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1986-2011 - L'accident de Tchernobyl et ses conséquences pour l’environnement et la santé

La contamination des denrées alimentaires

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​​​​(Mise à jour) Pour un bilan actualisé en 2016, lire notre dossier « Tchernobyl, 30 ans après l'accident nucléaire »​​

Les retombées radio​actives atmosphériques se répartissent sur les différents milieux de l’environnement.

Les végétaux sont ainsi directement contaminés, par interception par les feuilles des produits radioactifs en suspension dans l’air (aérosols). Ce phénomène, beaucoup plus efficace pour les dépôts secs que pour les dépôts humides, entraîne une contamination des productions agricoles et des denrées d’origine naturelle.

Du fait de la saison pendant laquelle l’accident s’est produit, l’herbe et les légumes à feuilles, notamment les salades, les épinards et les poireaux, sont les végétaux les plus touchés en mai 1986. Les animaux d’élevage quiconsomment l’herbe contaminée des pâtures, sont également atteints. Cette contamination s’étend aux productions qui s’y rattachent, comme les produits laitiers et les viandes.

 La contamination atteint un pic immédiatement après les dépôts et diminue fortement dans les semaines qui suivent en raison de la croissance continue des végétaux et de la disparition des éléments radioactifs à demi-vie courte (iode 131). Elle est 100 fois plus faible au bout de trois mois.

Le sol retient une partie des éléments radioactifs déposés et, pour ceux qui ont une demi-vie longue et une tendance à se fixer sur les constituants du sol (par exemple les argiles), tels que le césium 137, un stock durable se forme.

À partir de 1987, le transfert des éléments radioactifs par les racines, beaucoup moins efficace que l’interception directe par les feuilles, contribue à entretenir une contamination des végétaux et du reste de la chaîne alimentaire dans les territoires les plus touchés.

 

Les territoires contaminés d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie  

Les productions agricoles

Dans les territoires fortement touchés de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, des niveaux élevés de contamination des productions agricoles sont observés en 1986, mais aussi durant les années suivantes. Après 1986, la contamination est surtout fixée dans les 10 à 20 premiers centimètres dans la majorité des sols.  

La contamination des produits agricoles diminue globalement au fil des années, de façon variable en fonction des caractéristiques initiales des dépôts, des natures de sol et des pratiques agricoles. Il n’est pas rare d’observer des valeurs élevées de concentration de césium 137 jusqu’au début des années 1990. Ceci s’observe principalement dans la région de Gomel en Biélorussie, où l’on atteint plusieurs milliers de becquerels par litre pour le lait de vache, 1 000 à 5 000 becquerels par kilogramme dans la viande de boeuf ou 1 000 à 2 500 becquerels par kilogramme pour le chou.

Sur la même période, la plus grande partie des céréales et des pommes de terre produites présente une activité massique inférieure à 100 becquerels par kilogramme. Cependant il subsiste des zones où les activités massiques sont restées notables, quelques milliers de becquerels par kilogramme dans les herbes naturelles ou certains fourrages.

Activité du césium 137 mesurée à partir de 1987 dans le lait de vache collecté dans les fermes des territoires contaminés 

Activité du césium 137 (en becquerel par litre) mesurée à partir de 1987 dans le lait de vache collecté dans les fermes des territoires contaminés. La contamination est très variable, en rapport avec l'intensité des retombées, mais aussi des actions de réhabillitation des surfaces agricoles.

Après une nette diminution jusqu’au début des années 1990, la contamination des produits agricoles évolue plus lentement (baisse de 3 et 7 % par an) et elle est très majoritairement due au césium 137. Elle est plus marquée dans les denrées animales (viande, lait), notamment issues d’élevages extensifs, que dans les denrées végétales.

Les forêts

Les feuillages des arbres interceptent facilement les aérosols radioactifs ambiants. La chute des feuilles entraîne localement une contamination de la litière et des sols des forêts, qui constituent ainsi un stock pérenne de substances radioactives recyclées par les arbres et les plantes de sous-bois, notamment les jeunes pousses.

Vingt-cinq ans après l’accident, la contamination par le césium 137 persistant dans la litière végétale et la terre forestière n’a pratiquement diminué que sous le seul effet de la décroissance radioactive (soit 56 % de l’activité initialement déposée), provoquant toujours, via les racines, la contamination du bois, des feuillages, ainsi que des champignons, des baies et du gibier.

Ainsi, contrairement aux produits agricoles dont la contamination a généralement fortement diminué au fil du temps, on observe toujours de très fortes activités de césium 137 dans les produits naturels récoltés dans les forêts des territoires les plus contaminés. Elles atteignent parfois plusieurs dizaines de milliers de becquerels par kilogramme dans les champignons, le gibier et les baies sauvages.

