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Habilitation à diriger des recherches : Portrait de Béatrice Gagnaire, ingénieure-chercheuse en écotoxicologie

26/07/2022


Béatrice Gagnaire est ingénieure-chercheuse au sein du laboratoire des effets des radionucléides sur les écosystèmes et possède une Habilitation à Diriger des Recherches depuis 2019.  Elle nous présente les opportunités qu’offre l’HDR et son impact sur son activité de chercheuse.


Béatrice Gagnaire, ingénieure-chercheuse en écotoxicologie

Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours jusqu’à la préparation de l’HDR ? Comment en arrive-t-on à passer l’HDR et quelles étaient vos motivations ?

J’ai été recrutée à l’IRSN en 2008. Depuis, j’ai toujours travaillé au sein du même laboratoire des effets des radionucléides sur les écosystèmes. Entre mon recrutement et mon HDR, il s’est écoulé onze années durant lesquelles j’ai encadré bon nombre de doctorants. Initialement, je faisais partie des tuteurs des doctorants, encadrante assez proche de l’encadrant :  on apporte une aide technique en quelque sorte, sur la paillasse. Au fil du temps et de l’expérience, la thèse se replace dans un contexte un peu plus large, qui peut être un projet à plus grande échelle. On devient alors expert de notre domaine.
Le passage d’une HDR permet de faire un bilan sur sa carrière depuis la thèse. Il s’agit de voir quel a été le fil conducteur de nos travaux pendant ces années d’expérience, comment les projets de recherches se sont imbriqués autour de cette ligne directrice. Aussi, il s’agit de se projeter, sur ce que l’on a envie de faire, en prenant un certain recul. Lorsque l’on obtient l’HDR, on est à un niveau d’encadrement à plus grande échelle. En effet, si un tuteur se consacre à son thésard, le directeur de thèse a vocation à remettre les éléments en place dans les différents axes du laboratoire.
Enfin, l’HDR permet de prendre de la hauteur sur l’ensemble de son parcours et s’inscrit assez logiquement dans la carrière d’un chercheur. La date à laquelle on passe son HDR est assez fluctuant : je connais des personnes qui ont passé leur HDR dix-huit mois après leur thèse, d’autres vingt-cinq ans après.

Qu’a apporté votre HDR à vos travaux de recherches ? 

Là est la difficulté. On se projette dans des projets de recherches que l’on aimerait faire. L’exercice demande de se positionner dans une optique d’idéal pour poursuivre nos travaux. Néanmoins, les priorités de recherches sont amenées à changer, on ne sait jamais si on va pouvoir garder ce cap. Par exemple, depuis que je suis à l’IRSN, on a beaucoup travaillé sur l’uranium, mais aujourd’hui nous nous concentrons davantage sur le rayonnement ionisant. Il a fallu, tout en gardant ses compétences, adapter notre travail. C’est un challenge supplémentaire, pour les chercheurs qu’ils soient HDR ou non : savoir s’adapter !

Cette habilitation offre également une reconnaissance interne et externe du niveau des connaissances sur un sujet donné. On est alors amené à faire des rapports sur d’autres thèses, à être sollicité pour faire partie de jury de thèse et ainsi augmenter notre réseau. Ce dernier va profiter aux étudiants directement, ceux de l’équipe ou tous ceux qui ont pu passer dans l’équipe avant. Ceci donne une autre dimension dans la carrière de chercheur.

Votre position au sein du laboratoire a-t-elle changé ?

Dans certains établissements, le fait d’avoir une HDR permet de postuler pour un poste à un grade supérieur. Par exemple, dans d’autres établissements comme l’INRAE, si j'étais chargée de recherches, grâce à mon HDR je pourrais avoir le titre de “directeur de recherches”. Ces grades n’existent pas à l’IRSN, ce qui se rapproche du fonctionnement de certaines structures à l’étranger qui ne possèdent pas d’équivalent à l’HDR.
J’avais invité une collègue canadienne à mon jury d’HDR et elle expliquait qu’elle ne comprenait pas l’utilité du diplôme puisque j’avais une thèse et j’encadrais déjà des doctorants. Toutefois, obtenir son HDR est un témoin de la qualité de notre recherche et offre une occasion de donner un nouvel élan à sa carrière.

Votre regard sur votre spécialité a-t-il changé ? L’HDR a-t-elle modifié votre travail en tant que chercheur ?

L’écriture de la projection m’a permis de m’informer encore un peu plus sur le travail qui avait été fait par ailleurs dans mon laboratoire et dans mon service et de voir comment je pouvais proposer des orientations en adéquation avec les lignes directrices de la stratégie scientifique déployée dans le service afin que mon projet s’intègre au mieux dans les axes  de recherche du laboratoire. A ce moment-là, il y avait eu une restructuration des axes de recherches de notre service et j’avais fait l’effort de prendre chaque axe et de montrer comment les travaux de chacun d’entre nous pouvaient s’articuler. J’ai compris que l’on avait beaucoup à s’apporter mutuellement. Actuellement, nous sommes lancés sur un projet ANR que j’ai écrit avec des collègues du laboratoire et de l’INRAE d’Avignon ainsi que de l’IER de Fukushima, donc des gens extérieurs également. C’est une suite logique d’avoir ces postes de pilotage et de recherches. Sur 4 ans, c’est un joli exercice d’application et de ce à quoi sert une HDR.