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Crise

Au cœur du centre de crise : En coulisse, stress et bouleversement

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Durant les semaines qui ont suivi l'accident de Fukushima, la tension était maximale au sein du centre technique de crise de l'IRSN, de même que la pression sur ses experts.

A l'écran ou sur les ondes radio, ce sont des experts qui connaissent leur sujet sur le bout des doigts. Dans les coulisses du Centre Technique de Crise (CTC) de l'IRSN, ce sont aussi des hommes et des femmes qui doivent gérer le stress induit par une crise qui se prolonge, dans des conditions souvent éloignées de ce à quoi ils avaient été préparés. 

Martial Jorel, chef du CTC, le reconnaît humblement : « Les débuts ont été très difficiles, car nous disposions de très peu d'informations. Notre premier souci a donc été de parvenir à recueillir des éléments sur ce qui se passait : quel était l'état des réacteurs ? Comment y était injectée l'eau ? Quid du confinement ? Que penser de l'intégrité des piscines ? »  

Alors que, dans les exercices de crise, les experts doivent digérer une multitude de données pour réaliser un diagnostic et un pronostic, Fukushima les a obligés à adopter une démarche différente, souvent déroutante. Ne pouvant questionner directement l'exploitant, ils ont dû se contenter des informations disponibles, notamment sur Internet, et les analyser en décalé, s'adapter à une technologie de réacteur non utilisée en France et déduire d’observations a posteriori ce qui avait pu se passer au moment de la catastrophe.

 

Expertise technique ou communication : le juste équilibre

La Cellule conséquences radiologiques du Centre Technique de Crise de l'IRSN durant la crise de Fukushima © Grégoire MaisonneuveOutre la charge liée à la compréhension technique de la situation, les équipes ont très vite ressenti la pression liée à la communication. « Nous étions les témoins de cette catastrophe inconcevable et devions officialiser au mieux les événements par notre témoignage », analyse Martial Jorel.

« Un accident de ce type suppose de la réactivité », poursuit Frank Bigot, un des trois principaux animateurs de la cellule chargée d'évaluer l'état des installations de Fukushima durant la crise. « Nous avions un devoir d'information envers l'Etat et nos ressortissants. Nous nous devions d'être une source à la fois pertinente et de qualité. »

« Il faut à la fois communiquer nos résultats et savoir protéger les équipes techniques pour qu'elles puissent travailler », précise Eric Cogez, qui a œuvré au CTC aux côtés du directeur de crise pour « mettre de l'huile dans les rouages », selon ses propres termes.

Le responsable avoue avoir parfois fermé les portes des cellules des experts au sein du CTC pour éviter qu'ils ne soient dérangés par une énième sollicitation. « Information et technique ont deux finalités différentes, toutes deux totalement justifiées, mais qui s'avèrent chronophages et donc concurrentes en termes de temps. Résultat : nous avons été surchargés, alors que l'événement se passait au Japon. Nous allons devoir apprendre à trouver un juste équilibre, afin de pouvoir gérer la pression encore supérieure que générerait un éventuel événement en Europe. »

La Cellule coordination de la Direction générale du Centre Technique de Crise de l'IRSN durant la crise de Fukushima © GrégoireEnfin, plusieurs experts ne peuvent s'empêcher d'évoquer leur bouleversement, voire leurs propres interrogations, après des années de travail en sûreté. « Effondré », « bouleversé », « marqué », « sentiment d'impuissance » sont autant de mots qu'ils expriment aujourd'hui.

A l’instar des quelques secondes de blanc de cet expert, pourtant rodé aux exercices de crise, qui, au moment même où il commençait à répondre par téléphone aux questions d’une journaliste radio, a vu en direct exploser le réacteur n°1 sur un des écrans de télévision de la cellule de crise.

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