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Fukushima en 2016

Le sort des évacués et les conséquences sociales de l'accident de Fukushima

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Après l’accident de Fukushima, les autorités japonaises ont décidé de « reconquérir » les territoires contaminés, y compris ceux les plus touchés qui ont été évacués. Cinq ans après, bien que les travaux de décontamination soient achevés dans certaines communes, une grande partie de la population doute ou a choisi de ne pas revenir.

 

Politique de « reconquête » des territoires contaminés de Fukushima

Localisation des zones contaminées
Zone de décontamination spéciale (contaminée et évacuée) et zone d'évaluation intensive de la contamination (contaminée et non-évacuée)
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​Les autorités japonaises ont pris très rapidement la décision de « reconquérir » les territoires contaminés à travers un programme associant actions massives de décontamination et actions de revitalisation. Après l’accident de Tchernobyl de 1986, les autorités soviétiques puis ukrainiennes avaient fait un choix inverse avec la création d’une zone d’exclusion dans un rayon de 30 km autour la centrale, encore en vigueur à ce jour.

Dans un premier temps, les autorités japonaises ont défini fin 2011, des niveaux de doses prospectives pour classifier les territoires contaminés en deux grandes zones :

  • une « zone de décontamination spéciale » (Special Decontamination Area, SDA) qui regroupe l’ensemble des zones évacuées. Dans cette zone, il est considéré que la dose annuelle pourrait atteindre ou dépasser 20 mSv. Le gouvernement a la responsabilité des opérations de décontamination.
     
  • une « zone d’évaluation intensive de la contamination » (Intensive Contamination Survey Area, ICSA) qui regroupe des territoires contaminés non évacués. Dans cette zone, la dose annuelle peut être comprise entre 1 mSv et 20 mSv. C’est aux communes d’identifier les zones à décontaminer et de réaliser les opérations qui en découlent, le gouvernement fournissant pour sa part un appui technique et financier.

 

Télécharger la note 2011-2016 : cinq années d’évolution du périmètre des zones évacuées suite à l’accident de Fukushima  (PDF, 823 Ko)

 

En avril 2012, la décontamination « à grande échelle » a commencé même si de nombreuses initiatives locales avaient déjà été mises en œuvre en dehors des zones évacuées par les habitants eux-mêmes.

A la fin de l’année 2015, et pour ce qui concerne la zone de décontamination spéciale, la décontamination est achevée dans 6 communes sur un total de 11. Suite à l’achèvement de ces opérations et d’autres actions (rétablissement des infrastructures et des services, et mise en place de structures de dialogue et d’é​changes), l’ordre d’évacuation a été levé dans 3 communes ou parties de communesA ce jour, le taux de retour des habitants dans ces 3 communes est ​compris entre 9 % et 41 %, soit environ 900 personnes sur un total de près de 80 000 évacués.

Avancée des travaux de décontamination à la fin 2015 pour les communes de la zone de décontamination spéciale (zone évacuée)Avancée des travaux de décontamination à la fin 2015 pour les communes de la zone de décontamination spéciale
(zone contaminée et évacuée)

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Retour et intentions de retour des populations déplacées

Au total, ce sont 160 000 habitants de la préfecture de Fukushima qui ont été déplacées du fait de l’accident nucléaire, en l’occurrence :

  • 86 000 personnes considérées comme évacuées ;
  • 26 000 personnes qui ont préféré partir de crainte d’être évacuées plus tard ;
  • 48 000 personnes parties volontairement compte-tenu de la situation.

 

En octobre 2014, les autorités japonaises ont estimé à environ 80 000 personnes, le nombre d’évacués dans la seule zone de décontamination spéciale. Sur l’ensemble de ces personnes, 25 % vivent actuellement en dehors de la préfecture de Fukushima, 75 % y ont été relogées. Des sondages effectués régulièrement sur les intentions de retour des 80 000 évacués montrent à la fin 2014 que seulement 17 500 personnes (22%) sont prêtes à revenir, 33 000 personnes (42%) ont fait le choix du non-retour et 29 000 personnes (36%) sont encore indécises.

Un grand nombre des personnes évacuées estiment que les conditions de leur retour ne sont pas réunies :

  • Le retard des opérations de décontamination due à une « sous-estimation du nombre de maisons et de lieux publics à traiter » engendre deux attitudes : d’une part, la colère des habitants évacués qui veulent revenir – le plus souvent des agriculteurs – et d’autre part, l’opposition à la politique de « reconquête » par ceux réclamant la réinstallation en dehors de la zone évacuée.

