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Démantèlement : Quand la sûreté prime sur la rapidité

Le démantèlement de réacteurs nucléaires dans le monde

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Qu'il s'agisse de la décision d'arrêter une centrale nucléaire ou de la stratégie retenue pour la déconstruire, les pratiques diffèrent d'un pays à l'autre. Tour du monde des grandes politiques en la matière.

 « Sur 140 réacteurs actuellement arrêtés dans le monde, l’Europe en détient plus de 60% », comptabilise Patrice François, spécialiste de la sûreté des installations nucléaires en démantèlement à l'IRSN. « 29 en Grande-Bretagne, (soit 20% des réacteurs à l'arrêt dans le monde pour ce seul pays), 27 en Allemagne, 12 en France, 4 en Bulgarie, 4 en Italie, 2 en Lituanie, 1 aux Pays-Bas, 3 en Slovaquie, 2 en Espagne, 3 en Suède. » Petit tour d'horizon, en Europe mais aussi outre-Atlantique, des différents motifs invoqués et des stratégies de démantèlement retenues.


Les 100 réacteurs de puissance arrêtés ou en cours de démantèlement
en Europe en mars 2013

Les 100 réacteurs de puissance arrêtés ou en cours de démantèlement en Europe. Crédits : Hervé Bouilly/IRSN - Source AIEA  

 

Trois raisons de démanteler

Pourquoi démanteler ? Les causes peuvent être économiques pour des installations arrivant en fin de vie, technologiques (la France déconstruit actuellement ses neuf réacteurs graphite-gaz, cette technologie ayant été abandonnée pour des raisons économiques et techniques) et/ou politiques. Mais dans quelles proportions ?

Un rapport de la Cour des Comptes faisait le point en 2012 : « D’après les statistiques de la World Nuclear Association, association qui regroupe des producteurs d’électricité d’origine nucléaire, 14 réacteurs ont cessé de fonctionner à la suite d’un accident ou d’un incident sérieux, 22 ont été fermés à la suite de choix politiques et 97 ont été arrêtés pour des raisons de rentabilité économique ».

Bien entendu, c'est sur la question du choix politique que l'on observe les plus grandes divergences entre Etats, comme l'explique Patrice François : « A la suite de l'accident de Tchernobyl en 1986, l'Italie a décidé par référendum l'arrêt de ses six réacteurs nucléaires via une stratégie de démantèlement différé. Au début des années 2000, elle a opté pour une procédure accélérée, même si les délais de mise en œuvre de cette stratégie laissent à penser que la date de fin des opérations de 2025 peut paraître optimiste ».

Ce sont également des raisons politiques, et plus précisément le respect des conditions d'accès à l’Union européenne, qui ont poussé la Bulgarie, l'Arménie, la Lituanie ou encore la Slovaquie à arrêter leurs réacteurs de technologie russe, qui ne disposaient pas d'enceinte de confinement.

Enfin, plus récemment, l'accident de Fukushima est venu bouleverser les stratégies de nombreux pays. L'Allemagne a ainsi décidé d'abandonner progressivement sa filière nucléaire. C’est le cas aussi de la Suisse où les centrales actuelles seront mises à l’arrêt définitif à la fin de leur durée d’exploitation sans être remplacées, à l’horizon 2020. Idem en Belgique qui prévoit une sortie du nucléaire en 2025 via l’arrêt de toutes ses centrales à l’issue de 40 ans d’exploitation.

Quant au Japon, qui n’exploite depuis l'accident de Fukushima plus que 2 de ses quelques 50 réacteurs – les autres attendant une autorisation pour redémarrer –, le gouvernement semble revenir en arrière sur sa volonté d’afficher officiellement une sortie du nucléaire à l’horizon 2040.

En France, la loi TECV a décidé de limiter puis de réduire à 50% en 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité (articleL100-4 du code de l’énergie),ce qui conduira à l’arrêt de plusieurs réacteurs à moyen terme.

 

Trois stratégies possibles

Lorsque la décision d'arrêt est prise, reste à décider de la stratégie à adopter : démantèlement immédiat, démantèlement différé (attendre que la radioactivité baisse d'elle-même avec le temps avant de commencer la déconstruction), voire démantèlement « in situ », appelé aussi confinement sûr (couler du béton sur l'ensemble du bâtiment).

L'Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) recommande le démantèlement immédiat afin de ne pas faire supporter les coûts aux générations futures. Toutefois, de nettes divergences en fonction des situations peuvent apparaître dans la mise en œuvre de ces stratégies.

La France, la Belgique ou l'Espagne sont engagées dans des stratégies de démantèlement immédiat. Avec parfois des souplesses quand la filière de déchets n'existe pas : ainsi, en Espagne, le réacteur graphite-gaz de Vandellós 1 est en démantèlement différé pour cause d’absence de filière de gestion des déchets graphite », explique Patrice François.

« En outre, les calendriers sont parfois remis en question par des imprévus : ayant opté pour un démantèlement immédiat sans renouvellement du parc, la Belgique avait prévu que les réacteurs de Doel 1 et 2 soient arrêtés en 2015 et celui de Tihange en 2025, après une extension de durée de vie de dix ans. Mais la découverte de défauts sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 durant l’été 2012, pourrait modifier cette stratégie ».

La Grande-Bretagne a pour sa part davantage opté pour une stratégie de démantèlement différé. « Cette approche est compréhensible dans un pays qui a surtout misé sur la filière graphite et qui se trouve donc confronté à la question de gérer un déchet contenant certains radioéléments à vie longue », précise l’expert.

Ainsi, le réacteur Magnox de la centrale de Bradwell, au Sud-Est de l'Angleterre, devrait être démantelé d’ici à 2092. Sur la côte de la mer d'Irlande, l'immense site de Sellafield, qui abrite des réacteurs et usines de traitement du combustible, devrait être déconstruit d'ici à 2120. A cet égard, c’est la stratégie mise en œuvre pour l’ensemble du site qui prime sur les choix retenus pour chaque installation.

Aux Etats-Unis, pays qui compte 104 réacteurs en exploitation et 28 à l’arrêt, la stratégie est triple : « Le nucléaire civil s'astreint à démanteler selon des stratégies immédiates ou différées, mais les programmes doivent être mis en œuvre sur une période limitée à 60 ans, tandis que le nucléaire militaire s'autorise dans certains cas à mettre en œuvre le démantèlement « in situ » ou « entombment » (mise en tombeau). Et ce notamment pour les installations dont les procédés sont situés sous le niveau du sol.

La solution « in situ » ou « entombment » est certes rapide (quelques années) et beaucoup moins coûteuse, mais elle est sujette à discussion au niveau international pour des raisons de sûreté et de respect des générations futures : de nombreux experts s'inquiètent sur les garanties en termes de sûreté sur le long terme apportées par ces solutions qui s’apparentent à la création d’installations de stockage diffuses. Cette stratégie de démantèlement « in situ » pourrait également tenter d’autre pays comme la Russie, même si le pays reste pour le moment davantage engagé dans une stratégie de démantèlement différé pour ses cinq réacteurs à l'arrêt. »

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