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Enseignements en France

Organisation de crise : Trois questions à Didier Champion

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​Ancien Directeur de la Crise à ​l'IRSN, Didier Champion a été le pilote du travail collectif mené à l’IRSN sur l’organisation de crise en cas d’incident ou d’accident nucléaire en France ou ayant un impact sur le territoire français. 

 

Quels ont été les grands enseignements de Fukushima en gestion de crise ?

Didier Champion.©Noak/LeBarFloreal/IRSN D.C. : Avant Fukushima, les travaux portaient sur des scénarios d’ampleur modérée et des rejets sur une journée. Fukushima a montré une dimension plus complexe, avec des rejets sur plusieurs jours et des dépôts à partir du 16 mars affectant la chaîne alimentaire et l’habitat.

Il y a eu un télescopage entre la gestion de l’urgence – avec ses mesures d’évacuation, la question de la distribution ou non d’iode stable… – et le début de la gestion post-accidentelle sur des territoires plus étendus.  

L’accident a eu un impact sans précédent sur le milieu marin, soulignant nos lacunes en expertise de crise. Fournir des calculs de dispersion de la pollution en mer ne suffit pas à prendre la bonne décision. Nous devons être capables de prédire ce que l’on risque d’observer, quand et où, de manière à agir préventivement : quelles espèces marines vont être le plus touchées ? La baignade peut-elle être autorisée ?   

Qu’en est-il de la protection de la population ?

D.C. : Fukushima va aussi conduire à revoir la doctrine de protection d’urgence. Aujourd’hui, les règles sont assez rigides : distribution d’iode stable et mise à l’abri dans les 10 km, évacuation dans les 5 km.

Or l’expérience montre que si ce périmètre de 10 km reste la zone d’action prioritaire, il faut se préparer à aller au-delà dans l’espace mais aussi dans le temps, car les rejets peuvent durer. Des éléments de doctrine complémentaires devraient donc être ajoutés à cet effet, et laisser davantage de souplesse dans la stratégie de protection.  

Fukushima aura-t-il également un impact sur l’Institut ?

D.C. : L’IRSN a joué son rôle d’expert au profit de nombreux acteurs, et pas uniquement de l’Autorité de sûreté nucléaire, dont il est l’appui technique. Lors d’une crise, des instances gouvernementales nationales, mais aussi locales sous la responsabilité des préfets, sollicitent l’Institut. Cela nécessite de revoir notre positionnement dans l’organisation nationale de crise.   

En interne, nous devons faire évoluer nos principes de mobilisation, et sortir du système du tout ou rien : il faut prévoir des niveaux intermédiaires de mobilisation de notre organisation de crise, avec la possibilité de mobiliser des équipes sans nécessairement activer le centre technique de crise. Enfin, l’expérience a aussi montré que l’IRSN doit être reconnu comme un acteur contribuant pleinement à l’information du public, en direct.


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