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Retour d'expérience

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Arrêt automatique d’un réacteur ou mise en service d’un système de sauvegarde à la suite d’une anomalie, non-respect d’une procédure… tout dysfonctionnement qui survient ou est détecté sur une installation nucléaire pouvant affecter sa sûreté fait l’objet d’un ‘retour d’expérience’, appelé REX.

« Il s’agit d’analyser le problème et d’en tirer les enseignements afin qu’il ne se reproduise plus, ni sur cette installation ni ailleurs », rapporte Hervé Bodineau, spécialiste du REX pour les réacteurs à eau sous pression (REP) à l’IRSN. « La communauté nucléaire internationale a pris conscience de l’importance de cette approche avec l’accident de Three Mile Island (Etats-Unis) en 1979. Un simple blocage de vanne y a entraîné une fusion partielle du cœur. D’autres centrales avaient déjà connu – et géré – le même incident précurseur. Mais aucun retour n’avait été fait, et encore moins partagé. »

Chiffre : 600 événements significatifs sont déclarés en moyenne par an en France pour 58 réacteurs à eau sous pression en exploitation.

« Cela peut sembler beaucoup, mais environ 90 % ne sont pas classés dans l’échelle Ines », développe Jean-Paul Daubard, chargé de l’analyse transverse du REX à l’IRSN. « Il s’agit d’événements d’importance souvent mineure, tels que des non-respects de spécifications techniques. Ceux-ci ne génèrent pas de conséquence, mais les points faibles d’une installation sont mieux connus. Contrairement aux autres pays, comme le Japon, la France a fait le choix de demander aux exploitants de les déclarer. Tout dysfonctionnement, même minime, peut être le précurseur d’un incident plus grave. » 

 

Le REX a connu un essor avec l’informatique. Plusieurs bases de données recensent les incidents et leur traitement. L’IRSN dispose de Sapide, qui rassemble tous les événements significatifs déclarés par les exploitants. On en compte aujourd’hui, pour les réacteurs de puissance, plus de 20 000 [1], telle la perte de source froide à la centrale de Cruas (Ardèche), en 2009. On en recense plus de 5 000 pour les autres INB.

Le REX repose avant tout sur l’exploitant, premier responsable de la sûreté de l’installation. C’est à lui de disposer d’un système fiable pour détecter de manière précoce toute anormalité. Il doit en identifier la cause – défaillance technique, erreur humaine ou organisationnelle… Il doit en tirer les mesures à mettre en œuvre – changer une pièce défectueuse, imaginer une nouvelle organisation… Cette responsabilité s’opère en France sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Depuis la construction des premiers REP dans les années 1970, l’exploitant est tenu de déclarer tout événement significatif. Il peut s’agir d’accidents, d’incidents, d’anomalies ou d’écarts de fonctionnement. « Il a quarante-huit heures pour le faire, sauf en cas d’accident grave où la déclaration doit être immédiate », précise Hervé Bodineau. « Il a ensuite deux mois pour transmettre un compte rendu de l’incident et ses actions correctives à l’ASN et à l’IRSN. » En copie de ces déclarations, les spécialistes de l’Institut chargés des sites concernés ‘décortiquent’ le REX. « Leur objectif premier est d’analyser de façon indépendante la gravité de l’événement et le caractère précurseur », souligne l’expert. « Ils vérifient que ce qui est important est traité de manière correcte. »

 

Les grands froids de 2012

Un autre examen de deuxième niveau consiste à identifier ce qu’il est possible de transposer d’une installation à une autre, « entre les réacteurs de puissance, les laboratoires, les usines et les réacteurs de recherche », souligne Jean-Paul Daubard, chargé de l’analyse transverse du REX à l’IRSN. Certaines thématiques se retrouvent dans tous les types d’installations nucléaires de base (INB), comme la radioprotection, les dispositions de maîtrise des risques d’incendie ou les perturbations météorologiques extrêmes. « L’hiver 2012 a fait l’objet d’une période de grand froid », illustre Jean-Paul Daubard. « Des événements se sont produits dans tous les types d’installations. Des aspects génériques ont été identifiés au cours de l’examen transverse, comme une mauvaise anticipation de cette période. Celle-ci a mené à des défaillances de matériels que les exploitants auraient pu éviter. »

