exercice a permis de tester notre plateforme d’interface de crise regroupant les moyens, les procédures et les évaluations des acteurs internationaux. L’objectif est de se connaître et d’échanger en vue d’une meilleure concertation. »

Président de la cellule d’évalua­tion radiologique luxembourgeoise, Patrick Majerus confirme l’intérêt d’une participation internationale. « Nous travaillons avec l’ASN et l’IRSN sur des protocoles et des principes de collaboration techniques et stratégiques. Il est pertinent de gérer une catastrophe ensemble en nous appuyant sur l’expertise du pays où se déroule l’accident, plutôt qu’en suivant chacun nos méthodes. » Cette dynamique a entraîné le Grand-Duché à aligner ses mesures de protection de la population sur celles de la France.

 

2 000 personnes évacuées

Si l’exercice de Cattenom a démontré la faisabilité de ce partage transfrontalier d’expertise, des limites sont apparues. Le flux d’information peut être ralenti et les procédures ne s’appliquent pas à tous de la même manière. « Une évacuation sur un périmètre de 25 km touche 2 000 personnes en Rhénanie Palatinat (Allemagne), alors qu’elle concerne les deux tiers de la population du Luxembourg, dont la capitale », illustre Patrick Majerus. « Nous devons poursuivre les échanges pour mieux connaître nos voisins et l’impact des dispositifs proposés. »

Le but de tout exercice est de faire avancer les connaissances. « Les retours d’expérience (Rex) de Cattenom ne sont pas encore formalisés, mais les premiers éléments venus de l’étranger sont positifs. Les participants sont satisfaits des échanges et des informations obtenues ‘en direct’, sans utiliser des circuits rallongés », relève Olivier Isnard. Les échos sont similaires à l’échelon national.

Des points sont à revoir comme le déficit de partage d’informations ou d’interactions entre le commandement et le terrain. Autre point d’amélioration : « Nos moyens mobiles d’anthroporadiométrie ont une capacité d’accueil importante », note Sylvie Supervil. « Mais il faudrait que les personnes qui font la mesure soient déchargées du relevé des identités, pour pratiquer davantage d’examens. Il reste aussi à mettre en place une prise en charge psychologique complémentaire de la population. »

 

  Harmoniser les pratiques

​Pour Patrick Majerus, de la cellule d’évaluation radiologique luxembourgeoise, « les organismes techniques de sûreté ont intérêt à coordonner leurs actions. L’objectif est que les autorités parlent d’une seule voix et recommandent les mêmes mesures à leurs gouvernements. »

L’idée d’une harmonisation des pratiques nationales fait son chemin. Sa mise en œuvre reste complexe : différences de procédures, de législations, barrière linguistique… La communauté européenne y travaille via son soutien à l’Herca [1] et ses travaux dédiés à l’urgence nucléaire. Un plan à deux ans a été établi pour renforcer le partage de savoir-faire entre les pays membres et développer des outils communs.

Autre acteur du changement, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et sa cellule de crise. Elles œuvrent pour mettre en place des mécanismes internationaux collaboratifs, en s’appuyant sur les centres de crise du réseau Ranet [2]. « La dynamique est à la mutualisation des compétences, pour des réflexions concertées. Les recommandations qui en naissent nécessitent l’intervention des décideurs de chaque pays pour les inscrire dans leurs législations », complète Patrick Majerus.

 

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​Notes :

1- Heads of the European Radiological protection Competent Authorities. Association des responsables des autorités compétentes en radioprotection en Europe, elle propose des éléments en faveur d’une harmonisation de la réglementation et des pratiques.

2- Response and Assistance Network. Réseau d’assistance de l’AIEA pour les états membres en cas d’accident nucléaire ou de situation d’urgence radiologique.