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Démantèlement : Quand la sûreté prime sur la rapidité

Priorité à la protection des travailleurs

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Les intervenants étant nombreux et la sous-traitance courante, un travail de coordination et de surveillance des opérations s’impose.


Derrière tout projet de démantèlement, il y a des expertises techniques, mais également des hommes et des femmes et des schémas d’organisation, qui vont eux aussi contribuer à la sûreté des opérations.  « Ces facteurs organisationnels et humains, dits FOH, sont importants dans un contexte où la sous-traitance est quasi systématique, avec un nombre élevé d’intervenants », souligne Lise Menuet, spécialisée dans la gestion de ces risques à l’IRSN.

Gérer les aléas liés à la « coactivité »

La déconstruction d’une installation nucléaire est un véritable chantier. Des zones en démantèlement et d’autres en fonctionnement coexistent ; des équipes différentes, issues d’entreprises distinctes, peuvent être amenées à intervenir sur un même lieu, mais avec des objectifs variés.

C’est ainsi que, à Chooz A, une vingtaine de salariés d’EDF sont chargés de la surveillance, de l’exploitation des systèmes de ventilation, des déchets ou encore de la prévention des risques. À leurs côtés, une trentaine de prestataires sont affectés à la décontamination des générateurs de vapeur, à la découpe, à la manutention ou à l’évacuation des déchets.

La coactivité [1] est une situation récurrente, dont il faut gérer les risques. Par exemple, l’arrêt d’un réseau de détection d’incendie dans une partie de l’installation où sont effectuées des découpes génératrices d’étincelles peut concerner un local adjacent où la détection d’incendie est normalement requise. « Pour l’exploitant, cela veut dire réaliser un important travail de préparation et de coordination avec les intervenants en amont du déroulement des travaux », convient Lise Menuet. 

Lorsque l’IRSN est amené à évaluer un dossier de démantèlement du point de vue des facteurs organisationnels et humains, plusieurs questions concernant la sous-traitance sont examinées : quelle est l’organisation retenue sur les chantiers ? Comment se déroulent la surveillance et le contrôle des travaux ? Avec quels objectifs ? Avec quels moyens ? Quelles sont les compétences associées ? « Les réponses à ces questions sont présentées de façon plus ou moins approfondie selon les dossiers et les exploitants.

Globalement, la maturité sur le sujet progresse depuis quelques années. Un dossier qui n’aborderait pas suffisamment ces points ne serait plus recevable aujourd’hui », confie la spécialiste.

La réflexion sur les FOH doit commencer dès la conception du projet. « L’exploitant spécifie ses attentes dans le cahier des charges transmis aux sous-traitants – par exemple, une description précise des modes opératoires et une évaluation des postes de travail dans un environnement qui évolue. Puis il prend en compte ces critères dans le choix des prestataires », développe Romain Langlois, responsable sûreté de l’équipe projet d’Areva Engineering & Projects (E&P) chargé de la conception du programme de démantèlement de l’UP2-400 [2] à La Hague (Manche).

« La construction d’une chronologie pertinente est essentielle pour assurer la radioprotection des travailleurs », complète Yann Billarand, expert en radioprotection à l’IRSN et chargé d’évaluer les dossiers de démantèlement sous cet angle. « Deux règles sont à respecter. Il faut enlever le maximum de substances radioactives avant de commencer à démonter les équipements et les structures. Lors des travaux, il est nécessaire de toujours traiter, dans la mesure du possible, les parties les plus irradiantes en premier. »

 

Des avancées alimentées par le retour d’expérience

Les progrès en FOH reposent sur les études menées et sur le retour d’expérience (Rex). Des leçons sont tirées des incidents, comme ce fut le cas en novembre 2009 dans l’usine UP2-400. « Un technicien a été contaminé en piquant son gant de protection sur un fil métallique tenant une étiquette d’identification de tuyauterie », illustre Romain Langlois. « Cet événement a fait l’objet d’une analyse incluant la contribution de l’ensemble des entités d’Areva concernées. Plusieurs dispositions directement opérationnelles en ont découlé : systèmes d’étiquetage alternatifs, nouvelles protections... »

Les enseignements ne doivent pas se limiter aux événements isolés. « Des opérations qui se déroulent correctement – avec identification des bonnes pratiques – peuvent enrichir l’ensemble des connaissances, des savoir-faire et faire progresser les pratiques », souligne Lise Menuet. « Il faut pour cela préparer et formaliser le Rex. Cela passe par la définition des données à recueillir au cours des différentes étapes et l’organisation de la circulation et du partage des informations entre les intervenants du projet. »

Dans le cadre du démantèlement de l’usine UP2-400 de La Hague, l’ingénierie d’Areva E&P participe aux réunions de chantier. « Nous récupérons les Rex directement auprès des opérateurs (prestataires d’assainissement et de démantèlement) et pouvons intégrer les conclusions dans les cahiers des charges que nous élaborons en tant que maître d’œuvre », décrit Romain Langlois.

« D’importants progrès sur les spécifications de sûreté et de radioprotection ont été réalisés. Ils conduisent à une meilleure préparation des opérations, pour optimiser la présence des travailleurs sur le terrain, et donc leur exposition. Par exemple, nous nous sommes aperçus, dans certains cas, de différences entre ce qui figure sur les plans et la réalité des salles où intervenir. Des modifications avaient pu avoir lieu lors de la construction des bâtiments, sans mise à jour des plans d’origine. Des moyens d’investigations spécifiques pour visiter les lieux des interventions sont utilisés pour valider, en amont, la conception d’équipements particuliers ou celle des modes opératoires de démantèlement. »
 

Répondre aux interrogations de la société

« Nous avons émis un avis consultatif favorable sur le démantèlement de deux réacteurs, tout en insistant sur certains points, tels l’absence de solution pour le stockage des déchets ou la complexité de la technique de décontamination retenue », confie Michel Eimer, vice-président de la commission locale d’information (CLI) de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Cette dernière avait été consultée lors d’une enquête publique dans le respect de la loi de 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire.

« Le dialogue avec l’Association nationale des comités et commissions locales d’information (Anccli) souligne les nouvelles attentes de la société civile sur le démantèlement, confie Véronique Leroyer, chargée des relations avec les CLI et l’Anccli à l’IRSN. L’Institut compte développer des échanges sur les sujets soulevés par les CLI : gestion des déchets, sous-traitance, impact environnemental… Il a déjà participé à des formations sur le démantèlement, organisées par les CLI de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), Chinon (Indre-et-Loire) et Saint-Laurent-des-Eaux. »

L’IRSN a également répondu à l’invitation du groupe permanent concerné au démantèlement au sein de l’ANCCLI.

 

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Notes :
1- Coactivité : Présence simultanée de salariés de plusieurs entreprises sur un même site de travail.
2- Unité de production de l’usine de retraitement des combustibles nucléaires usagés de La Hague, mise à l’arrêt en 2003 et dont le démantèlement complet est prévu à l’horizon de 2030.

 

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