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Sûreté et radioprotection du parc électronucléaire

Appréciation de l'IRSN pour l'année 2009

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L’examen de l’exploitation du parc des réacteurs au cours de l’année 2009 ne met pas en évidence d’évolutions significatives pour les principales tendances relevées au cours des deux précédentes années 2007 et 2008.

L’IRSN note en particulier deux tendances qui restent fortes :
- L’une porte sur les défauts en matière de qualité des interventions de maintenance, dont les causes peuvent être diverses : une préparation insuffisante d'interventions, une réalisation incorrecte ou des contrôles défaillants.
- L’autre se rapporte aux difficultés d’appropriation des référentiels d’exploitation par les exploitants des centrales, dont l’évolution continue rend complexe la déclinaison dans les documents opératoires. C’est un facteur important de non conformités aux spécifications techniques d’exploitation, dont le nombre est toujours aussi élevé.

Malgré de grandes disparités entre les centrales, la majorité des événements significatifs, environ 85%, ont pour origine une défaillance d’origine organisationnelle ou humaine. Plusieurs plans d’actions élaborés au niveau national ont été mis en oeuvre en vue d'améliorer les pratiques, les organisations et les modes de management. Si, sur le fond, ces plans sont effectivement de nature à améliorer la sûreté de l’exploitation et la radioprotection, leur efficacité réelle dépend par contre de la manière dont chaque centrale les priorise et les décline. Elle dépend aussi de la manière dont les acteurs de terrain les perçoivent en regard de leurs pratiques habituelles et donc se les approprient. Cette appropriation repose fortement sur l’accompagnement prodigué par les services centraux d’EDF concernant ces plans d’actions et les évolutions de référentiel qu’ils induisent. Tous ces facteurs peuvent expliquer en partie les fortes disparités de performances entre centrales.

Outre la complexification des règles d’exploitation et les difficultés d’appropriation de ces règles par les acteurs de terrain, un autre facteur important d’aléas réside dans les conditions d’exploitation très contraignantes et tendues qu’imposent les objectifs de productivité du parc, en particulier lors des arrêts de tranche pour maintenance et rechargement, au cours desquels on constate un nombre élevé d’événements significatifs, en augmentation sur certains paliers du parc.

Sur le plan de la gravité des incidents, l’IRSN note qu’aucun incident n’a eu de conséquence importante pour l’état de l’installation, l’environnement, la santé des travailleurs et de la population.

L’IRSN souligne toutefois l’incident survenu à la centrale de Cruas en décembre 2009, où une arrivée massive de végétaux a bloqué l’alimentation en eau d’une des stations de pompage de la centrale, conduisant à la perte totale du circuit de refroidissement des systèmes importants pour la sûreté du réacteur n°4. Cet incident, bien géré par l’exploitant de la centrale, a été classé au niveau 2 de l’échelle internationale INES. D'autres incidents de perte partielle de la « source froide », survenus en 2009, sont exposés dans ce rapport. Ils montrent qu'une grande vigilance doit être maintenue à l'égard des risques d’agression naturelle et notamment des risques de perte de la « source froide ». Ce sujet, mis en avant par l'IRSN depuis plusieurs années, fera l'objet d'approfondissements en 2010.

Le second incident, déclaré par un prestataire, et classé au niveau 2 de l’échelle internationale INES en 2009, est survenu dans la centrale de Flamanville ; il s'agit d'une irradiation accidentelle d’un opérateur lors d’un tir de contrôle gammagraphique. Bien que la dose reçue ait été faible, l'importance des conséquences possibles d'un tel incident a motivé une analyse plus approfondie de l’incident par l’IRSN.

