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Stress test : Gros plan sur la centrale nucléaire de Gravelines

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Rédiger un rapport d’évaluation complémentaire de sûreté représente des journées de travail. Témoignages d’un été pas comme les autres dans le Nord.

Gravelines (Nord), été 2011. Pendant que les touristes visitent la ville remaniée par Vauban et s’essaient aux sports nautiques, l’heure n’est pas aux loisirs pour les salariés de la centrale, plus gros site d’Europe avec 6 réacteurs de 900 MWe.

Comme pour les 18 autres sites d’EDF, la mobilisation est générale pour rédiger le rapport d’évaluation complémentaire de sûreté (ECS) à remettre le 15 septembre. Plus de 300 ingénieurs du groupe y participent. « Dès fin mars, EDF a monté, au niveau de ses services centraux, une équipe projet alliant ingénierie et production, et associant les autres compétences d’EDF, telles que la R & D », retrace Philippe Renoux, chargé de la partie production.

  

Une rédaction centralisée

Les sources froides sont l’un des thèmes traités dans les évaluations complémentaires de sûreté des centrales.La majeure partie de la rédaction des rapports d’ECS est donc centralisée. « Une équipe nationale d’ingénierie a été mise en place avec autant de responsables que de thèmes à traiter : séismes, inondations, perte de sources froides... » détaille Laurent Payen, chef de projet responsable de la partie ingénierie. 

Seul le chapitre consacré aux spécificités de la centrale revenait au responsable de terrain. Cette répartition du travail avait été proposée en juin par EDF, expertisée un mois durant par l’IRSN et validée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).   

« Il y a 58 réacteurs, mais ils sont de quatre types seulement selon la puissance [1]. Si les plans d’ensemble des centrales relèvent des services d’ingénierie et de production d’EDF, les plans détaillés sont de la responsabilité des centrales. Les équipes de terrain vérifient la conformité des installations », résume Pascal Quentin, chargé à l’IRSN des travaux d’expertise sur les réacteurs à eau sous pression (REP) équipant le parc français.

La centrale de Gravelines est le plus gros site d’Europe avec 6 réacteurs de 900 MWe.©LaurentMayeux/EDF  « Nous avons contrôlé point par point que tout était conforme », confirme Denis Barras, qui pilotait l’opération à Gravelines. La tâche se révèle rapidement chronophage. « Par exemple, le site étant situé en bord de mer, il est plus exposé à un risque d’inondation. Il a fallu confirmer qu’en cas de montée des eaux, le matériel nécessaire pour réalimenter la centrale en eau ne serait pas noyé, ce qui suppose de contrôler les murets, l’étanchéité des trémies (passages de câbles, tuyaux)… Le seul contrôle des vannes incendie a occupé deux personnes pendant quatre jours pour les visites, la rédaction et les photographies des comptes rendus et le contrôle du travail du rédacteur par une seconde personne. »

Des visites ponctuelles ont été organisées avec les équipes nationales pour vérifier que le matériel de secours répondait aux requis du séisme.   

Pour Denis Barras, le dossier d’ECS a représenté plus de 1 500 heures de travail. « Il a occupé toutes mes journées de juin à septembre et une partie de celles de cinq ingénieurs de mon équipe. Il a aussi fallu gérer les inspections de l’ASN, tout en continuant à assumer le quotidien, et notamment l’examen de la troisième visite décennale… »

  

Des visites simultanées

Une vision du terrain

En complément des évaluations complémentaires de sûreté (ECS), des inspections des sites concernés par les ECS en 2011 ont été menées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elles se sont déroulées entre juin et novembre 2011, sur des thèmes liés à l’accident de Fuk​​ushima : protection contre les agressions externes (en particulier les séismes et les inondations), perte d’alimentation électrique, perte des sources de refroidissement et gestion opérationnelle des situations d’urgence. 

Objectif de ces 38 inspections de trois jours en moyenne, auxquelles ont été associés les experts de l’IRSN : contrôler la conformité du matériel et de l’organisation de l’exploitant au regard des référentiels de sûreté existants. En amont, l’IRSN a rédigé un guide support, sorte de trame commune pour les inspections à réaliser.

