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Siseri, un outil en progrès

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​Source : Magazine Repères n°01, Février 2009

En 2005, l’IRSN a mis en service Siseri (Système d’information de la surveillance des expositions aux rayonnements ionisants). Cet outil centralise, consolide et conserve l’ensemble des résultats des mesures individuelles des travailleurs. Trois ans après sa mise en place, qu’en pensent les prin​cipaux protagonistes ? Pascale Scanff, de l’IRSN, a rencontré Élisabeth Depezeville, médecin. Débat.

 

Siseri commence tout juste à être connu et utilisé chez les médecins du travail... Pourquoi ?

Pascale Scanff : Cet outil a été développé à la demande du ministère du Travail et sa gestion a été confiée à l’IRSN. Le chantier était ambitieux, cela a été très long et je pense que l’on a mis le système en route un peu trop tôt.

Dr. Élisabeth Depezeville : La décision des autorités de mettre en place cet outil de suivi de l’exposition aux rayonnements est excellente, mais celui-ci n’était pas au point. Cela a démotivé les utilisateurs médecins. Nous n’étions pas tous informatisés avec accès à Internet et c’est encore le cas pour certains. Ensuite, d’un point de vue technique, c’était un peu complexe : nous n’avons pas tous les mêmes facilités avec l’informatique. La non-formation en radioprotection des médecins du travail qui se doivent maintenant d’appliquer les mêmes directives que les médecins d’INB (installations nucléaires de base), je pense notamment à ceux qui surveillent les dentistes, vétérinaires, radiologues et tout leur personnel, explique la sous-utilisation de cet outil.

Débat autour du système Siseri.©Noak/Le bar Floréal/IRSN

Élisabeth Depezeville, médecin interentreprises dans la Manche,
et Pascale Scanff, responsable de l’unité de suivi 
et d’analyse des expositions professionnelles à l’IRSN.

L’accès au système Siseri est sécurisé par un certain nombre de verrous. Ceux-ci ne freinent-ils pas aussi l’utilisation du système ?

É.D. : Peut-être, mais la nécessité de confidentialité l’explique. Il faut que l’entreprise accepte de s’identifier auprès de Siseri et nomme son médecin du travail, qui reçoit ensuite son numéro d’accès. Chacun doit montrer patte blanche, c’est logique, mais cela peut être très compliqué... Ainsi, parfois, le médecin du travail enregistré pour une entreprise n’est pas celui qui suit au final les salariés. Résultat : ce dernier n’a pas accès aux informations !

P.S. : Bien sûr. Mais ces verrous sont nécessaires, le but étant de garantir la confidentialité de certaines données pour protéger le travailleur. Ainsi, l’employeur n’a pas accès à tout le dossier, ce qui doit éviter une gestion par la dose… Nous avons conscience que le système peut paraître un peu rigide et nous sommes en permanence à l’écoute pour améliorer les choses.

É.D. : On note toujours beaucoup de cas particuliers comme des salariés qu’on ne retrouve pas, des résultats dosimétriques non cohérents avec ceux dont nous disposons sur papier. Par exemple, certains employeurs ont doté leur personnel de dosimètres passifs réglementaires mais ceux-ci ne sont pas forcément adaptés aux différents types de rayonnements auxquels leurs salariés sont exposés. Cela commence à changer. Néanmoins la mise à jour des résultats de dosimétrie reste lente par rapport à ce que nous recevons directement des laboratoires.

P.S. : Tout d’abord, soyons clairs, Siseri n’est pas fait pour contrôler l’adéquation des dosimètres au type d’exposition mais pour enregistrer les résultats des mesures. Après, pour mettre les données en consultation, il faut déjà que la plateforme les reçoive. Cela semble évident, mais ce n’est pas toujours le cas ! Pour la dosimétrie passive, ce sont les laboratoires agréés qui doivent nous faire parvenir les informations, l’idée étant de ne jamais repasser par l’employeur pour garantir l’indépendance des résultats. Les deux plus gros laboratoires ont du retard dans l’envoi, jusqu’à plusieurs mois. La qualité des données qu’on nous transmet est loin d’être parfaite, mais nous travaillons avec eux pour améliorer le processus. Pour la dosimétrie opérationnelle, il faut que la personne compétente en radioprotection ait accès au système et nous envoie les données. Les possibilités de consultation dépendent aussi de la qualité des informations transmises comme l’identification correcte de l’employeur.

