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La prévention du risque radon, enjeu de santé, peut-elle être un marché pour le bâtiment ?

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Source : Magazine Repères N° 18, juillet 2013

Deux spécialistes venus de Suisse et du Canada ont échangé sur les politiques de prévention vis-à-vis du radon et sur les travaux d’atténuation pratiqués par les professionnels du bâtiment. Regards croisés depuis la conférence internationale « Radon et société » organisée en avril 2013 à Paris. 

 

Marcel Brascoupe : Entrepreneur général du bâtiment, certifié dans l’installation de systèmes de réduction du radon au Québec. 

Joëlle Goyette-Pernot : Déléguée radon de l’Office fédéral de la santé publique pour la Suisse romande. 

Marcel Brascoupe : Entrepreneur général du bâtiment, certifié dans l’installation de systèmes de réduction du radon au Québec. Membre fondateur de l’Association canadienne des scientifiques et technologues en radon. Joëlle Goyette-Pernot : Déléguée radon de l’Office fédéral de la santé publique pour la Suisse romande. Docteur en géographie, professeure à l’École d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg, domaine d’expertise : climat et qualité de l’air. 

 

Quelles sont les actions radon menées dans vos pays ?

Joëlle Goyette-Pernot : En Suisse, un acteur central, l’Office fédéral de la santé publique, et les cantons développent leurs programmes d’actions. Il existe peu d’implication citoyenne autour de cette thématique. Il y a quelques années, une étude a montré que le radon était assimilé à une marque de lessive ! Le risque est clairement méconnu du grand public.

Marcel Brascoupe : Avec Santé Canada, nous avons le même genre de structure top-down [1]. Mais ça ne suffit pas, notamment pour organiser les installateurs de systèmes d’atténuation du gaz. Jusqu’à la création de l’Association canadienne des scientifiques et technologues en radon, en 2011, nous, professionnels, étions très isolés. Maintenant nous partageons nos savoir-faire et organisons des formations. Nous sommes déjà près de 75 membres à travers le Canada et le nombre augmente chaque année !

J. G.-P. : La mise en réseau est essentielle. En Suisse, elle est assurée, dans chaque région linguistique, par un délégué radon. Il fait le pont entre les autorités fédérales, cantonales et les professionnels. Pour moi, la puissance publique doit garder un rôle de coordinateur. C’est ce que nous faisons en collaboration avec l’Office fédéral de la santé publique. Nous rassemblons, chaque année, les représentants des autorités cantonales et les consultants de nos régions dans un but d’information et d’échange. Ils  sont formés sur les nouveautés en Suisse et dans le monde, sur le plan réglementaire, technique et pratique. C’est l’occasion pour eux de partager leurs expériences. Ces rencontres nous permettent de nous rendre compte des besoins en matière de suivi des consultants, des difficultés qu’ils rencontrent sur le terrain…

M. B. : Nous aimerions que notre association joue un rôle semblable. Nous désirons avoir une réglementation nationale et nous impliquer dans le développement de celle-ci avec les autorités gouvernementales. Quand la demande va croître, nous serons en meilleure position pour aider à contrôler la qualité des travaux réalisés.

 

Existe-t-il un réel marché associé à la réduction du radon dans vos pays respectifs ?

M. B. : Au Canada, les entrepreneurs n’en vivent pas. On ne sait pas créer la demande. Seuls 15% des particuliers informés d’une concentration supérieure aux normes dans leur domicile choisissent de faire des travaux… Aux États-Unis, les entreprises en vivent car le secteur de l’immobilier pense "radon". Même si ce n’est pas obligatoire, sa mesure fait partie de la routine des transactions. Pour créer un véritable marché, il faut accompagner les professionnels et informer le grand public : nous n’en sommes pas encore là !

J. G.-P. : En Suisse, il n’existe pas non plus de champ économique à part entière. Il faut continuer la sensibilisation du public, mais aussi travailler sur les méthodes préventives dans les bâtiments neufs. La réglementation existe depuis 1994. L’ordonnance sur la radioprotection est actuellement en cours de révision. Il faudrait que le diagnostic devienne une obligation à la livraison d’une maison neuve. Les professionnels du bâtiment devraient alors l’intégrer dans leurs projets.

M. B. : Chez nous, c’est le cas depuis 2010, mais les constructeurs connaissent encore mal les techniques de réduction. Nous disposons seulement d’un guide de bonnes pratiques. Ce n’est pas suffisant ! Nous voulons une réglementation des travaux d’atténuation qui développerait un marché. Le jour où elle existera, il faudra un organe de contrôle ; l’association pourrait jouer un rôle dans cet aspect. En attendant, nous espérons une hausse de la demande dès cet été, car une campagne de mesures a été réalisée dans toutes les écoles de la province de Québec durant l’hiver dernier.

 

Comment abordez-vous la formation des professionnels ?

J. G.-P. : Nous avons essayé d’introduire la problématique du radon dans le cursus des architectes et des ingénieurs civils. Mais les programmes sont très chargés. Nous n’avons que quatre heures dédiées sur trois ans d’études ! En formation continue, le besoin spécifique sur ce sujet a du mal à s’exprimer. Nous proposons une qualification d’expert en qualité de l’air intérieur portant sur le radon, mais aussi sur l’amiante et les autres polluants chimiques et biologiques. Elle dure une année. Il faudra la compléter par des enseignements plus courts pour les professionnels du bâtiment. Il ne suffit pas que les architectes y prêtent attention, tous les corps de métiers doivent s’en préoccuper !

M. B. : Au Canada, il y a urgence ! Il faut certifier le plus de techniciens possible, par de brèves sessions, pour répondre à la demande à venir. Les formations sur l’atténuation du radon visent les corps de métiers du bâtiment tels que les techniciens en ventilation et qualité de l’air, les plombiers, les entrepreneurs dans l’imperméabilisation de fondations et les autres entrepreneurs de construction.

J. G.-P. : La situation est différente en Suisse : depuis 2006, 175 consultants en radon ont déjà été formés… mais aujourd’hui, la majorité d’entre eux n’a pas de travail dans ce domaine ! Ils ont besoin d’inscrire leur métier dans le contexte plus large de la qualité de l’air intérieur. Nous n’en sommes pas au même moment de nos actions. 

 

A retenir

  • La prise de conscience du grand public face aux risques liés à l’exposition au radon est récente. La conférence « Radon et société » a permis à des experts de différents pays d’échanger sur les avancées scientifiques et sociétales.
  • Le développement de réseaux réunissant professionnels et pouvoirs publics est essentiel pour faire avancer le dialogue et aboutir à une législation contraignante.
  • Les différents corps de métiers du bâtiment doivent se former pour répondre aux besoins d’un marché en pleine émergence. 

 

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Note :
1- Une approche top-down caractérise une démarche descendante, qui part des grandes lignes et entre au fur et à mesure dans les détails.

 

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