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Démantèlement : Quand la sûreté prime sur la rapidité

Démantèlement : Quand la sûreté prime sur la rapidité

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En France, les opérations de démantèlement longues et complexes progressent. Six sites comprenant des réacteurs d’EDF sont en cours de déconstruction. En juin 2015, l’exploitant estime la fin des chantiers aux alentours de 2050.

Un démantèlement exige des années de travail. Les installations à déconstruire sont nombreuses, les volumes de déchets à trier et à orienter vers les bonnes filières importants, certaines étapes laborieuses et complexes du fait de la présence de radioactivité, des difficultés techniques souvent spécifiques à chaque site et des mesures de sûreté et de radioprotection drastiques. Aussi, la déconstruction s’opère-t-elle en séquences successives, de démontage des différents équipements, de découpage de matériels, de tri, conditionnement et évacuation des déchets…

 

Le démantèlement, qu’est-ce que c’est ?

Réacteurs nucléaires d’EDF, usines du cycle du combustible, installations d’expérimentations du CEA comme celles de Grenoble (Isère), Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) ou Cadarache (Bouches-du-Rhône)… Toutes ces installations seront déconstruites. 

Dans la pratique, le démantèlement des réacteurs nucléaires est précédé de l’évacuation du combustible vers l’usine de retraitement de La Hague (Manche). La vidange des circuits et la démolition des bâtiments conventionnels – comme la salle des machines – sont les étapes suivantes. Commence ensuite l’opération proprement dite, après que l’exploitant ait obtenu un décret d’autorisation. Durant dix à vingt ans, tous les équipements et les structures du site seront décontaminés – lavages, grattages… –, démontés et découpés par des travailleurs ou par des robots quand la radioactivité s’avère trop forte. Les déchets générés seront triés, évacués, en fonction de leur radioactivité, vers des sites de stockage appropriés, le cas échéant après une période d’entreposage dans une installation adaptée

Lorsque tout a disparu, le déclassement [1] de l’ancienne installation nucléaire peut être demandé via une procédure spécifique. Dans le cas où le niveau d’assainissement ne permettrait pas de revenir à l’état initial, des servitudes d’utilité publique pourraient être mise en œuvre pour restreindre certains usages.

 

Différents choix sont possibles

La France impose le démantèlement au plus tôt après l’arrêt de l’installation comme en Suède ou en Allemagne par exemple. La Finlande et le Royaume-Uni ont retenu des approches différenciées : un démantèlement immédiat pour certaines installations, souvent anciennes, et différé [2] pour d’autres. C’est le cas notamment lorsque des opérations génèrent des déchets pour lesquels il n’existe pas encore de filière de stockage, comme le graphite, déchet à vie longue issu des centrales graphite-gaz britanniques.

Ainsi le démantèlement des installations nucléaires des sites CEA de Grenoble sont pratiquement achevées. Le démantèlement des réacteurs d’EDF Superphénix et Chooz A sont très avancés. Le démantèlement des nombreuses autres installations est en cours.

Un exercice complexe

Face à cet immense chantier, plusieurs acteurs assurent la sûreté tout au long de l’intervention. L’exploitant définit les opérations à mener et les mesures de sûreté associées. L’IRSN les évalue, le ministre de l’Ecologie les autorise après avis de l’ASN.

« II faut en permanence garder une vision globale et vérifier que l’enchaînement prévu par l’exploitant est cohérent », explique Florence Gauthier, experte à l'IRSN.« Par exemple, un équipement tel qu’une canalisation ou un appareil de manutention n’aurait-il pas été utile pour une opération ultérieure ? Les dispositions retenues pour protéger les travailleurs sont-elles suffisantes ? Les étincelles issues des découpes ne risquent-elles pas de déclencher un départ de feu ? »

Mais une difficulté majeure existe pour les réacteurs de première génération [3] : ces installations anciennes n’avaient pas été conçues en tenant compte de leur déconstruction ultérieure. Depuis, la législation a évolué : un exploitant doit présenter un plan de démantèlement dès la création de son installation. « L’EPR a été créé en anticipant son démantèlement », illustre Florence Gauthier. « Il faut penser à la fois au montage et au démontage, en particulier pour les gros équipements, choisir les matériaux afin de limiter la production de radioéléments qui résulteraient de leur irradiation pendant le fonctionnement. »

L’IRSN s’assure que les dispositions prises par l’exploitant, pour la sûreté et la radioprotection des travailleurs, sont satisfaisantes, que le vieillissement des équipements, notamment ceux qui demeureront pendant un certain temps, est maîtrisé, que ceux qui seront réutilisés ou construits pour mener les opérations respectent les exigences de sûreté qui leur sont assignées,…

Infographie : Les 100 réacteurs de puissance arrêtés
ou en cours de démantèlement en Europe en mars 2013

Les 100 réacteurs de puissance arrêtés ou en cours de démantèlement en Europe. Crédits : Hervé Bouilly/IRSN -Source AIEA (09/12) 

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Notes :

1. Opération administrative qui consiste à supprimer l’installation de la liste des installations nucléaires de base (INB).
2. Dans une stratégie de démantèlement différé pour un réacteur, le combustible, qui représente plus de 99 % de la radioactivité d’un site, est évacué dès l’arrêt de l’installation et les équipements non nucléaires, comme la salle des machines, sont déconstruits. Puis l’installation est mise dans un état sûr, sous surveillance, pour attendre la décroissance progressive de la radioactivité avant de démanteler le reste.
3. Il s’agit des centrales de Brennilis (Finistère), Chooz A (Ardennes), Bugey 1 (Ain), Saint-Laurent A (Loir-et-Cher), Chinon A (Indre-et-Loire).