  • Une triple incompréhension entre le seuil fixé par le gouvernement pour lever l’ordre d’évacuation (dose cumulée annuelle inférieure à 20 mSv), l’objectif à long terme évoqué par le gouvernement (1 mSv/an)  et l’interprétation de ce dernier chiffre par la population comme un objectif à atteindre partout pour considérer la décontamination achevée et le territoire à nouveau viable.

 

Dans ce contexte, les structures de dialogue entre les personnes évacuées et les résidents d’une part, et les municipalités et la préfecture d’autre part, ont un rôle majeur à jouer. Le gouvernement a ainsi décidé de créer la fonction de conseiller auprès des personnes ayant choisi de rester ou de revenir dans les territoires affectés. Pour la plupart issus de la société civile, les conseillers ont pour mission d’aider ces personnes à appréhender leur niveau d’exposition dans leur quotidien.

Télécharger la note Premiers retours et intentions de retour des populations évacuées suite à l’accident de Fukushima (PDF, 1 Mo)

 

 Les conséquences sociales du déplacement des populations

Après la triple catastrophe du 11 mars 2011, on note une différence dans la gestion par les autorités japonaises des évacués de la catastrophe naturelle et des évacués de l'accident nucléaire. Cette situation a entrainé beaucoup de souffrance pour les populations déplacées suite à l'accident.

Point presse IRSN du 11 février 2016 : Tsunami et accident nucléaire de Fukushima, des différences dans le traitement des évacués, par Reiko Hasegawa* (Sciences-Po Paris)

Et pour les personnes qui ont fait le choix de revenir, cette situation n'est pas nécessairement durable.

Point presse IRSN du 11 février 2016 : Catastrophe de Fukushima, la question du retour non-durable, par  Reiko Hasegawa* (Sciences-Po Paris)

* Reiko Hasegawa est chercheur associé au Medialab Science Po Paris et participe avec l'IRSN et l'Université Tokyo-Tech à un projet de recherche (Shinrai) visant à comprendre les mécanismes d'évolution de la confiance des habitants de la préfecture de Fukushima à l'égard des autorités et des experts, ainsi que d'émergence d'« experts citoyens » et de mouvements associatifs agissant auprès des populations affectées.

Dans le cadre d'un précédent projet de recherche (DEVAST - Disaster Evacuation and Risk Perception in Democracies), elle a travaillé sur l'analyse des conséquences politiques et sociales de l'accident de Fukushima. Elle s'est particulièrement intéressée à la question des populations déplacées.

Lire l'article de Reiko Hasagawa sur les processus d'évacuation et de retour des populations après la triple catastrophe du 11 mars 2011

 

Apprendre à vivre en territoires contaminés

Cinq ans après, les retombées radioactives ​de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi continuent à être perçues comme une menace pour la santé et comme un obstacle sur la voie du retour à une vie normale pour nombre de résidents de la préfecture de Fukushima.

Les rejets radioactifs ont contaminé de vastes territoires et profondément bouleversé la vie des habitants. Faut-il rester ou partir ? Faut-il craindre pour l’avenir de ses enfants ? Où trouver des informations fiables sur le niveau de radioactivité autour de chez soi ? Voici quelques-unes des questions que se pose depuis 2011 la population vivant dans les territoires contaminés.

Entre 2011 et 2015, à l’initiative de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) et de l’association japonaise Radiation Safety Forum, douze rencontres ont réuni acteurs locaux et experts pour débattre des difficultés rencontrées par les habitants et des initiatives pour y répondre. Cette démarche locale a été soutenue par l’IRSN, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'Autorité de radioprotection norvégienne (NRPA) et l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN). 

Le web-documentaire Kotoba : Dialogues à Fukushima vient témoigner de cette expérience pour la réhabilitation des conditions de vie dans des territoires contaminés par l’accident de Fukushima. Donnant la parole aux Japonais, il raconte l’histoire de ces quatre années de dialogue entre des experts en radioprotection et une communauté de résidents de la préfecture (parents d’élève, agriculteurs, professeurs, médecins, élus,…) désireux, plus que tout, de retrouver la maîtrise de leur vie.

web-documentaire Kotoba, dialogues à Fukushima 

 

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