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Comment sensibiliser les jeunes aux risques liés à l’énergie nucléaire et à la radioactivité ?

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Source : Magazine Repères N° 17, avril 2013

La radioactivité et le nucléaire ne sont pas des sujets prioritaires pour les jeunes en France. L’exposition Gafforisk circule dans les établissements scolaires pour informer sur les risques et les attitudes à adopter en cas de crise. Échanges entre une formatrice en risques majeurs et un responsable d’études en sûreté.

Julien Beaucourt, Docteur en physique, il est responsable d’études de sûreté sur les réacteurs français à l’IRSN. 

Évelyne Allain, Spécialiste en géographie physique, elle est formatrice à l’Iffo-RME. 

Julien Beaucourt : Docteur en phys​ique, il est responsable d’études de sûreté sur les réacteurs français à l’IRSN. Aujourd’hui, il est chargé de site pour les réacteurs 1 et 2 de Dampierre (Loiret). Il est aussi l’un des animateurs de l’exposition Gafforisk. 

Évelyne Allain : Spécialiste en géographie physique, elle est formatrice à l’Iffo-RME. Elle met en place des formations sur les risques majeurs et conçoit en partenariat des supports pédagogiques. 


Les programmes scolair​es n’intègrent pas l’éducation au risque majeur nucléaire. Est-ce une priorité ?

Évelyne Allain : Bien entendu ! Il est indispensable d’informer les populations et les jeunes sur le nucléaire et sur les comportements à adopter en cas de crise majeure. Un rapport postérieur aux événements de Fukushima l’a mis en exergue. Cet enseignement relève d’une éducation au développement durable, qui est inscrite dans les programmes scolaires aux différents niveaux d’enseignement.

Julien Beaucourt : L’information vers le public est une des missions importantes de l’Institut. Nous avons instauré une démarche de vulgarisation de la radioactivité et du risque nucléaire en direction des scolaires. Nous proposons notre expertise sous diverses formes, notamment en partenariat avec l’Institut français des formateurs risques majeurs et protection de l’environnement (Iffo-RME).

É. A. : Les deux organismes se sont retrouvés sur des objectifs communs : parler de risque majeur et de gestion de crise nucléaire, pour que les jeunes, et à travers eux les citoyens, puissent comprendre les phénomènes en jeu et s’impliquer dans leur sécurité.

J. B. : La complémentarité coule de source. L’un apporte son expertise scientifique et l’autre sa compétence pédagogique, son réseau de formateurs et de contacts dans toute la France. La demande d’information ne fait qu’augmenter depuis Fukushima.

É. A. : Petit bémol : le retour d’expérience sur l’itinérance de l’exposition Gafforisk “Radioactivité et nucléaire” montre que certains acteurs près des sites nucléaires ont des réticences à parler du risque quand l’actualité médiatique est forte. D’où l’intérêt d’aborder le propos sous un angle culturel et pédagogique par l’intermédiaire des établissements scolaires.

 

L’exposition itinérante Gafforisk “Radioactivité et nucléaire” est proposée aux collèges et lycées. Le sujet est-il réellement accessible à tous ?

É. A. : Tout le travail d’élaboration du projet est là. Les enseignants, les spécialistes de l’éducation à la prévention des risques majeurs de l’Iffo-RME, le ministère du Développement durable, l’Association nationale des comités et commissions locales d’information et l’IRSN se sont réunis pour développer un support d’information ludo-pédagogique, dont est tirée l’exposition. Elle a pour cible les élèves de 3e mais se révèle accessible à tout âge. Un accompagnement du support auprès des publics par des personnes formées est proposé. Le cheminement n’est pas imposé, les élèves se déplacent de panneau en panneau. Ils échangent avec les animateurs en fonction de leurs interrogations.

J. B. : Une fois le périmètre du support délimité, l’Institut a veillé à la rigueur scientifique de la vulgarisation. Il a réfléchi à la transmission des connaissances aux formateurs et aux enseignants. Ceux-ci perçoivent souvent le sujet comme très complexe et ont peur de se retrouver en porte-à-faux.

É. A. : Les questions des élèves varient en fonction des âges. Les lycéens – pour lesquels le nucléaire est au programme de physique – sont moins dans la technique, c’est-à-dire dans les mécanismes en jeu lors d’un accident, et plus dans les effets de la radioactivité sur l’environnement et la population.

J. B. : Les questions des élèves ne sont jamais des pièges. Elles restent concrètes et ancrées dans les préoccupations du quotidien. Cela contribue à enrichir les échanges. J’incite les jeunes à développer leur sens critique en s’interrogeant sur ce que j’apporte en tant qu’expert.

 

Le projet répond-il à toutes les interrogations des jeunes ? Que faire évoluer en fonction des attentes ?

J. B. : Nous essayons d’intégrer au maximum les retours d’expérience. L’exposition a été complétée cette année par deux panneaux sur Fukushima. Il n’y en a pas encore expliquant les impacts sur la santé. Ils doivent être réalisés. Mais une manipulation avec un compteur Geiger et un radiamètre permet d’aborder les effets des rayonnements sur les travailleurs exposés, par exemple.

É. A. : Les élèves du primaire (en cycle 3) sont demandeurs d’information. Une déclinaison simplifiée, en cours de création, leur sera destinée. Il reste effectivement à élaborer des supports pour ce sujet majeur : la santé. Un domaine complexe, souvent abordé, mais qui demande des connaissances faisant encore objet de débat ! Une autre voie d’évolution du projet peut être le développement de ressources dématérialisées, comme des applications ludiques pour le web et des films pédagogiques…

J. B. : Attention ! Pas question de se substituer à l’animateur, qui peut expliquer les notions les plus compliquées ou rebondir sur l’actualité. L’intérêt de Gafforisk réside dans l’interaction et les échanges.

 

Qu’apporte cette aventure à chacun des partenaires ?

É. A. : Notre association avec l’IRSN et son expertise a permis de développer une stratégie qui va plus loin qu’une simple exposition informative. Des établissements scolaires et des collectivités cherchent à monter une action de sensibilisation au risque nucléaire. Nous avons créé un outil d’accompagnement sur mesure pour eux. Les deux organismes déploient les moyens nécessaires pour pérenniser ce dispositif pédagogique.

J. B. : Participer à cette animation est un enrichissement personnel. C’est une plus-value pour l’Institut, qui a intérêt à constituer un vivier d’experts compétents en communication vers le public. Échanger avec les jeunes nous aide à prendre conscience de leurs interrogations, de façon à adapter nos messages en conséquence.


A r​etenir

  • La sensibilisation des jeunes aux risques liés au nucléaire est primo​rdiale. C’est un objectif commun pour les deux organismes.
  • L’exposition itinérante Gafforisk répond de manière ludique et pé​dagogique au besoin des enseignants et des élèves sur cette thématique.
  • L’échange avec le monde de l’éducation aide l’IRSN à mieux comprendre les questionnements de la société et du jeune public.

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