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1986-2016 : Tchernobyl, 30 ans après

Conséquences sur la santé des populations de l’accident de Tchernobyl

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​​​​Les plus graves conséquences pour la santé ont été observées chez les premiers intervenants sur le site de la centrale. En Biélorussie, en Ukraine et en Russie, l’accident a provoqué de nombreux cancers de la thyroïde chez les personnes exposées  âgées de moins de 18 ans au moment de l’accident.

En plus des intervenants sur le site de la centrale de Tchernobyl, environ 5 millions d’habitants de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie ont été exposés. Par ailleurs, plus de 116 000 personnes résidant dans la zone d’exclusion ont été évacuées. 

L’exposition de ces populations est due à la contamination interne par inhalation et ingestion de radionucléides ainsi qu’à l’exposition externe liée aux dépôts sur le sol. Les doses efficaces varient en moyenne de quelques millisieverts (mSv) à quelques centaines de mSv. Chez certains individus, les doses à certains organes (par exemple la thyroïde du fait de l’incorporation d’iode radioactif) ont pu dépasser le Gray.

 

Principales populations exposées suite à l'accident de Tchernobyl

Site

Taille de la populationDose efficace moyenne

Liquidateurs mobilisés en 1986 et 1987

240 00100 mSv​
Habitants évacués116 000 33 mSv​

Habitants des zones contaminées

  • Dépôts en césium 137 > 555 000 Bq/m2
  • Dépôts en césium 137 > 37 500 Bq/m2
  • Autres zones en Biélorussie, Ukraine, Russie


270 000
5 000 000
66 500 000


50 mSv

10 mSv
2,5 mSv
Europe
(zones contrôlées, hors zones contaminées ci-dessus)
570 000 000 0,5 mSv

Les doses les plus importantes ont été observées chez les opérateurs et les pompiers intervenus la nuit du drame, ainsi que chez les personnes impliquées les premiers jours, comme les pilotes d’hélicoptères. Enfin, les liquidateurs chargés du nettoyage du site et des alentours dans les premiers mois après l’accident (1986-1987) ont également pu être fortement contaminés.

 

Bilan pour les intervenants sur le site de la centrale de Tchernobyl

Des effets aigus (dits déterministes) ont été observés, essentiellement dans les premiers mois et années consécutifs à l’accident, chez les personnes ayant reçu les doses les plus importantes :

  • Dans les premières heures après l’accident de Tchernobyl, deux personnes sont décédées par traumatisme physique, brûlure thermique et effet des rayonnements. 

 

  • Dans les semaines après l’accident, sur les 600 travailleurs et membres des équipes de secours présents sur le site, 237 personnes furent hospitalisées. Surtout, 134 intervenants ont été victimes d’un syndrome d’irradiation aiguë, dont 28 sont décédés dans les quatre mois qui ont suivi l’accident. Puis, entre 1987 et 2006, 19 autres intervenants sont décédés des séquelles de leur syndrome, dont 10 avant 1997, 4 avant 2000 et 5 jusqu’en 2006. 
  •  

Le bilan des effets aigus dus à l’irradiation a peu évolué durant ces dernières années. Aujourd’hui, la continuation du suivi des liquidateurs vise à surveiller l’apparition d’une augmentation de la fréquence de certains effets chroniques à long terme (généralement dénommés effets stochastiques), tels que les cancers. 

Les études publiées au cours des dernières années montrent que la fréquence de dépressions et de syndromes de stress post-traumatique demeure élevée chez les intervenants d’urgence et les liquidateurs, et ceci plusieurs décennies après l’accident. 

Deux études internationales ont estimé une relation entre la dose reçue à la moelle osseuse et le risque de leucémie proche de celle observée chez les survivants des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki. Chez les liquidateurs biélorusses, russes et baltes, le risque de leucémie pour une dose d’un gray est multiplié par 6, selon le Centre international de recherche sur le cancer, et chez les liquidateurs ukrainiens, il est multiplié par un facteur de 3 à 4, selon le National Cancer Institute (États-Unis).

Certaines études ont également observé une augmentation de la fréquence des cataractes et des pathologies cardiovasculaires et cérébrovasculaires avec la dose reçue dans certains groupes de liquidateurs, mais ces relations n’ont pas été retrouvées sur d’autres populations et restent à confirmer. Enfin, les résultats actuels ne permettent pas de conclure à une augmentation de la fréquence des cancers solides - tels que les cancers du côlon, du poumon ou du sein - chez les liquidateurs.

