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Crise

Mobilisation : Comprendre Fukushima depuis la France

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​​​L’accident japonais a nécessité l'activation du centre technique de crise de l’Institut dans un format particulier. Derrière les 200 experts entraînés et mobilisés, c’est l’ensemble des compétences de l’IRSN qui a permis de relever le défi.

Vendredi 11 mars, 11 heures. Au regard des premiers éléments qui filtrent quant à l’impact sur les réacteurs nucléaires du séisme de magnitude 8,9 qui a ébranlé le Japon à 6 h 46, heure française, et du tsunami associé, l’IRSN active son centre technique de crise (CTC) à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Bien que formés aux exercices de crise, les experts mobilisés ne savent pas encore que ce marathon durera quatre semaines, pendant lesquelles ils se relaieront, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Le CTC comptera ainsi, en permanence, au moins 30 experts de jour, dont 3 porte-parole, et au moins 20 experts de nuit. Soit au total 200 personnes sur les 1 700 que compte l’Institut.

 

Un CTC au format parti​culier...​

La salle centrale du centre technique de crise (CTC) de l’IRSN à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) © Grégoire Maisonneuve/IRSNFukushima dépassant largement le cadre habituel des crises connues jusqu’à présent et des exercices de crise menés régulièrement par l’IRSN, l’Autorité de sûreté nucléaire et les exploitants nucléaires français, l’organisation a été adaptée pour faire du “sur-mesure”.

Dès le mardi, un renfort d’ingénieurs, lisant et parlant le japonais, arrive au CTC en roulement pendant les quatre semaines de la crise.

« Le centre de crise compte normalement une cellule de direction, une cellule d’évaluation de l’installation, une cellule dédiée aux conséquences radiologiques, une cellule communication et une cellule de secrétariat et logistique », explique Éric Cogez, spécialiste des situations d’urgence et d’organisation de crise à l’IRSN, chargé du bon fonctionnement du CTC.

La cellule d’évaluation de l’installation du CTC © Grégoire Maisonneuve/IRSN« À ce schéma, il a été immédiatement ajouté une cellule de direction générale. » Le lundi, pour répondre aux questions qui affluaient, une cellule santé a été également mise sur pied, puis une cellule environnement (voir ci-dessous).

 

Les équipes de chaque cellule doivent aussi s’organiser. « Dès le lundi matin, nous avons compris que non seulement cette crise allait durer, mais qu’il allait falloir prendre en compte le décalage horaire avec le Japon. Nous avons instauré un roulement de trois équipes pour tenir plus longtemps », se remémore Franck Bigot, un des trois principaux animateurs de la cellule d’évaluation de l’installation, spécialisé dans les réacteurs à eau sous pression. 

 

... pour une crise hors norme

Le premier souci que partageaient les experts était de recueillir des informations sur un événement qui se déroulait à 10 000 km.

La cellule dédiée aux conséquences radiologiques du CTC © Grégoire Maisonneuve/IRSN« Nous étions hors de toute procédure habituelle », se rappelle Martial Jorel, directeur du CTC. « Le réacteur de type REB (réacteur à eau bouillante) était d’une technologie peu connue en France, nous ne pouvions pas interroger l’exploitant japonais Tepco et les informations venaient en différé de sources diverses. Nous avons suivi l’état du réacteur à partir des informations disponibles sur les sites Internet de Tepco, de l’autorité de sûreté japonaise Nisa (Nuclear and Industrial Safety Agency) afin de connaître l’état du cœur ou des piscines, ou de savoir comment l’eau était injectée. »  

Au final, la cellule dédiée aux conséquences radiologiques est peut-être celle qui a le plus fonctionné dans les conditions prévues. Elle disposait des mesures de rejets dans l’air et de données météorologiques ; elle a pu calculer les dépôts et trajectoires du panache.

 

Une cellule de soutien ​au CTC

Au sein du CTC s’est rapidement dessinée la nécessité d’évaluer les conséquences radiologiques de Fukushima sur de grandes distances. 

Pour répondre à ce besoin, Damien Didier, expert à l’IRSN, met en place la cellule de soutien sur les conséquences radiologiques de Fukushima : « Les outils du CTC sont élaborés pour des calculs à courte distance, entre 50 et 80 km. Il a donc été nécessaire d’utiliser les outils de recherche et développement, de les interfacer avec les données météorologiques disponibles sur le Japon et de développer un environnement de production de cartes et films. » Du fait de cette réactivité, dès le premier week-end, le devenir d’un panache radioactif sur le territoire japonais était estimé.

