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Coût économique des accidents nucléaires

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Aux Etats-Unis, l’évaluation du rapport bénéfice/coût des mesures fait partie de la culture de l’administration. Dans le domaine nucléaire, cette approche nécessite d’évaluer notamment le coût d’un accident, ainsi que de retenir une hypothèse sur sa probabilité d’occurrence.

Les premières estimations mondiales de coût d’accident ont été publiées aux Etats-Unis en 1990 [1] dans le sillage de l’accident majeur de Tchernobyl et représentaient un saut qualitatif dans la compréhension des accidents nucléaires. Utilisant par ailleurs les estimations de probabilité d’accident issues des études probabilistes de sûreté, les Etats-Unis se sont forgé progressivement une doctrine en matière d’analyse coûts-bénéfices, qui continue d’évoluer au fur et à mesure de l’acquisition de nouvelles connaissances.

En France, c’est en 2005 que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé à l’IRSN d’analyser une approche « coût/bénéfice » proposée par EDF pour les modifications destinées à renforcer la sûreté. Dans le cadre de ces travaux d’expertise, l’IRSN a entrepris de réaliser ses propres recherches sur le coût de l’accident.

Auparavant, le coût d’un accident nucléaire était en général évalué à partir d’une approche « conséquences » qui consistait à calculer, dans une optique opérationnelle de gestion de crise, les conséquences sanitaires et agricoles des rejets radioactifs. Ainsi, à partir d’une estimation des rejets radioactifs, de leur dispersion sur les territoires et des dépôts radioactifs provoqués, on évaluait les quantités de denrées devenues impropres à la consommation. Ensuite, un simple calcul du prix des denrées permettait d’obtenir le coût de l’accident. Dans cette approche, lorsqu’il n’y a pas de radioactivité, il n’y a pas de conséquence donc pas de coût.

 

Aucun coût ne doit être négligé

Au contraire, l’approche économique préconise d’établir une liste complète des effets d’une crise nucléaire, puis d’évaluer les coûts correspondants. Certains coûts peuvent ne correspondre à aucun becquerel…

Il est important qu’aucun élément notable de coût ne soit laissé de côté. En effet, cela sous-estimerait le coût de l’accident et pourrait conduire à sous-estimer la valeur de la prévention.

En quelques années, l’IRSN a ainsi construit les bases d’une approche économique des enjeux de sûreté nucléaire adaptée aux caractéristiques particulières de la France. Les résultats obtenus ont donné lieu à des échanges avec les experts américains du sujet, confirmant la qualité des travaux de l’Institut, malgré des différences importantes liées notamment à l’histoire réglementaire aux Etats-Unis.

L’approche adoptée notamment aux États-Unis évalue les coûts radiologiques « hors site », c'est-à-dire le coût des conséquences radiologiques directes et des mesures prises pour les réduire, essentiellement les interdictions alimentaires [2]. Outre ces éléments, l’IRSN juge nécessaire de retenir quatre autres grandes catégories de coûts, à savoir :

  • les coûts radiologiques « sur site », liés notamment à la perte du (ou des) réacteur(s), aux frais de décontamination du site, etc. ;
  • les coûts d’image, c'est-à-dire les pertes économiques à prévoir sur la non-vente de denrées ou autres biens de consommation parfaitement sains, du fait d’un boycott par les distributeurs ou les consommateurs (syndrome du « concombre espagnol »), les effets négatifs majeurs sur le tourisme, domaine particulièrement important pour la France et la réduction d’autres exportations ;
  • le coût des effets collatéraux sur le parc électronucléaire national qui pourrait voir sa production réduite en raison des remises en question et des exigences nouvelles exprimées par les différents acteurs de la société (politique, autorités, pression internationale…) (cf. situation actuelle au Japon) ;
  • les coûts liés aux modifications des conditions de vie et des facteurs socio-économiques dans les territoires contaminés, qui peuvent être fortes (zones d’exclusion) ou plus modérées (zones contaminées habitées sous condition de surveillance ou de restriction).

 

Il pourrait encore y avoir d’autres coûts…

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Note :

1- United States Nuclear Regulatory Commission « Severe Accident Risks: An Assessment for Five U.S. Nuclear Power Plants » NUREG 1150, 1990

2- Une baisse des valeurs foncières peut aussi être calculée, ainsi que des hausses ponctuelles de prix de l’électricité, effet de marché immédiat et local de la disparition du réacteur accidenté.