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Le projet Shinrai

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​Dernière mise à jour en mars 2016

Le projet Shinrai ("confiance", en japonais) est un projet de recherche franco-japonais démarré en 2014, coordonné par l'IRSN et visant à étudier les conséquences sociales et politiques de l'accident de Fukushima survenu en 2011. Il s'intéresse principalement aux modalités de prise de décision par les autorités dans un contexte post-accidentel, et à leur impact sur la population. Le projet étudie le rôle de l'expert public, sa trustworthiness (capacité à mériter la confiance des citoyens), et son accountability (capacité à rendre compte de ses décisions), y compris (et surtout) dans un contexte où les données strictement scientifiques ne permettent pas à elles seules de trancher et de légitimer les décisions. Shinrai s'intéresse enfin aux enjeux de la catastrophe nucléaire pour nos démocraties, en s'interrogeant sur les modalités d'implication des citoyens dans ces décisions liées à la gestion post-accidentelle.

 

 

Contexte et objectifs

 

En mars 2011, les autorités japonaises ont eu à gérer une triple crise : le tremblement de terre, le tsunami qui a suivi, et l'accident nucléaire.

 

L'idée du projet Shinrai est née dans les mois qui ont suivi. La volonté principale était de comprendre plus finement les mécanismes de perte de confiance des citoyens envers les autorités et leurs experts après l'accident nucléaire et d'analyser les modalités de l'émergence de nouveaux experts citoyens, ou "contre-experts". Le projet  s'appuie pour cela sur un partenariat de recherche entre trois institutions : l'IRSN (France), l'Institut d'études politiques de Paris Sciences Po (France) et l'Université de technologie de Tokyo (Japon). Plus globalement, cette recherche doit apporter un éclairage politique et sociologique sur les problématiques de gestion des territoires après un accident nucléaire : politique de gestion des territoires contaminés, choix d'évacuation, du seuil radiologique, rôle et limites de la décontamination, gestion des déchets, etc.

 

Au niveau théorique, le projet s'inscrit à la fois dans la sociologie morale et politique (notions de confiance institutionnelle, de trustworthiness, de légitimité), et dans la sociologie des sciences et des techniques. Les relations entre science, expertise et décision politique sont analysées dans le contexte précis de la gestion post-accidentelle. Les débats au sujet des seuils d'exposition aux rayonnements à partir desquels les populations doivent être évacuées des territoires contaminés (relèvement du seuil à 20 mSv après l'accident) sont plus particulièrement examinés, ainsi que la controverse sur l'effet des faibles doses de radiations ionisantes et son impact dans l'espace public sur l'appréhension du risque radiologique.

 

 

Déroulement du projet

 

Le projet Shinrai se base sur un travail d'enquête (interviews, questionnaires) au Japon auprès de quatre types d'acteurs :

  • les autorités impliquées dans la gestion du post-accident, aux différents niveaux : gouvernemental, préfectoral, municipal (Reconstruction Agency, Bureau d'assistance aux victimes de l'accident, service de décontamination de la Préfecture de Fukushima par exemple …) ;
  • les scientifiques et experts impliqués dans le conseil aux autorités, ou membres de comités d'experts, ou bien encore se mobilisant en critique/dénonciation des mesures prises par ces autorités ;
  • les associations non-gouvernementales : aide aux victimes et aux réfugiés radiologiques de l'accident nucléaire, citoyens engagés dans la mesure "indépendante" de la radioactivité, mouvements dits de citizens scientists (scientifiques citoyens) engagés dans la constitution de savoirs experts indépendants des expertises institutionnelles ;
  • les habitants de la préfecture de Fukushima, notamment des deux villes de Nahara et Kawauchi, se situant dans la zone d'évacuation obligatoire après l'accident et concernés par le programme de « Retour des personnes évacuées » suite aux opérations de décontamination. L'enquête concerne également le quartier de Watari à Fukushima, qui n'a pas fait partie de la zone d'évacuation mais a fait l'objet d'opérations de décontamination en raison d'une contamination au-dessus des normes établies.

 

Après avoir défini les grandes lignes du projet Shinrai lors d'une étude préparatoire en 2012-2013, Christine Fassert (IRSN) et Reiko Hasegawa (Science Po) ont effectué trois missions d'une quinzaine de jours au Japon en octobre 2014, mars et septembre 2015. Ces différentes missions ont permis successivement :

  • d'entrer en contact avec des partenaires académiques japonais et de vérifier la faisabilité de l'enquête dans la région de Fukushima ;
  • d'inviter une université japonaise - Tokyo Tech - à rejoindre le projet ;
  • de débuter une enquête auprès des acteurs institutionnels au niveau national (JAEC, MEXT, METI, Reconstruction Agency, Disasters Victims Assistance Comitee, etc.), et local (municipalités de Kawauchi et de Nahara), ainsi qu'après d'acteurs associatifs ("scientifiques citoyens", aide aux évacués, "citoyens capteurs", etc.) grâce à plusieurs dizaines d'entretiens ;
  • d'entrer en contact avec les habitants, à travers un premier ensemble d'entretiens permettant de mieux comprendre la situation des villes évacuées, de suivre le processus de consultation des populations, et les décisions de retour ou de non-retour des habitants après la levée d'ordre d'évacuation par le gouvernement.

 

Les prochaines missions vont permettre de poursuivre les entretiens avec ces différents acteurs, et notamment de mener de nouveaux entretiens avec des habitants déjà rencontrés, afin d'observer leurs  trajectoires de vie (retour ou non dans les zones décontaminées, etc.).  

 

 

Perspectives et premiers résultats

 

Le projet Shinrai doit permettre :

  • un complément aux études déjà engagées, notamment par l'IRSN, sur les problèmes de décontamination et de retour des populations ;
  • un éclairage sociologique et politique sur les problématiques de l'expertise publique en cas de crise nucléaire, et au-delà, sur le positionnement de l'expert public dans la société ;
  • une réflexion sur les modalités d'articulation de l'expertise publique avec des expertises émergentes (citoyens capteurs, citoyens scientifiques, …), qu'elles se déclarent neutres ou "anti-nucléaires".

 

Les premiers résultats permettent d'identifier des problèmes spécifiques liés au retour des populations dans les territoires décontaminés pour les villes de Kawauchi et de Nahara, mais aussi des problèmes communs :

  • Les personnes âgées sont davantage retournées dans leur village d'origine après la levée de l'ordre d'évacuation que les familles avec des enfants, à cause d'une situation radiologique qui n'est pas encore redevenue "normale" dans ces territoires (les enfants étant plus sensibles aux radiations), mais aussi à cause du manque d'infrastructures dans ces zones ; Ainsi, la ville de Kawauchi dépend de l'hôpital d'une ville qui reste entièrement évacuée et située dans la zone dite de "retour difficile",
  • les mesures de compensation financière ont créé des situations vécues comme injustes entre bénéficiaires et non-bénéficiaires de ces compensations et ont généré des tensions qui ont dans certains cas détruit la cohésion communautaire au sein des villages.

Caractéristiques

​Dates : 2014-2018

Financement : co-financement IRSN, Titech, Sciences-Po

Partenaires : Institut d'études politiques de Paris (Sciences-Po), Institut technologique de Tokyo (Titech)

Laboratoire IRSN impliqué

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