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Incident de Cruas (France) - 2009

Perte des sources de refroidissement d'un réacteur : analyse de l'incident de Cruas

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En décembre 2009, un réacteur de la centrale de Cruas, dans l’Ardèche, s’est trouvé privé d’accès à l’eau du Rhône, qui assure certaines fonctions de refroidissement. Les acteurs analysent cet incident classé au niveau 2 sur l’échelle INES.

C’était la première fois. Jamais avant les 1er et 2 décembre 2009 les deux voies de refroidissement des systèmes importants pour la sûreté d’un réacteur nucléaire n’avaient failli simultanément. Conséquence : le réacteur numéro 4 de la centrale de Cruas, dans l’Ardèche, était coupé de la source d’approvisionnement en eau qui assure le refroidissement des équipements de sûreté nécessaires à son fonctionnement – une étape capitale pour la sûreté de l’installation. La cause : des algues charriées par le Rhône dont 50 m3 ont été extraits, ont obstrué les prises d’eau de la station de pompage.

Les procédures de sûreté mises en œuvre par EDF au cours de la crise (en particulier l’utilisation de l’eau d’un réservoir appelé bâche PTR), avec le soutien technique de l’IRSN depuis son centre technique de crise de Fontenay-aux-Roses, ont fonctionné comme prévu. Une dizaine d’heures se sont écoulées avant que la centrale soit de nouveau opérationnelle.

Pas question pour autant de se satisfaire de l’heureuse issue. Tout incident doit faire l’objet d’une investigation technique, a fortiori quand il atteint le niveau 2 de l’échelle de gravité internationale des incidents et accidents INES, qui en compte 7.

« Quelques heures après la crise, les ingénieurs et techniciens de la centrale ont commencé l’analyse de l’événement, aidés par une équipe d’ingénieurs et de responsables issus des services centraux d’EDF », indique Marco Martinella, correspondant EDF de la centrale auprès de l’ASN et de l’IRSN. « Décision a, par exemple, été prise d’organiser une surveillance renforcée des stations de pompage pour anticiper une éventuelle nouvelle arrivée massive et soudaine de matière colmatant les prises d’eau. Des consignes à suivre par les agents d’EDF en charge de la conduite du réacteur ont également été adaptées. »  

  

La déclaration d'incident.©ArtPresse/IRSN 

  

Visite réactive

Puis EDF a préparé à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire une réunion importante, qui s’est tenue le 16 décembre 2009. « L’objectif de ces échanges avec notamment les personnes aux commandes de la centrale qui ont vécu l’incident était de rassembler le maximum d’informations techniques de manière à reconstituer le film des événements et à procéder à la meilleure analyse possible de ses causes », explique Manuel Lambert, chargé d’affaires à l’IRSN, pilote de l’analyse approfondie de l’incident de Cruas. Ce jour-là, neuf spécialistes de l’IRSN et de l’ASN ont été dépêchés sur le site de Cruas afin de rencontrer les agents d’EDF, en particulier ceux qui étaient en fonction lors de la crise.

Les spécialistes de l’IRSN ont été sollicités, via une analyse préalable rédigée par le pilote, pour rendre leurs conclusions sur les différents points soulevés. Par exemple, le comportement de la station de pompage lors de cet incident : au niveau de la préfiltration par les grilles protégeant les prises d’eau contre l’intrusion de colmatants (suffisance des moyens de nettoyage…) et au niveau de la filtration assurant l’alimentation en eau brute filtrée des voies de refroidissement (surveillance du niveau d’eau, fonctionnement des automatismes de protection des pompes…). Des échanges ont eu lieu avec EDF, au niveau local et national, pour obtenir des réponses complémentaires, de la documentation supplémentaire, des données de fonctionnement, etc. « C’est un échange vivant », résume Manuel Lambert d’une formule.

Vivant mais long : il faut des mois de travail aux experts de l’IRSN pour rendre des conclusions sur les sujets pour lesquels ils ont été sollicités. Mais faire avancer la sûreté est à ce prix.

L’IRSN a adressé un rapport préliminaire en mars 2010 à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dans le cadre du système international de notification des incidents (IRS, International reporting system for operating expérience). Il décrit l’incident, ses conséquences réelles et potentielles sur la sûreté des centrales, et présente ses premiers enseignements. L’un des rôles de l’AIEA consiste à édicter des règles utiles dans la gestion des parcs électronucléaires. Et à diffuser l’information sur les analyses d’incidents relevés.

 

Analyse approfondie

« Quelques jours après avoir été reçu par l’AIEA, ce premier rapport a été entré dans une base de données spécialisée et a ainsi été rendu disponible auprès d’environ 1 250 personnes y ayant accès, lesquelles ont été averties par email », détaille Xavier-Bernard Bruls, coordinateur de la base de données IRS à l’AIEA. 

L’analyse préalable contient également le plan d’un autre rapport, plus fouillé et à venir, appelé "analyse approfondie", qui doit être finalisé à la fin de l’année 2010. Il comprendra les conclusions des spécialistes de l’IRSN. Remis à l’ASN, qui décidera des suites à lui donner, il contiendra des recommandations destinées à l’exploitant, l’une consistant à installer des capteurs de niveau d’eau à l’intérieur des stations de pompage pour que les agents de conduite de la centrale aient une vision plus précise des événements qui s’y déroulent. Il sera fait une version anglaise, appelée "rapport principal", que l’AIEA se chargera de diffuser largement. L’analyse approfondie servira de base à EDF pour décider d’un certain nombre d’améliorations techniques. L’ASN pourra s’appuyer sur ces conclusions pour demander à EDF certaines mesures correctrices. Afin que l’incident des 1er et 2 décembre 2009 ne puisse plus se reproduire, ni à Cruas ni ailleurs.

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