Ces enseignements sont formalisés dans des fiches diffusées au sein de l’Institut. « L’inondation de la centrale de Blayais (Gironde), à la suite de la tempête de 1999, avait conduit à revoir la méthodologie d’analyse des risques d’inondation », complète-t-il. « Cela a permis de déterminer ce que l’installation peut redouter et les dispositions à prendre, comme la construction d’une digue de hauteur suffisante. »

Le REX a vocation à être partagé, y compris à l’international. « Des réunions sont régulièrement organisées entre les différents pays exploitant des réacteurs, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Commission européenne », précise Didier Wattrelos, spécialiste du REX international à l’IRSN. « Les pays membres de ces instances peuvent tirer profit des retours des autres pays. »

 

Le pouls des installations

Le REX a connu un essor avec l’informatique. Plusieurs bases de données recensent les incidents et leur traitement. L’IRSN dispose de Sapide, qui rassemble tous les événements significatifs déclarés par les exploitants. On en compte aujourd’hui, pour les réacteurs de puissance, plus de 20 000 [1], telle la perte de source froide à la centrale de Cruas (Ardèche), en 2009. On en recense plus de 5 000 pour les autres INB.

 

« Toute action corrective est pesée »

C’est le principe du retour d’expérience (REX) : tout incident ou dysfonctionnement sur une installation nucléaire de base appelle une action corrective.

En 2005, lorsque les roulements du moteur des pompes d’injection de sécurité des réacteurs de 900 mégawatts d’EDF ont tous été modifiés en raison d’une anomalie. « Cette action relève d’un savant compromis entre urgence et réflexion », souligne Hervé Bodineau, spécialiste du REX pour les réacteurs à eau sous pression à l’IRSN. Des mesures surdimensionnées seraient inutiles, voire contre-productives face à un problème mineur ne mettant pas en péril la sûreté de l’installation. « L’exploitant ne peut pas s’affranchir des contraintes technologiques et économiques », poursuit le spécialiste. « Quand la centrale est en exploitation, il ne peut pas faire n’importe quoi. »

Engager des travaux de modification, tel un changement de câble électrique ou d’une pompe, peut présenter de réels risques, comme un départ de feu à cause d’une étincelle lors d’une soudure ou l’indisponibilité de matériels importants pour la sûreté. Toute modification entraîne des répercussions, qu’il est nécessaire de prévoir : en changeant une pièce (moteur de pompe ou servomoteur d’une vanne), continue-t-on de garantir le bon fonctionnement du matériel ? En revoyant une procédure, qu’est-ce qui est impacté   « À l’occasion d’un arrêt de tranche [2], il est parfois plus sage de mettre en place des moyens temporaires fiables plutôt qu’une solution technique définitive hasardeuse », rapporte Hervé Bodineau. Et de conclure : « Les solutions proposées doivent être proportionnées aux enjeux de sûreté. »

 

À l’international, l’AIEA dispose de la base IRS (International Reporting System), alimentée par les pays membres. « L’IRSN envoie, pour la France, une dizaine de rapports par an », complète Didier Wattrelos. « Il analyse en retour le REX étranger pour évaluer si certains incidents peuvent être transposés sur les installations françaises. » Des bases de données thématiques existent également, à l’instar d’Eria, lancée par l’IRSN en 2010. Elle est dédiée aux incidents de radioprotection. Ces outils valorisent le retour d’expérience au-delà de l’installation concernée. « Leur utilisation peut servir à déterminer les thématiques instruites lors des réexamens de sûreté », illustre Hervé Bodineau. « Elle est le socle de toutes les instructions techniques réalisées à l’IRSN, du simple avis au plus complexe, comme les évaluations complémentaires de sûreté [3]. »

L’Institut utilise aussi ces bases de données – où chaque événement est codifié – pour prendre le ‘pouls’ des installations. « Des indicateurs statistiques sont construits et observés, tel le nombre d’arrêts automatiques de réacteurs », développe le spécialiste. « Cela permet d’évaluer le niveau de sûreté global du parc français, de suivre les tendances et de détecter d’éventuelles disparités entre les différentes installations. » En plus de veiller à la sûreté d’un site, le REX contribue à la faire avancer dans sa globalité.

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