Plusieurs anomalies affectant l’installation ou certains matériels, dont certaines génériques sur le parc, ont fait l’objet d’examens par l’IRSN en 2009. Le traitement des anomalies génériques s’étend généralement sur plusieurs années. Certaines d’entre elles, découvertes ou en cours de traitement en 2009, sont présentées dans ce rapport. La détection de fissures circulaires dans la paroi externe des tubes d'un générateur de vapeur du réacteur n°3 de la centrale de Bugey a en particulier fait l’objet de nombreuses investigations et d’une forte mobilisation de l’IRSN du fait de la nouveauté de ce type de défaut. Mis à l’arrêt en mai 2009, le réacteur ne redémarrera qu’à la fin de l’année 2010, après remplacement à titre préventif de ses trois générateurs de vapeur. D'autres anomalies ont pour origine des défauts de qualité de la maintenance, en augmentation sur le parc au cours des dernières années, avec des conséquences pour la sûreté variables suivant le matériel concerné. Certaines anomalies peuvent remettre en cause la qualification des matériels pour leurs utilisations en situation accidentelle.

L’IRSN a exposé dans son rapport public relatif à l'année 2008 un incident survenu à la centrale de Tricastin où deux assemblages combustibles étaient restés accrochés aux équipements internes supérieurs lors des opérations d’enlèvement de ces équipements. Deux incidents similaires sont survenus en 2009, l’un sur le réacteur n°1 de la centrale de Gravelines en août, l’autre sur le réacteur n°2 de la centrale du Tricastin en novembre. Comme en 2008, les assemblages combustibles concernés ont pu être décrochés sans conséquence pour le personnel et pour l’environnement. Bien que ces deux événements aient été suivis attentivement par l’IRSN, ils ne sont pas détaillés dans le présent rapport, le lecteur pourra se reporter à l’exposé dans le rapport public relatif à l’année 2008. Le renouvellement d'un tel incident montre que les actions correctives mises en place sur le parc après l’incident de Tricastin en 2008 n’étaient pas suffisantes. EDF a donc mené des études complémentaires qui l'ont conduit à renforcer les opérations de contrôle.

Les installations et leurs modes d’exploitation ne sont pas figés dans le temps. Des motivations diverses, qui relèvent de la sûreté, de la radioprotection, de la disponibilité, ou encore d'aspects économiques, entraînent des évolutions qui peuvent être d’ordre technique ou organisationnel. Plusieurs évolutions significatives ont fait l’objet d’examens par l’IRSN en 2009, dont trois sont exposées dans le présent rapport. La perte d’étanchéité de gaines de combustibles dans les réacteurs de 1300 MWe au début des années 2000 (avec pollution radiologique de l’eau du circuit primaire), avait conduit EDF à renforcer les critères de radioactivité de l’eau du circuit primaire, fixés dans les spécifications radiochimiques de ces réacteurs, pour lesquels des actions de conduites sont prescrites. EDF a depuis corrigé les anomalies de conception à l’origine des pertes d’étanchéité de gaines, et souhaite revenir à des spécifications communes pour l’ensemble des réacteurs du parc. Ce sujet est en cours d’instruction.

A l’occasion de chaque arrêt de réacteur pour rechargement de combustible, les tubes des générateurs de vapeur sont contrôlés afin de détecter des défauts précurseurs de fuites, voire de ruptures lors du fonctionnement du réacteur. Ainsi, à titre préventif, EDF procède au bouchage de tubes à chaque arrêt pour rechargement de réacteur. Toutefois, les taux de bouchage désormais atteints peuvent avoir un impact significatif sur le fonctionnement du réacteur, d'où la nécessité d'études pour évaluer leur impact sur la sûreté et apprécier leur acceptabilité.

La prise en compte des facteurs organisationnels et humains lors de la conception des modifications est primordiale pour une exploitation sûre des installations. Un nombre significatif de modifications est engagé ou prévu dans le cadre du réexamen de sûreté associé aux visites décennales des réacteurs. A cet effet, EDF a défini une démarche structurée pour prendre en compte les facteurs humains et organisationnels lors de la conception des modifications. L’IRSN a analysé en 2009 cette démarche et son déploiement.

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