Plus d'information sur la modélisation du panache de Fukushima

 

 

Santé et environnement : deux cellules en renfort

Si elles n’étaient pas installées au centre technique de crise, car non prévues, les cellules santé et environnement se sont vite révélées incontournables.

Les experts de la cellule santé du CTC rédigent des réponses aux questions posées par la DGAL © Grégoire Maisonneuve/IRSNLa cellule santé a utilisé une salle de réunion de l’IRSN. « Huit experts à plein temps, aidés par 16 experts en relais, ont répondu aux 1 300 demandes reçues en quatre semaines, de médecins généralistes ou du travail, de journalistes ou du public, en particulier lors du survol de la France par les masses d’air contaminées », résume Alain Rannou, expert en radioprotection de cette cellule.

Cette dernière a aussi réalisé des anthroporadiamétries pour mesurer l’éventuelle contamination de 250 personnes revenant du Japon (journalistes, expatriés, pilotes d’avion...) et fourni plus de 300 dosimètres passifs à des personnes devant se rendre au Japon.

La cellule environnement a été mise en place sur le site du Vésinet (Yvelines), car il abrite la salle de surveillance Téléray qui centralise les mesures de radioactivité des balises disposées sur le territoire français et la majorité des moyens de traitement et de métrologie des échantillons de l’IRSN. Rapidement, cette surveillance est renforcée. Des sondes sont envoyées dans les DROM-COM et à l’ambassade de France au Japon.  

Plus d'informations sur l'installation des balises Téléray dans les DROM-COM.

En parallèle, des cartouches de charbon actif sont mises en place pour piéger l’iode 131, isotope radioactif créé lors des réactions de fission dans un réacteur. « Nous avons aussi augmenté de 50% la fréquence des prélèvements avec 1 200 analyses supplémentaires sur six semaines, pour lesquelles nous avons sollicité les agents territoriaux de Météo-France, de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) afin qu’ils nous envoient des prélèvements de salade, de lait... » explique Nathalie Chaptal-Gradoz, une des responsables de cette cellule. « Les antennes de Cadarache (Bouches-du-Rhône) et d’Octeville (Manche) nous ont aidés à traiter ce supplément d’échantillons. » 

 

Synergie de compétences

Malgré les difficultés, les experts proposent régulièrement des diagnostics et pronostics de la situation.

Dans cette course, les compétences de tous sont mises à profit. Un exemple : l’équipe d’évaluation de l’installation. « Les trois principaux animateurs se distinguaient par des spécialités différentes », illustre Franck Bigot. « Emmanuel Raimond est spécialiste de la phénoménologie des accidents graves comme la percée de cuve ou le relargage d’hydrogène. Karine Herviou possède l’expertise nécessaire pour faire le lien avec les conséquences radiologiques pour les populations. J’étais plus à même d’analyser l’état de l’installation. »  

Il ne s’agit là que de la face émergée de l’iceberg : « Nos collègues ont spontanément proposé leurs compétences, par exemple pour réaliser des schémas de la centrale », se souvient Martial Jorel. « En marge du CTC, il y a eu un sursaut à l’intérieur de l’Institut. » Et ce, bien qu’il faille continuer à traiter les affaires courantes. « Nous nous sommes toujours arrangés pour que la production des avis de routine sur les opérations des installations françaises reste assurée », témoigne Pascal Quentin, expert en sûreté des réacteurs, qui a remplacé Martial Jorel le premier week-end, avant de retourner à son travail quotidien, le lundi matin. « Les rapports des groupes d’experts prévus ont été remis en temps et en heure. »  

Des partenaires étaient également engagés dans la course, tel Météo-France, comme l’explique Jean-Marie Carrière, responsable de la prévision. « Nous avons fourni à l’IRSN des prévisions pour anticiper les déplacements de polluants et des analyses des conditions météorologiques des jours passés afin de comprendre rétrospectivement les observations. Nous lui avons aussi transmis les conclusions de nos propres calculs de prévisions de déplacement du panache depuis le Japon en vue de croiser nos résultats.

Vendredi 29 avril, 12 heures en France : au terme de six semaines de crise, dont quatre de présence permanente, le CTC est désactivé.

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