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Les accidents de radioprotection

Comprendre la situation et évaluer les risques

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Souvent, tout commence avec l’apparition d’une brûlure sur la peau. Un médecin traitant ou un dermatologue la remarque quelques jours après la pose d’un stent [1] dans les artères de son patient. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est alertée par l’établissement responsable de l’acte. Elle charge alors l’IRSN d’investiguer : que s’est-il passé ? Des équipes se mobilisent pour comprendre la situation, évaluer les conséquences et trouver des solutions : reconstitution des faits, meilleure prise en charge médicale des personnes exposées, actions correctives et enseignements.

De telles surexpositions en radiologie interventionnelle ou en radiothérapie ne sont pas fréquentes. « Il y en a moins d’une dizaine par an en France », confirme Alain Rannou, expert en radioprotection à l’IRSN.

Ces incidents ou accidents ne sont pas des urgences médicales : l’évolution des lésions progresse sur plusieurs semaines. La pression est cependant forte dans les premières heures qui suivent la connaissance de l’événement. « Les autorités souhaitent des réponses rapides », témoigne Alain Rannou, qui a coordonné trois expertises récentes. « Le contour de l’intervention de l’Institut est défini dans les 24 ou 48 heures. Selon le nombre de patients touchés, l’évaluation précise de la dose reçue nécessite une à deux semaines. Un rapport, avec des recommandations d’actions correctrices, est rendu sous quatre semaines. »

 

Recherche d’indices

Les experts mobilisés rencontrent les équipes médicales pour collecter le maximum d’informations. En radiologie interventionnelle, la durée de l’intervention et/ou les paramètres de l’examen (dose par image et fréquence de celle-ci) sont relevés. En radiothérapie, le plan de traitement et le réglage des machines (angle, ouverture du collimateur...) sont consignés. L’objectif est de vérifier que ce qui a été programmé correspond au protocole qui avait été prescrit. Si tel n’est pas le cas, il faut en rechercher la cause. Ce peut être la force de l’habitude, un mauvais paramétrage de la machine, un dysfonctionnement de la chambre de mesure de contrôle du faisceau, un détecteur inadapté sous-estimant la dose délivrée par des mini-faisceaux [2]...

En cas de surexposition importante, une expertise plus poussée peut être déclenchée, notamment si des soins sont requis. « Il existe un lien causal entre la dose et l’effet », précise Jean-François Bottollier-Depois, physicien à l’IRSN, chargé de reconstituer la dose reçue et sa distribution aux organes. « Connaître la dose et sa distribution dans l’organisme orientera le diagnostic et la stratégie thérapeutique. »

Première solution technique : le code de calcul Sesame, développé par l’Institut. Il permet de simuler a posteriori l’exposition de la victime d’un surdosage. Il nécessite de connaître avec précision les paramètres de la source (nature du rayonnement, intensité, réglages de la machine) et ceux du patient (taille, poids, morphologie obtenue par image scanner en 3D du corps ou, à défaut, par l’utilisation de fantômes anthropomorphes numériques). Le logiciel va estimer la distribution dans le corps de la victime pour obtenir la dose aux tissus lésés. Ces informations sont essentielles au diagnostic et à la mise en œuvre de traitements éventuels.

Pour les cas exceptionnels où les données relatives à l’irradiation manquent, une dosimétrie rétrospective serait possible. « Par résonance paramagnétique électronique, il est possible de mesurer les radicaux libres créés par l’irradiation, sur un petit morceau d’émail de dent, d’ongle ou d’os », poursuit Jean-François Bottollier-Depois. « La dose peut être évaluée en certains points de l’organisme. » Cette approche a été mise à profit avec succès dans plusieurs cas d’accidents d’irradiation dans le domaine industriel.

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Notes :

1- Ressort métallique positionné dans une artère, pour éviter qu’elle ne s’écrase, durant une opération suivie en continu par radioscopie.

2- Appareils de radiothérapie caractérisés par des champs de rayonnement réduits (inférieurs à 10 mm), utilisés pour traiter des petites tumeurs ou lésions et celles difficiles d’accès pour la chirurgie, comme les malformations artérioveineuses du cerveau.

 

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