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Démantèlement : Quand la sûreté prime sur la rapidité

Évaluer la sûreté en fonction de la réalité des risques

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Un démantèlement est une opération dangereuse soulevant des questions de sûreté pouvant être complexes. L’expertise doit s’adapter à toute situation.

À la différence de la plupart des sites en fonctionnement, un site en démantèlement est en perpétuelle évolution : on évacue progressivement la radioactivité, on démolit ce qui représentait hier des barrières de protection. Pour assurer la protection de l’environnement et du public et la radioprotection des travailleurs chargés de la démolition, l’IRSN est saisi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) afin d’évaluer les choix retenus par l’exploitant pour la maîtrise des risques.

Cette évaluation peut nécessiter une instruction d’un an et demi. Une équipe de spécialistes en confinement, en incendie, en risques d’exposition aux rayonnements ionisants, en génie civil, en facteurs organisationnels et humains, en gestion de déchets... est constituée, pilotée par un ingénieur généraliste plus particulièrement connaisseur de l’installation à démanteler.

Ces spécialistes sur la base de leurs connaissances, de leur retour d’expérience, interrogent l’exploitant pour compléter ou éclaircir certains points du dossier. Ils se rendent sur place pour le rencontrer, visiter l’installation et visualiser les locaux, les équipements, les postes de travail. Des réunions techniques sont organisées. Ces rendez-vous permettent de favoriser le dialogue et de confronter les positions.

Après ces échanges sur site, chaque spécialiste rend un avis sur son domaine d’expertise à l’ingénieur généraliste, pilote de l’instruction chargé d’évaluation de l’installation concernée et responsable de la rédaction de l’avis de l’IRSN.

Du coté des exploitants, l’organisation est de même nature dans la répartition des rôles entre les chargés d’installations et les entités spécialisées.


S’adapter à chaque site

Lors d’un démantèlement, les risques pour l’environnement sont généralement  moindres, car la radioactivité diminue rapidement dès les premières années, du fait par exemple de l’évacuation du combustible pour ce qui concerne les réacteurs. En revanche, pour le travailleur qui devra découper un mur ou un conduit de ventilation contaminé…, le risque est plus élevé. Cela justifie la mise en œuvre de protections collectives ou individuelles spécifiques telles que le port d’un masque et d’une combinaison ventilée. 

Sur le site de Chooz A, il a été fait le choix de démanteler la cuve du réacteur après l’avoir rempli d’eau afin d’assurer une protection contre les rayonnements ionisants.

Le démantèlement peut nécessiter la construction d’une installation neuve. C’est le cas du réacteur à neutrons rapides Superphénix où un ouvrage a été érigé pour détruire le sodium contaminé, installation qui devra à son tour être démantelée à la fin de fonctionnement. Ce sera également le cas pour le traitement du sodium du réacteur Phénix situé à Marcoule.


S’adapter à une installation en évolution

Autre écueil classique : réunir l’historique de l’exploitation comme les éventuels incidents de contamination. « Quand une centrale est à l’arrêt depuis plus de 20 ans, que l’ancien personnel n’est plus sur place, il est difficile de récupérer toute cette information », indique Jean-Marc Mascherpa. « EDF a mis en place des mesures – et un projet dédié – permettant de capitaliser l’historique durant l’exploitation de l’installation. Le choix d’une stratégie de démantèlement sans attendre contribue à la maîtrise de ce risque.» 

Les ingénieurs de l’IRSN doivent prévoir le pire pour faire face à un manque d’information. « Un robot peut être envoyé dans chaque zone pour mesurer le débit de dose et faire des prélèvements », décrit Florence Gauthier (IRSN). « Cette précaution évite de sous-estimer la contamination accidentelle d’un espace fermé dont le passé aurait été oublié. »

Un autre exemple : « À Strasbourg (Bas-Rhin), où un réacteur universitaire a été démantelé, l’exploitant avait effectué des calculs d’activation. Les débits de dose se sont avérés largement supérieurs : une plaque d’acier ayant servi au coffrage avait été laissée lors de la construction et avait été activée. Il est nécessaire d’anticiper ce genre de situation en prévoyant des dispositions de prévention qui seront adaptées au fur et à mesure de la caractérisation des sources. »


La problématique des déchets

L’expertise de l’Institut a notamment pour objectif de vérifier que les déchets produits seront correctement triés, caractérisés et envoyés dans les bonnes filières. Dans le cas des centrales à graphite-gaz, une technologie aujourd’hui abandonnée en France, se pose la question du stockage du graphite. Ce déchet à vie longue doit être confiné dans des sites spécifiques qui ne sont pas encore construits par l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs (Andra). Le démantèlement des réacteurs UNGG génèrera plus de 10 000 tonnes de graphite.

 

En chiffres

  • 300 jours de travail… et parfois largement plus. C’est le temps nécessaire à une équipe composée de spécialistes et d’un ingénieur généraliste de l’IRSN pour instruire un rapport de sûreté de démantèlement. Une fois l’opération entamée, s’y ajouteront le suivi, les points d’arrêt, les instructions des demandes mineures...
  • 31,9 milliards d’euros. C’est le coût, estimé par les exploitants, du démantèlement des installations nucléaires en France d’EDF, d’Areva et du CEA civil. (Source : Cour des comptes, 31/01/12)

 


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