 

Concentration du césium 137 mesurée dans des champignons récoltés entre 1986 et 2000 dans les territoires contaminés 

Concentration du césium 137 mesurée dans des champignons récoltés entre 1986 et 2000 dans les territoires contaminés de Russie, de Biélorussie et d'Ukraine.

Les eaux de rivière

L’impact sur les eaux de surface est surtout observé au cours des premières semaines après l’accident, dans les territoires proches de la centrale accidentée, où elles ont été contaminées directement par les retombées radioactives. La contamination de l’eau a ensuite décru fortement, du fait de la disparition des éléments radioactifs de courte période radioactive et de l’absorption des substances radioactives sur les sédiments.

Ainsi, la Pripiat et le Dniepr, ressources en eau potable des principales villes d’Ukraine, sont contaminés au point de nécessiter, durant les premiers mois, la mise en oeuvre d’actions préventives : mise en place de digues, approvisionnement des villes en eau depuis des zones non contaminées, restrictions d’usage.

Port de Pripiat (affluent du Dniepr) et les bâteaux contaminés abandonnés 

En 1986 et les années suivantes, le ruissellement des eaux de pluie, la fonte de la neige ou les crues favorisent le lessivage d’une partie des dépôts de la surface du sol vers les cours d’eau. Le césium 137 et le strontium 90 sont les principaux éléments radioactifs observés sur le long terme dans la Pripiat, à proximité de Tchernobyl, à des concentrations faibles (de l’ordre de 0,1 Bq/l en solution dans l’eau). Les nappes phréatiques ne sont pas touchées, si ce n’est à proximité même du site en raison de l’infiltration dans le sol où des débris contaminés ont été hâtivement enfouis.

Courbe de l'évolution du césium dans la Pripiat et le Dniepr de 1986 à 1994 

Courbe de l'évolution du césium dans la Pripiat et le Dniepr de 1986 à 1994.

 

En France

En France, c’est dans les régions de l’est que les valeurs de contamination les plus élevées sont atteintes dans les productions agricoles et d’origine naturelle. Les valeurs maximales sont mesurées sur le lait de vache et les salades au cours de la première quinzaine de mai 1986.

Dans les zones de l’est du pays ayant reçu des dépôts humides particulièrement importants, la perte d’efficacité de l’interception des retombées radioactives par les feuilles liée aux fortes pluies entraîne une contamination de ces produits qui n’est que deux à trois fois plus élevée que celle mesurée dans les zones des mêmes régions moins touchées par ce type de dépôt.

Au cours des semaines suivant le dépôt radioactif initial, les concentrations en iode 131 et en césium 137 dans les légumes et les produits laitiers diminuent très rapidement sous l’effet de la croissance des végétaux et de la décroissance radioactive pour l’iode 131.

 

Gammes de valeurs de contamination en césium 137 et iode 131 mesurées au cours de la première quinzaine de mai 1986 

Gammes de valeurs de contamination en césium 137 et iode 131 mesurées
au cours de la première quinzaine de mai 1986

 

Certains produits sont extrêmement sensibles aux retombées radioactives. C’est notamment le cas du lait de chèvre et de brebis ; en zone méditerranéenne, ces animaux se nourrissent de plantes pauvres en eau, prélevées sur de grandes surfaces ; immédiatement après le dépôt, la contamination de leur lait a pu atteindre 10 000 becquerels par litre en iode 131 et 500 becquerels par litre en césium 137.  

À partir de 1987, la contamination des productions agricoles provient de l’absorption par les racines du césium 137 et du césium 134 présents dans les sols. Dès lors, elle est beaucoup plus faible et diminue régulièrement au fil des années. Cette diminution s’explique par la décroissance radioactive, notamment celle du césium 134 dont la période radioactive est de 2,1 ans et la diminution de la disponibilité du césium pour les plantes.

 

Evolution de la contamination en césium 137 de diverses denrées en France depuis 1986 

Evolution de la contamination en césium 137 de diverses denrées en France depuis 1986.
Le césium 134 n'est plus détectable depuis le milieu des années 1990.
 

En 2010, la contamination des produits agricoles est 10 à 30 fois plus faible qu’en 1987, et 1 000 à 10 000 fois plus  faible qu’immédiatement après les dépôts de mai 1986. Elle diminue désormais lentement au cours du temps.  

Certains sols forestiers de l’est de la France contiennent encore près de 55 % du césium 137 initialement déposé. Cet élément radioactif peut encore être mesuré à des concentrations de l’ordre de 100 becquerels par kilogramme dans certaines espèces de champignons récoltés sur ces sols.

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