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Débats

Faut-il encourager les chercheurs à vulgariser ?

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Source : Magazine Repères N° 21, mai 2014

En quoi les enseignements font-ils avancer la sûreté ? Comment les optimiser ? Quelles stratégies adopter dans un contexte international ? Regards croisés et projections de représentants de deux secteurs où la sécurité est primordiale : l’aéronautique avec Airbus et le nucléaire avec l’IRSN.

 

Morgan Dutilleul Mathieu Vidard
Morgan Dutilleul - IRSN Mathieu Vidard - France Inter

Docteur en écotoxicologie évolutive, il a réalisé sa thèse  à l’IRSN et à l’université du Québec, à Montréal, sur le thème de   L’action des polluants sur l’évolution génétique des populations ». En 2012, il termine second du concours « Ma thèse en 180 secondes », à Montréal. À présent, il participe à un projet de recherche de l’IRSN sur la résilience de la société française face à une catastrophe majeure.

Animateur et producteur de l’émission scientifique « La tête au carré » sur France Inter, il a été récompensé du Prix Jean Perrin de la popularisation de la science, décerné par la Société française de physique. Il animera au printemps prochain la finale française du concours « Ma thèse en 180 secondes », à Lyon.

  

 

Le concours « Ma thèse en 180 secondes » consiste à présenter son sujet de thèse devant un public profane. Quel est l’intérêt d’un tel exercice pour les doctorants ? Pour  le grand public ?

Morgan Dutilleul : Présenter en trois minutes un travail qui vous occupe pendant trois ans est un exercice difficile mais très enrichissant. Cela permet de prendre du recul. L’enjeu est de susciter l’intérêt, de donner envie au public de poser des questions sur notre projet ou sur notre spécialité en général. La science peut alimenter les débats de société. D’où l’importance de la vulgarisation, qui contribue au dialogue entre les chercheurs et la société.

Mathieu Vidard : C’est intéressant car le concours s’inscrit en amont du parcours professionnel du scientifique. J’estime que les chercheurs, en particulier dans le secteur public, ont un devoir d’expliquer leurs travaux. Ce concours donne l’occasion au public d’apprendre de façon ludique. Il est impératif de développer ce genre d’événements en France, où la culture de vulgarisation scientifique est moins forte que dans les pays anglo-saxons, notamment d’Amérique du Nord.

 

Les chercheurs eux-mêmes  sont parfois réfractaires à  communiquer sur leurs projets. Pour autant, assiste-on à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs plus ouverts à la vulgarisation ?  

M. D. : Certains chercheurs appréhendent la vulgarisation comme une trahison, une perversion de leurs travaux. Mais aujourd’hui, ceux qui souhaitent communiquer disposent des réseaux sociaux, de Twitter, de YouTube, des blogs… C’est plus facile.

M. V. : Il y a toujours eu de grands scientifiques vulgarisateurs. Je pense à l’astrophysicien Hubert Reeves. Il a été l’un des premiers à s’exprimer publiquement sur la physique nucléaire. La vulgarisation dépend avant tout du chercheur, de sa capacité à captiver ses interlocuteurs. Mais ces compétences peuvent s’apprendre, lors de la formation universitaire par exemple. Depuis une dizaine d’années, de plus en plus de chercheurs sont à l’aise avec cette idée de transmission.

 

Les thèmes liés au nucléaire ou aux risques radiologiques sont-ils plus difficiles à aborder que d’autres dans les médias ?  

M. V. : Sans aucun doute. Dans mon émission de radio, « La tête au carré », le nucléaire fait partie des thèmes parmi les plus difficiles à traiter, à l’image des OGM ou des nanotechnologies. Nous l’abordons avec précaution car le sujet suscite toujours des réactions passionnelles. Le risque est de glisser sur le terrain idéologique plutôt que scientifique.

M. D. : Le nucléaire fait particulièrement peur depuis la catastrophe de Tchernobyl. Les craintes sont renforcées par l’accident de Fukushima et les récentes polémiques sur les centrales nucléaires en France. Il y a une perte de confiance dans la parole des experts, des médias, du pouvoir politique. Cela nécessite une communication claire et transparente afin que les citoyens puissent se mobiliser et devenir acteur des débats autour du nucléaire. 

 

Quels conseils donneriez-vous aux prochains thésards qui participeront à « Ma thèse en 180 secondes » ? 

M. D. : Présentez votre exposé à un maximum de personnes : à vos  collègues mais surtout vos proches. Ils auront tous des points de vue différents pour vous aider à être captivant le jour du concours. 

M. V. : Surtout, prenez du plaisir à participer. Le public n’est pas là pour juger, mais pour apprendre.

 

A retenir

  • Lancé en Australie en 2008 puis au Canada en 2012, le concours de vulgarisation « Ma thèse en 180 secondes » débute en 2014 dans les universités françaises.
  • Derrière l'aspect ludique, l’enjeu du concours est de révéler une capacité à vulgariser des recherches et de sensibiliser au dialogue science-société.
  • La vulgarisation scientifique s’avère nécessaire dans le domaine du nucléaire, un thème difficile à traiter dans les médias.

 

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