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Sûreté et radioprotection du parc électronucléaire

Appréciation de l'IRSN pour l'année 2011

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L’accident survenu à la centrale japonaise de Fukushima Daiichi est à l’évidence, l’événement qui aura marqué l’année 2011. Cet accident n’a pas eu de conséquence directe sur l’exploitation des réacteurs du parc national d’EDF ; par contre il a conduit à s’interroger sur la robustesse des réacteurs et des organisations face à des situations extrêmes non prises en compte dans le dimensionnement des installations.

Sans attendre que soient tirés tous les enseignements de cet accident, ce qui demandera plusieurs années, des actions ont été engagées dès avril 2011, selon des directives fixées par le gouvernement. Dans ce cadre, l’ASN a demandé aux exploitants nucléaires français de réaliser des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) de leurs installations. Les ECS visent à prendre en compte les premiers enseignements des événements survenus à la centrale de Fukushima Daiichi, en évaluant la résistance des installations nucléaires françaises à des scénarios extrêmes. L’analyse par l’IRSN des ECS réalisées par les exploitants a fait l’objet d’un rapport diffusé en novembre 2011. Les ECS ont conduit à définir une démarche innovante, découplée de la démarche de sûreté habituelle (réexamens de sûreté) ; elles visent à compléter les dispositions de sûreté existantes en vue de conférer aux installations une meilleure robustesse face à des situations non considérées jusqu’à présent dans les référentiels de sûreté. EDF a transmis en juin 2012 un dossier d’études proposant les dispositions qu’il envisage de prendre, qualifiées de « noyau dur ». L’avis de l’IRSN sur les propositions d’EDF sera présenté dans le prochain rapport public annuel de l’IRSN portant sur l’année 2012.

Le présent rapport, qui porte sur l’année 2011, comporte trois parties. La première partie présente les principales tendances que l’IRSN dégage de son examen global de la sûreté et de la radioprotection du parc en exploitation pour l’année 2011. La seconde partie présente certains événements, incidents ou anomalies survenus cette même année, parmi ceux considérés comme marquants par l’IRSN. Enfin, la troisième partie expose, sous le vocable « évolutions significatives », des sujets dont l’intérêt pour la sûreté a nécessité des études et des évaluations approfondies de l’IRSN.

Pour ce qui concerne l’exploitation des réacteurs du parc national d’EDF, l’IRSN n’a pas relevé d’incident susceptible d’affecter de manière significative la sûreté des installations, l’environnement ou la population. Bien qu’il existe des disparités parfois importantes entre centrales, le nombre total d’événements significatifs pour la sûreté (ESS) déclarés en 2011 par EDF a été sensiblement le même qu’en 2010. L’IRSN a constaté une nouvelle hausse du nombre des ESS pendant les arrêts des réacteurs pour rechargement de combustible et maintenance ; les différents dispositifs organisationnels et de management déployés jusqu’à présent en vue d’améliorer les performances, n’ont pas montré jusqu’à présent une efficacité suffisante.

L’IRSN observe des évolutions positives dans des domaines de la conduite des réacteurs, mais certaines tendances négatives persistent. L’IRSN pointe en particulier deux domaines qui doivent faire l’objet d’améliorations : celui des non-conformités aux spécifications techniques d’exploitation, dont le nombre reste élevé et, bien que les causes soient diverses, traduisent en général des difficultés et des aléas mal maîtrisés dans l’exploitation ; celui de la maintenance, le nombre d’anomalies de matériels liées à la maintenance ayant augmenté en 2011, confirme la tendance déjà observée depuis plusieurs années. Bien que ces non-conformités et anomalies soient détectées assez tôt pour éviter des dégradations, significatives de la sûreté, l’IRSN considère que la situation doit être améliorée. En effet, l’expérience montre que le niveau de fiabilité des matériels peut jouer un rôle essentiel dans l’évolution d’une situation incidentelle si plusieurs défaillances se cumulent ; c’est ce que montre en particulier un incident survenu sur le réacteur n°1 de la centrale du Tricastin, présenté dans la seconde partie du rapport ; la qualité de la maintenance participe à la fiabilité et présente donc un enjeu pour la sûreté des installations.

En matière de radioprotection, l’IRSN note que la majorité des travailleurs exposés a cumulé, sur 12 mois glissants, une dose efficace inférieure à la limite de dose fixée pour les personnes du public (1 mSv). Le nombre de travailleurs exposés ayant reçu une dose individuelle comprise entre 16 et 20 mSv (limite réglementaire) sur 12 mois glissants reste quant à lui très faible (2 personnes en 2011 contre 3 en 2010 et 10 en 2009). La dose collective reçue par les travailleurs augmente de l’ordre de 15 % en 2011 par rapport à l’année 2010. Mais ce résultat est à mettre en perspective avec l’augmentation du volume de maintenance réalisé en 2011, qui devrait encore s’accroître dans les années à venir. Dans ce contexte, les efforts d’EDF devront rester soutenus, voire renforcés.

Concernant la radioprotection des travailleurs, le nombre annuel d’événements significatifs déclaré pour le parc des réacteurs d’EDF est resté stable au cours des trois dernières années. L’IRSN observe néanmoins une augmentation du nombre de déclarations d’événements liés à des défauts de signalisation ou à des non-respects des conditions d’accès en zone contrôlée ; des progrès restent donc à réaliser dans ces domaines. Une anomalie peut concerner un matériel, mais aussi des études de conception, ou même la conduite du réacteur. Certaines de ces anomalies dégradent ou sont susceptibles de dégrader significativement la sûreté d’un réacteur. Elles font alors l’objet d’analyses et d’un suivi par l’IRSN. Quelques-unes d’entre elles, jugées particulièrement significatives par l’IRSN, sont présentées dans la seconde partie du rapport.

Les réacteurs nucléaires français font par ailleurs l’objet de modifications tout au long de leur exploitation, en particulier dans un objectif d’une d’amélioration continue de la sûreté. Ces modifications résultent pour la plupart d’études réalisées dans le cadre des réexamens de sûreté des réacteurs, réalisés tous les dix ans. Loin de se limiter à une simple vérification de conformité à ce qui a été défini lors de la conception, ces réexamens conduisent à définir de nouvelles exigences de sûreté et à réaliser les modifications associées. C’est aussi le cas pour certains sujets dont l’étude, menée en parallèle des réexamens de sûreté, conduit à des évolutions, comme par exemple le dossier « grands chauds », qui tire les enseignements de la période caniculaire de 2003. Cette démarche a démontré toute sa pertinence dans le cadre des évaluations complémentaires de sûreté mentionnées plus haut ; certaines améliorations qu’il est alors apparu nécessaire de réaliser avaient déjà été discutées, voire programmées lors des réexamens de sûreté. Dans l’ensemble des évolutions, s’inscrit le souhait d’EDF exprimé en 2010, de prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs du parc en exploitation au-delà de 40 ans, en y adossant un programme d’amélioration de leur niveau de sûreté. Les propositions d’EDF à ce sujet ont fait l’objet en 2011 d’un examen détaillé par l’IRSN.

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