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1986-2016 : Tchernobyl, 30 ans après

Impacts de l’accident de Tchernobyl en France et en Europe

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​Le panache radioactif en provenance de Tchernobyl a disséminé des éléments radioactifs sur la plupart des pays d’Europe. En France, il a provoqué des dépôts dans des zones localisées de l’est de la France à des niveaux encore détectables en 2016.

Entre le 26 avril 1986 et la mi-mai 1986, le panache radioactif en provenance de la centrale de Tchernobyl dissémine des éléments radioactifs tels que l’iode 131, le césium 134 et le césium 137 sur la plupart des pays d’Europe.

 

Le déplacement du panache radioactif en Europe et en France

Le 26 avril 1986, la concentration dans l’air dépasse les 10 millions de becquerels par mètre cube (Bq/m3) autour du réacteur accidenté. Dans un premier temps, le vent emporte ce panache vers le nord-ouest. Parvenu au-dessus des pays baltes puis de la Scandinavie le 28 avril 1986, il est rabattu vers l’est, puis vers le sud, ramenant les polluants vers l’Europe centrale et les Balkans.  

La masse d’air contaminée par les rejets du 27 avril 1986, se dirige vers l’Europe de l’ouest – l’Allemagne, la France et le nord de l’Italie -  où elle parvient entre le 30 avril 1986 et le 5 mai 1986. Le retour d’un flux d’Ouest conduit à séparer en deux cette masse d’air : une partie refluant vers l’Est, l’autre se dirigeant vers les îles britanniques, épargnant ainsi l’Espagne et le Portugal.

À partir du 28 avril 1986, les panaches  successifs touchent l’Europe de l’est et du sud - Russie, Grèce, Turquie et les pays d’Europe centrale, mais ne concernent pas l’Europe de l’Ouest.

En France, la concentration atteint au maximum quelques Bq/m3 le 1er mai 1986. Le panache se disperse ensuite dans l’ensemble de l’hémisphère nord et des éléments radioactifs sont détectés en Amérique du Nord et au Japon, avec des concentrations extrêmement faibles.

 

Modélisation du déplacement du panache radioactif en Europe

En 2005, l'IRSN a réalisé une simulation du déplacement du panache radioactif au-dessus de l'Europe entre le 26 avril et le 10 mai 1986 :

​ 

Contamination de l’air en France

En France, la contamination de l’air a pu être reconstituée à partir des mesures de la radioactivité sur des prélèvements d’air réalisés par les stations de surveillance du SCPRI et du CEA. Au début mai 1986, les principaux éléments radioactifs mesurés dans l’air sont :

Principaux éléments radioactifs mesurés dans l'air en France début mai 1986

​​É​léments radioactifs

Période radioactive
(demi-vie)

Iode 131

8 jours
Tellure 132
78 heures

Tellure 129m

33 jours
Ruthénium 103
39 jours

Césium 137

30 ans
Césium 134
2 ans

Baryum

13 jours
Tellure 132
78 heures

 

Les radionucléides présents dans l’air ont évolué sensiblement de manière identique :

​Évolution des éléments radioactifs à Verdun entre le 29 avril et 9 mai 1986
Évolution des éléments radioactifs à Verdun entre le 29 avril et 9 mai 1986
Évolution des activités volumiques du césium 137 (Cs137), de l’iode 131 (I131), de l’iode 132 + tellure 132 (I132+Te132) et du ruthénium 103 (Ru103) dans l’air, mesurées entre le 29 avril et le 9 mai 1986 à Verdun.

 

Les dépôts radioactifs en Europe et en France

Au sein des masses d’air contaminées, les radionucléides non gazeux ont été transportés sous forme de particules, appelés aérosols. Au fil du temps, ils ont fini par retomber au sol sous forme de dépôt sec et, lorsqu’il pleuvait, de dépôt humide.

L’importance des dépôts dépendait des trajectoires des masses d’air contaminées, de la distance parcourue et de l’intensité des pluies. Hors de la région de Tchernobyl, seul le césium 137 a conduit à une contamination durable des territoires.

 

Schéma illustrant les retombées atmosphériques sèches et humides et leur répartition
entre le couvert végétal et le sol

 

Les dépôts à l'échelle de l'Europe

En Europe, les retombées ont formé de vastes zones de dépôts discontinues. L'Ukraine, la Biélorussie et la Russie ont été les pays les plus affectés : ils ont reçu environ 60% de la radioactivité totale rejetée. Ces dépôts concernent notamment de vastes territoires (près de 150 000 km² dans ces pays) où les dépôts de césium 137 ont dépassé 40 000 becquerel par mètre carré (Bq/m²), voire même par endroit plusieurs centaines de milliers de Bq/m².

