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Comment améliorer l’étude des risques en radiothérapie ?

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Source : Magazine Repères N° 23, octobre 2014

Les unités de radiothérapie peinent à répondre à l’obligation de mener une étude des risques encourus par leurs patients, imposée à la suite de l'accident d’Épinal (Vosges) et celui de Toulouse (Haute-Garonne). Sylvie Thellier, auteure d’un rapport de l’IRSN sur le sujet, et Philippe Le Tallec, qui encadre les manipulateurs en radiothérapie d’un centre de lutte contre le cancer, évoquent ces difficultés.

 

Sylvie Thellier Philippe Le Tallec
Sylvie Thellier - Spécialiste à l’IRSN des facteurs organisationnels et humains de la gestion des risques dans le secteur médicalPhilippe Le Tallec - coordonnateur de la gestion des risques associés aux soins au centre de lutte contre le cancer Henri Becquerel de Rouen (Seine-Maritime)

Spécialiste à l’IRSN des facteurs organisationnels et humains de la gestion des risques dans le secteur médical, Sylvie Thellier est l’auteure du rapport publié en 2014 par l'IRSN intitulé « L’étude des risques en radiothérapie : état des lieux et perspectives d’amélioration ».

Philippe Le Tallec encadre les manipulateurs en radiothérapie du centre de lutte contre le cancer Henri Becquerel de Rouen (Seine-Maritime) depuis 2003. Il est aujourd’hui coordonnateur de la gestion des risques associés aux soins au sein de l’établissement. Il a participé à l’enquête de l’IRSN.

 

Selon le rapport Étude des risques en radiothérapie, publié par l’IRSN, 80 % des unités de radiothérapie avaient rempli leur devoir fin 2013. Les autres finalisaient. Ce résultat est-il satisfaisant ?

Sylvie Thellier : Une distinction est à faire entre les dimensions quantitative et qualitative de ce bilan. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demande aux unités d’identifier toutes les situations pouvant porter atteinte à la sécurité des patients. Ces études – aussi appelée cartographies des risques – ont été faites, mais suffisent-elles à améliorer la sûreté des traitements ? Les problèmes sont souvent abordés en superficie, sans recherche des causes profondes.

Philippe Le Tallec : Nous n’avons pas les compétences pour mener ces études ! Dans notre formation initiale, nous avons appris à soigner, pas à analyser nos défaillances. Seuls les plus jeunes sont sensibilisés à ces questions pendant leur cursus.

 

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

S. T. : La première est méthodologique. Pour réaliser ces études, l’ASN met à disposition un guide qui propose d’identifier tous les risques, un à un. Les professionnels peinent à imaginer des scénarios où plusieurs défaillances se combinent lors du parcours de soins : par exemple, une transmission insuffisante des informations associée à l’absence de modalités d’encadrement lors de la prise de poste d’un nouveau professionnel dans l’équipe. Les unités disent avoir du mal à hiérarchiser les risques : quels sont les moins acceptables, à traiter en priorité ? Chacun peut avoir un avis différent selon son métier – radiothérapeute, manipulateur, physicien médical, etc.

P. L. T. : Un autre frein est le manque de ressources. Quand nous décidons de mettre en place des actions, il est compliqué de les appliquer et encore plus de les suivre. Faute de financements, nous n’avons pas de poste dédié. Pour faire vivre la cartographie, les professionnels de santé doivent prendre du temps sur celui dédié aux soins.

 

Que préconisez-vous ?

S. T. : Pour l’IRSN, il faudrait améliorer l’accompagnement des unités de radiothérapie, les aider notamment à mieux appréhender la notion de risques, à les combiner et à les hiérarchiser. Nous proposons de simplifier la démarche. Plutôt qu’une étude exhaustive, il serait plus facile et mobilisateur de faire ce travail au moment d’un changement d’équipement, d’organisation, de pratiques ou de personnel. Mutualiser une partie des études entre des unités similaires pourrait être bénéfique, en termes de partage d’expériences et de ressources.

P. L. T. : Les professionnels attendent beaucoup des réflexions menées par l’Institut et l’Autorité sur le sujet. Aujourd’hui, certains problèmes persistent malgré les études de risques et les actions mises en œuvre. Pour passer ce mur, nous avons besoin d’un appui méthodologique, en plus de moyens.

 

Y a-t-il, malgré tout, des avancées liées à ces études de risques  ?

P. L. T. : La culture de sécurité a progressé au sein des unités de radiothérapie. Aujourd’hui, avant chaque acte de soins, les manipulateurs ont systématiquement en tête le risque qu’ils peuvent faire courir à leurs patients. Les équipes prennent le temps de réfléchir avant de décider d’un changement technique ou méthodologique. Des améliorations ont aussi été apportées dans le fonctionnement des services. La carte d’identification du patient, par exemple, permet d’éviter d’administrer à un malade le traitement d’un autre : l’identito-vigilance est au cœur de nos préoccupations.

S. T. : Je vois un autre point positif. Par manque de temps, les réunions de service, avec plusieurs métiers autour de la table, ont tendance à disparaître. Les études de risques obligent à les maintenir.


 

A retenir

  • Au 25 mars 2011, les unités de radiothérapie devaient avoir identifié les risques pouvant aboutir à une sur-irradiation ou une sous-irradiation de leurs patients. Elles devaient avoir proposé des dispositions pour les réduire et mis en œuvre un suivi de ces actions (cf. l’article 8 de la décision ASN n°2008-DC-0103).
  • Cette obligation a fait progresser la culture de sûreté, mais les études des risques réalisées manquent de qualité.
  • Pour une meilleure contribution à la sécurité des traitements, l’IRSN propose de revoir le niveau d’exigence des études et d’améliorer l’accompagnement des professionnels.

 

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