 

Bilan pour la population évacuée et les habitants des zones contaminées

L’effet majeur au sein de ces populations a été une augmentation importante de la fréquence des cancers de la thyroïde dans les zones les plus contaminées de Biélorussie, d'Ukraine et de Russie. L’augmentation a été observée dans les 4 à 5 ans suivant l’accident, en particulier chez les individus qui étaient alors enfants.

Entre 1991 et 2005, 6 848 cas de cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués chez les enfants âgés de moins 18 ans au moment de l’accident en Biéolorussie, Ukraine Russie, en particulier chez ceux âgés de moins de 4 ans suite à la consommation de lait contaminé par l’iode 131.

Aujourd’hui, une augmentation des cancers de la thyroïde (cf. schéma ci-dessous) est encore observée chez les individus qui étaient enfants en 1986, et qui sont aujourd’hui devenus adultes. A contrario, chez les individus nés après 1986, la fréquence de cancer de la thyroïde est peu modifiée par rapport à celle qui existait au moment de l’accident. Ces résultats viennent confirmer le rôle  majeur de l’incorporation d’iodes radioactifs à vie courte au moment de l’accident dans l’explication de l’augmentation de la fréquence des cancers de la thyroïde.

 

Incidence du cancer de la thyroïde en Biélorussie, Ukraine et Russie entre 1986 et 2007Incidence du cancer de la thyroïde en Biélorussie, Ukraine et Russie entre 1986 et 2007
Source : Yamashita Health Physics 2014
Cliquer sur l'image pour agrandir

  

Pour en savoir – Lire le n°11/12 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVs) - Cancer de la thyroïde et accident nucléaire : où en sommes-nous 30 ans après Tchernobyl et 5 ans après Fukushima ?

Lire notre actualité - Cancer de la thyroïde et accident nucléaire, publication d'un état de connaissances

Lire l'actualité - Cancer de la thyroïde en France sur le site de l'InVS : derniers chiffres d'épidémiologie en France et dans chaque département, facteurs de risques, évolution des pratiques diagnostiques, explications de l'augmentation du nombre de cas de cancers depuis 30 ans

 

En ce qui concerne les leucémies, une seule étude ukrainienne publiée en 2010 montre une augmentation du risque de survenue des leucémies chez les enfants âgés de moins de 5 ans au moment de l’accident, et résidants dans les zones les plus contaminées.

Un accroissement des problèmes psychosociaux attribués aux changements de mode de vie et aux conséquences sociales et économiques de l’accident est aujourd’hui reconnu chez les adultes résidants dans les territoires contaminés.

  

Des incertitudes sur certaines conséquences sanitaires

Trente ans après l’accident, il est impossible de dresser un bilan sanitaire exhaustif. Et pour cause : les résultats disponibles sont limités par la qualité des études épidémiologiques réalisées, la difficulté d’identifier précisément les populations exposées et les incertitudes associées aux estimations dosimétriques. Surtout, la réalisation de bilans sanitaires est rendue extrêmement compliquée par les changements socio-économiques majeurs survenus dans ces régions suite à la chute de l’Union soviétique.

Les études portant sur une augmentation de la fréquence d’autres effets sanitaires restent controversés. Elles n’ont pas démontré de lien entre la dose reçue et l’augmentation des cas de cancers solides – tels que les cancers du côlon, du poumon ou du sein - chez les habitants des territoires contaminés et les évacués. Néanmoins, pour ces types de cancers, il est possible que le délai depuis l’accident soit encore trop court pour qu’une éventuelle augmentation de fréquence soit détectable. En effet, l’augmentation de tels effets n’a pu être mise en évidence que plusieurs décennies après chez les survivants des bombardements de Hiroshima et Nagasaki. Le suivi de la fréquence de ces cancers au sein des populations exposées lors de l’accident de Tchernobyl doit donc continuer.

De même, pour les pathologies non cancéreuses telles que les malformations congénitales et les maladies cardiovasculaires, les études réalisées ne font pas consensus en raison de problèmes méthodologiques.

Certaines de ces limites peuvent être levées, en combinant les efforts entre pays, en utilisant des protocoles d’étude mieux adaptés et grâce au développement de méthodes d’estimation dosimétrique élaborées. La poursuite des études est nécessaire pour vérifier ou non l’apparition d’effets tardifs plusieurs décennies après l’accident.

En Europe, le programme Co-Cher (en anglais) a été mis en place pour assurer la pérennité des études et améliorer leur qualité. Au sein du programme de recherche européen Operra, le projet Shamisen (en anglais) entend pour sa part, en se basant sur l’expérience de Tchernobyl et de Fukushima, développer des recommandations pour la surveillance médicale et sanitaire des populations en cas d’accident nucléaire.

  

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