Ailleurs, les dépôts ont dépassé 40 000 Bq/m² dans une partie de la Scandinavie, en Europe centrale et au nord de la Grèce, ainsi que sur des surfaces plus réduites au Royaume-Uni, en Suisse, au sud l’Allemagne et au nord-est de l’Italie, en relation avec des pluies importantes.

 

Carte des dépôts de césium 137 à l'échelle de l'Europe
Carte des dépôts de césium 137 à l'échelle de l'Europe
(source : Atlas européen EC/IGCE 1998 et IRSN). Aucune donnée n'est disponible pour les Balkans.
Cliquer sur l'image pour agrandir

 

Les dépôts en France

Si les dépôts secs ont été assez homogènes, de modérés sur l’est de la France (de l’ordre de 1 000 Bq/m2) jusqu’à très faibles sur l’ouest (de l’ordre de 100 Bq/m2), les pluies sur l’est ont conduit à des dépôts radioactifs beaucoup plus importants et très hétérogènes.

Dans les départements du nord-est, de Franche-Comté, du sud des Alpes et de la Corse, certains endroits ont reçu des dépôts dont l’activité en césium 137 dépasse 10 000 Bq/m², voire localement 20 000 Bq/m². Très localement, à l’échelle de quelques dizaines de kilomètres carrés, des averses très intenses ont conduit à des dépôts encore plus importants, dépassant 40 000 Bq/m2 sur la côte orientale de la Corse par exemple.

 

Carte des retombées de césium 137 en France en mai 1986
Carte des retombées de césium 137 en mai 1986 en France
   Source : modélisation IRSN fondée sur l'intensité des pluies tombées début mai 1986.


Dans le détail, de forts contrastes ont été observés au sein d’un même département, pouvant atteindre un facteur 10 à 15 entre les extrêmes. Une cartographie très précise de ces dépôts n’est donc pas réalisable. 

 

Les impacts sur les denrées alimentaires en France

C’est dans l’est de la France que les valeurs les plus élevées sont atteintes. Elles sont mesurées au cours de la première quinzaine de mai 1986, sur le lait de vache et les salades.

Contamination des denrées alimentaires en césium 137 et en iode 131
au cours de la première quinzaine de mai 1986

Contamination des denrées alimentaires en césium 137 et en iode 131 au cours de la première quinzaine de mai 1986

 

Dans les semaines qui suivent, les concentrations en césium 137 et en iode 131 dans les légumes et les produits laitiers diminuent très rapidement sous l’effet de la croissance des végétaux et de la période radioactive courte de l’iode 131 (8 jours).

Le lait de chèvre et le lait de brebis figurent parmi les denrées les plus sensibles aux retombées radioactives. En zone méditerranéenne, leur contamination a pu atteindre 10 000 becquerels par litre (Bq/l) en iode 131 et 500 Bq/l en césium 137.  

À partir de 1987, la contamination des productions agricoles est liée à l’absorption par les racines des plantes, du césium 137 et du césium 134 présents dans les sols. L’activité est alors beaucoup plus faible et diminue régulièrement au fil des années.

 

Les impacts en France 30 ans après l’accident

En France, certaines zones témoignent encore de niveaux de radioactivité supérieurs ou très supérieurs à ceux observés dans le reste de l’Hexagone.

Dénommées « zones de rémanence de la radioactivité artificielle », elles sont identifiables grâce au  césium dont la contamination persiste encore à l’heure actuelle dans les sols. L’activité surfacique dépasse 10 000 Bq/m2 pour les zones impactées par l’accident de Tchernobyl et 3 000 Bq/m2 pour celles concernées par les retombées des anciens essais aériens d’armes nucléaires.

