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La radioprotection aux frontières : surveillance des importations japonaises

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Depuis l'accident de Fukushima Daiichi en mars 2011, la surveillance des importations japonaises est renforcée. Afin d’éviter toute importation en France de produits nippons contaminés, qu'ils soient alimentaires ou non, des mesures de surveillance ont été prises dès les premiers jours de l’accident. L’expertise de l’IRSN a été sollicitée. 

Champignons, thé, algues sont parmi les denrées importées en France qui sont très surveillées depuis le drame de Fukushima. Pour contrôler l’entrée sur le territoire de produits contaminés, un dispositif de protection a été mis en place par la cellule interministérielle de crise (CIC). Celle-ci est dirigée par le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, un service du Premier ministre.  

Du 18 au 30 mars 2011, une trentaine de personnes s’y sont retrouvées chaque matin, avant que les réunions ne s’espacent : représentants de l’Élysée et de Matignon, ministères impliqués (Affaires étrangères, Économie et Finances, Transports, Santé, Agriculture...), acteurs et opérateurs (EDF, Areva, CEA), IRSN et Autorité de sûreté nucléaire. « La cellule avait trois préoccupations initiales : l’aide au Japon, les ressortissants français et les conséquences en France à court terme, dont la question des importations », se rappelle Francis Delon, secrétaire général, qui a piloté la cellule.

 

De la phase d’urgence… 

Les douanes françaises inspectent les cargaisons de produits nippons.©AFP Photo/Sébastien BozonComme l’explique Julien Collet, directeur de cabinet de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, « dans le cas de Fukushima, le vecteur de risque était surtout alimentaire ». Francis Delon poursuit : « tant que l’étendue de la contamination n’a pas été connue avec certitude et tant que nous n’étions pas sûrs que les Japonais étaient organisés pour garantir l’origine de leurs exportations, nous avons appliqué des normes plus strictes que le reste de l’Europe ». À savoir un contrôle total des produits de consommation humaine.  

Le fret aérien a fait l’objet des premières mesures : si les denrées mettent trois semaines pour venir en bateau du Japon, il ne leur faut qu’une douzaine d’heures par avion. « Il a été demandé aux compagnies comme Air France ou Japan Airlines de procéder au contrôle radiologique de tout leur fret », se souvient Jean-Christophe Gariel, expert IRSN qui a participé à la CIC. « Puis, devant le nombre de résultats négatifs, elles ont été autorisées à se limiter au contrôle d’un seul vol par jour. »

 

… à la construction d’une règle

La phase d’urgence passée, les règles se sont affinées, l’IRSN appuyant les pouvoirs publics : « Nous avons proposé à la CIC un maillage du Japon par préfectures, reposant sur les cartographies de contamination établies par l’IRSN sur la base de données japonaises », illustre Jean-Christophe Gariel. Ces données ont permis d’adapter les contrôles en France. Elles ont en outre soutenu les positions du Quai d’Orsay lors de discussions tendues avec l’Europe afin d’harmoniser les contrôles aux frontières.

Des laboratoires de l’IRSN peuvent être sollicités pour des mesures complémentaires.©Magali Delporte/IRSNAu final, deux zones ont été définies, comme le résume Julien Collet : « Les produits issus d’une zone proche de Fukushima doivent être accompagnés d’un certificat de mesure de la radioactivité. Ils sont soumis en France à un contrôle aléatoire sur 10 % des lots. Les denrées produites sur le reste du territoire doivent être accompagnées d’un certificat de provenance, et sont soumises à un contrôle sur 20 % des lots. »

En parallèle, la France garde aussi un œil attentif sur les denrées identifiées comme les plus à risque par l’IRSN, telles les pousses de bambou et les abricots japonais. Fin juillet 2011, 77 lots de produits alimentaires avaient été contrôlés en France, et un seul s’est révélé positif. Il s’agit du cas des feuilles de thé (voir ci-dessous). Du coup, la préfecture de Shizuoka, d’où provenait cette denrée, a été ajoutée à la liste de celles pour lesquelles un certificat de mesure de la radioactivité est exigé.

 

Les importations du Japon ne se limitent pas aux produits alimentaires

La mesure de la radioactivité de l’environnement, un domaine de l’IRSN

Le service de traitement des échantillons et de mesure de l’environnement (STEME) est désigné comme laboratoire national de référence “radionucléides” (LNR RN). Il réalise aussi de nombreuses intercomparaisons de laboratoires et des formations.

Pour aider les entreprises, comme L’Oréal, à valider la non-contamination de leurs ingrédients nippons, l’IRSN a été sollicité. « Nous avons aidé deux de leurs usines à établir un protocole de contrôle des marchandises et avons formé leur personnel à son utilisation », témoigne Alain Savary, responsable d’un groupe d’intervention en radioprotection opérationnelle de l’IRSN.

 

Autre demande : celle du Comité hygiène et sécurité d’Erca Formseal, fabricant de machines à conditionner des yaourts, pour une présentation au personnel des contrôles réalisés par les autorités françaises. De quoi rassurer les salariés quant aux mesures en place.

 

Les denrées alimentaires japonaises surveillées

Les produits alimentaires importés du japon sont surveillés par les douanes à leur arrivée en France dans les ports et aéroports. Cette vérification diffère en fonction de la nature du produit ou de sa provenance. Dans tous les cas, si un produit n'est pas conforme aux niveaux maxima établis, il est éliminé ou réexpédié au Japon.

Les denrées alimentaires japonaises surveillées. ©Hervé Bouilly / IRSN 

 

Le cas des feuilles de thé

Le cas des feuilles de thé. ©DGCCRF/ Service commun des laboratoiresJuin 2011, les laboratoires de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes identifient sur un lot de thé vert, prélevé à son arrivée à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, une contamination en césium de 1 038 Bq/kg, plus du double du niveau admissible.

Saisi par la cellule interministérielle de crise pour des mesures complémentaires, l’IRSN dépêche à Roissy une équipe de spécialistes en radioprotection opérationnelle afin de prélever les échantillons les plus contaminés, remis au service d’étude et de surveillance de la radioactivité dans l’environnement.

« Ce service a préparé des échantillons de feuilles sèches et un thé obtenu par infusion de 50 g de feuilles par litre. Il s’agit là d’un thé plus fort que la normale, puisqu’il est habituellement préparé avec 10 à 40 g de feuilles, et, par conséquent, d’un risque majoré », explique Romain Vidal, ingénieur du Laboratoire de mesure nucléaire (LMN) de l’IRSN. « Les mesures ont confirmé une contamination des feuilles de thé : plus de 80 %des radionucléides étaient passés dans l’infusion. »

Si le risque doit être relativisé (même en buvant un litre de ce thé chaque jour pendant un an, la dose absorbée serait minime, au plus de 220 microsieverts), le lot a néanmoins été retourné à l’envoyeur.

 

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