 

Siseri centralise les données dosimétriques de tous les travailleurs exposés. Comment est gérée la question des intérimaires ?

É.D. : Le suivi dosimétrique des intérimaires reste insuffisant, la réglementation n’est pas claire, les interprétations nombreuses. Actuellement, la PCR (personne compétente en radioprotection) des sociétés d’intérim a accès à la dosimétrie des intérimaires alors que la PCR des entreprises utilisatrices devrait également y avoir accès. De même, le médecin de l’entreprise utilisatrice qui suit les intérimaires, comme le lui permet la réglementation, n’a pas toujours accès à la dosimétrie passive ni active de ceux-ci ! L’intérimaire est « loué » avec sa formation R.I et son dosimètre passif. Je recommande le port du dosimètre passif de l’entreprise utilisatrice et non de la société d’intérim, ainsi je pourrais avoir accès à la dosimétrie. Lorsque l’intérimaire porte plusieurs dosimètres, les résultats peuvent être faussés dans la base de données.

P.S. : Il est vrai que le suivi des intérimaires est l’un des points sensibles en termes de radioprotection. Siseri, en centralisant les données de chaque travailleur, doit justement permettre de suivre au mieux ces personnes. Pour cela, l’accès à ces données devrait effectivement être plus large. Il me semble légitime que tout médecin du travail puisse accéder aux résultats des travailleurs de l’entreprise qu’il suit mais aussi à ceux de n’importe quel travailleur exposé. Lorsque vous relevez un problème dans les données d’exposition, n’hésitez pas à nous appeler[1]. L’IRSN a ouvert une ligne dédiée et une boîte mail pour les utilisateurs. Nous pouvons rectifier les erreurs signalées par le médecin. L’outil est fait pour évoluer. Notre priorité est d’offrir un service sans cesse meilleur. Prochainement, nous allons mettre en ligne une partie plus documentaire, plus pédagogique, pour expliquer aux médecins et aux PCR quels sont les écrans de consultation, le type d’informations auxquels ils peuvent avoir accès.

É.D. : Effectivement l’outil doit être amélioré : continuer sur la dosimétrie interne, revoir l’historique vie, la dosimétrie complémentaire cristallin… Mais je tiens à dire que Siseri a le mérite d’exister.

P.S. : Oui, le risque radiologique est le seul risque professionnel qui soit quantifié et tracé dans un registre national. C’est unique en France. Près d’un million de personnes sont référencées dans la base (plus de 290 000 personnes actives/an) et plus de 80 % des données de surveillance actuelles sont disponibles dans Siseri, contre 50 % il y a à peu près un an. Les données antérieures à la mise en service de la plateforme sont également peu à peu intégrées. À terme, l’outil pourra fournir des statistiques représentatives de la surveillance des travailleurs en France.

É.D. : Bien sûr je critique, mais cette base de données me facilite maintenant le travail par rapport à ce que je faisais autrefois. Je pense qu’il pourrait être bon aussi d’élargir l’utilisation de cet outil au niveau européen, notamment pour prendre en compte les salariés itinérants. Certains travaillent en France, en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni… Il y a un besoin d’information pour le suivi des salariés.

P.S. : Nous réfléchissons à cette question. À terme, nous envisageons de pouvoir élargir l’utilisation de l’outil et de le proposer à d’autres pays. ​​

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Plus d'informations sur SISERI :

1- Par email : siseri@irsn.fr - Site Internet : http://siseri.irsn.fr