« Participer aux côtés de l’ASN à ces visites nous a apporté une vision du terrain, reconnaît Karine Herviou, expert de l’IRSN chargée de l’instruction des dossiers ECS. « Cela nous a, par exemple, permis de voir que les dispositifs de protection contre les inondations n’étaient pas toujours complètement déployés.” ​

En particulier, le site a dû gérer les inspections de l’ASN consécutives à Fukushima. « Soit six jours d’inspection entre fin juin et mi-octobre. Chacune traitait l’un des thèmes retenus : séisme, inondation, source froide, alimentation électrique, situation d’urgence et prestataires », énumère François Godin, qui contrôle le site de Gravelines à l’ASN.

Y ont participé des membres de la commission locale d’information, des membres du Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nnucléaire (HCTISN) et des inspecteurs de l’autorité de sûreté nucléaire belge (AFCN) dans le cadre d’échanges de longue date.  

« L’IRSN était présent aux six inspections à Gravelines, avec un ou deux experts. Ces derniers étaient soit spécialistes d’une des thématiques abordées, soit chargés du site de Gravelines à l’Institut. »

Un inspecteur pilote de l’ASN préparait la visite avec un copilote de l’Autorité et des experts de l’Institut. « Des spécialistes de l’IRSN ont participé à la préparation et aux visites. Ils ont contribué à l’élaboration d’un guide commun à toutes les inspections, décliné ensuite pour chacun des sites, dont celui de Gravelines », explique Karine Herviou, l’une des experts qui instruit les dossiers d’ECS à l’IRSN. « Ce support a représenté plus de dix journées de travail. »

Sur le terrain et en salle de réunion, tout est passé au crible. « On nous a demandé de mettre en œuvre le matériel dont on se sert en cas d’accident », témoigne Denis Barras. « Nous avons ainsi, en présence des inspecteurs, déclenché les alarmes liées aux capteurs de séisme. »

  

Et après ? 

Que concluent ces inspections ? « Elles confirment que le niveau de sûreté est bon dans nos centrales », répond Philippe Renoux. « Mais nous sommes attachés à l’améliorer sans cesse », ajoute-t-il.

Concernant Gravelines, plusieurs points ont fait l’objet d’une lettre de suivi appelant une réponse de l’exploitant dans les deux mois. « Nous avons exigé certaines réparations d’urgence, notamment des filtres du système de refroidissement des réacteurs dont les supports étaient corrodés par l’eau de mer et dont certains ancrages étaient manquants », illustre François Godin. « Nous avons demandé à l’opérateur que soit revue la procédure de test de la qualité du gazole des moteurs Diesel des alimentations de secours, qui nous a semblé insuffisante. Pour les inondations, la vérification quotidienne de la fermeture des trappes et portes est apparue non conforme aux procédures prévues »

Et Laurent Payen ajoute : « Gravelines étant entouré d’un tissu industriel dense, nous travaillons sur une convention avec ces industriels pour limiter les stockages de produits dangereux à proximité de la centrale, mettre en place un protocole d’alerte en cas de problème... »

En parallèle, le rapport d’ECS a été présenté à la Commission locale d’information (CLI) de Gravelines le 11 octobre 2011. Ses membres ont pu poser des questions à EDF. Au regard des réponses obtenues et des informations reçues lors des réunions techniques organisées simultanément par l’IRSN, la CLI a reformulé des questions. Ces dernières ont été adressées à l’ASN pour qu’elle les intègre dans son rapport final de décembre. 

Le rapport de Gravelines et ceux des autres sites prioritaires sont venus alimenter l’analyse nationale réalisée par l’IRSN en septembre-octobre. Cette dernière a servi de fondement aux conclusions émises au début du mois de novembre par les groupes permanents d’experts (GPE) de l’ASN. Sur la base des conclusions du GPE, du bilan des inspections et des retours des CLI, l’ASN a élaboré fin décembre un rapport français destiné au Premier ministre.   

Un second rapport, différent sur la forme, mais identique sur le fond, était destiné à l’Europe. Un calendrier serré, mais tenu.

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Notes :

1- 34 réacteurs REP de 900 MWe, 20 de 1 300 MWe, 4 de 1 450 MWe et un réacteur EPR en construction de 1 600 MWe.