 

Zones d'étude de la rémanence de la radioactivité artificielle (carte d​e droite)
basées sur les dépôts théoriques en césium 137 provenant des essais nucléaires 
atmosphériques et de l’accident de Tchernobyl (carte de gauche)

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Dépôts théoriques en césium 137 provenant des essais nucléaires atmosphériques et de l’accident de Tchernobyl

Cliquer sur la carte pour l'agrandir

​Zones d'étude de la rémanence de la radioactivité artificielle

 

L’accident de Tchernobyl a ainsi touché des zones localisées et très éparses dans l’est de la France, tant en plaine (plaine d’Alsace et Vallée du Rhône) qu’en montagne (Alpes du Sud, Corse, Jura et Vosges). Il s’agit des territoires où les précipitations ont été les plus importantes dans les jours qui ont suivi l’accident en Ukraine.

En 2013 et 2014, l’IRSN a réalisé un bilan actualisé dans les zones de rémanence : 

  • En milieu aquatique. Dans les lacs du Mercantour, la radioactivité artificielle évolue faiblement au fil des années. Dans ces « milieux fermés », la persistance du césium 137 dans l’eau, les mousses et les sédiments est élevée. En comparaison, dans les « milieux ouverts » que constituent les fleuves et les rivières qui drainent l’est de la Corse et le Mercantour, l’activité en césium 137 a nettement diminué depuis les premières mesures réalisées en 1986-1987.
  •  

  • En milieu terrestre. Dans les massifs de l’est du territoire (Vosges, Jura, Alpes du Sud et Corse) qui cumulent les activités en césium 137 les plus élevées de France métropolitaine,  l’activité est  encore aujourd’hui supérieure à 10 000 Bq/m2 et en moyenne 8 fois supérieure à la moyenne des sols français (soit 51 Bq/kg contre 6,5 Bq/kg). Dans les prairies d’altitude des Alpes du sud, des « points chauds » sur de très petites surfaces (quelques dm2 à un m2 environ), des activités supérieures à 100 000 Bq/m2 peuvent être observées.

 

  • Dans les denrées alimentaires (cf. schéma ci-dessous). L’activité en césium 137 dans le lait prélevé dans les zones de rémanence (0,32 Bq/litre en moyenne) est plus élevée que celle du lait prélevé ailleurs (entre 0,004 et 0,03 Bq/l). Les denrées des forêts (baies, champignons et gibiers), dont l’activité en césium 137 est plus variable et potentiellement supérieure à 100 Bq/kg frais.

  
 

Valeurs en césium 137 mesurées dans les denrées, le sol et les sédiments en 2013-2014
Valeurs en césium 137 mesurées dans les denrées, le sol et les sédiments en 2013-2014

 

En 2013 et en 2014, l’activité radiologique des produits agricoles est toutefois 10 à 30 fois plus faible qu’en 1987, et 1 000 à 10 000 fois plus  faible qu’immédiatement après les dépôts de mai 1986. Elle diminue désormais lentement au cours du temps.

 

L’impact pour la population

Les mesures réalisées ont permis d’évaluer les doses efficaces consécutives au séjour dans les zones les plus marquées par l’accident de Tchernobyl et à l’ingestion des denrées provenant de ces zones. 

En 2015, un habitant des zones les plus touchées de l’est de la France recevra une dose moyenne de 37 microsieverts par an (µSv/an) contre 5,4 µSv/an pour une personne résidant ailleurs en France. Ces doses sont principalement dues à l’exposition externe au rayonnement émis par le césium présent dans les sols. La contribution de l’incorporation de césium via l’ingestion de denrées est en moyenne beaucoup plus faible, inférieure à 1 µSv/an. Elle peut toutefois devenir non-négligeable pour les personnes consommant beaucoup de champignons et de gibier issues des zones les plus touchées : de l’ordre de 80 µSv/an pour un consommateur régulier et potentiellement jusqu’à 570 µSv/an pour un gros consommateur (deux repas copieux par semaine basé sur ces denrées sauvages).

 

Évaluation des doses efficaces moyennes dues aux retombées de l’accident de
Tchernobyl en 2015 (exposition externe + ingestion)

Contamination des denrées alimentaires en césium 137 et en iode 131 au cours de la première quinzaine de mai 1986


Enfin, la dose efficace reçue par une personne qui resterait plusieurs heures
(bivouac ou sieste, en position allongée) sur un des « point-chauds » d'altitude décrit précédemment, recevrait une dose de quelques dizaines de µSv. Ceci correspond à peu près à la dose reçue pour un aller-retour Paris-Marseille en avion liée au rayonnement cosmique naturel, beaucoup plus important en altitude.

Télécharger le rapport - Constat Radiologique « Rémanence de la radioactivité d’origine artificielle ​(PDF, 6,69 Mo) 

 

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