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Accompagner les habitants dans les zones contaminées à Fukushima

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Source : Magazine Repères N° 22, juillet 2014

Au Japon, une association de citoyens, « Ethos à Fukushima », tente d’améliorer le quotidien des habitants dans les territoires contaminés. Ryoko Ando, habitante d’Iwaki qui l’a créée, partage son expérience avec Ryugo Hayano, professeur de physique à l’université de Tokyo, qui participe à une initiative internationale mettant en relation la société civile et des scientifiques.

 

Ryugo Hayano Ryoko Ando
Ryugo Hayano - professeur de physique Ryolo Ando - Responsable de l'association Ehtos à Fukushima

Professeur de physique à l’université de Tokyo. Il dirige aussi une équipe de chercheurs du Centre européen de recherche nucléaire (CERN), à Genève (Suisse).

Pépiniériste dans la ville d’Iwaki. Elle est responsable de l’association Ethos à Fukushima.

 

Comment est née l’association « Ethos à Fukushima » ? Quels sont ses objectifs ?

Ryoko Ando : Après la catastrophe de mars 2011, plus de 60 000 personnes ont quitté le département de Fukushima, dans le nord-est du Japon. Depuis, 12 000 sont rentrées. La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) a organisé rapidement un dialogue entre les municipalités, les experts et la société civile. Dans le même temps, nous avons créé le groupe « Ethos à Fukushima » avec des habitants du département et des membres connectés sur les réseaux sociaux.

Comme nous pensons que l’initiative de la CIPR était une opportunité pour être en relation avec des experts, nous y participons. Nous utilisons également les réseaux sociaux pour trouver des soutiens. Notre association accompagne les habitants dans les territoires contaminés du district de Suetsugi (rattaché à la ville d’Iwaki), situé dans la zone des 30 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi. Elle tente d’améliorer durablement leurs conditions de vie.

 

Qu’apporte l’association aux habitants ? Quel est leur état d’esprit ? 

R. A. : Leur mode de vie a été totalement bouleversé après l’accident. Certains anciens résidents des villes environnant la centrale de Fukushima-Daiichi sont satisfaits d’avoir pu rentrer chez eux. Mais beaucoup étaient inquiets des effets sanitaires des rayonnements. Ils sont confrontés en permanence à des dépôts radioactifs qui influent sur leur quotidien. Notre but est qu’ils reprennent confiance en eux et puissent prendre en main leur vie en toute connaissance de cause.

Ryugo Hayano : Nous proposons des soutiens techniques à l’évaluation et à la gestion du risque radiologique. Des dosimètres électroniques ont été distribués à l’été 2013 à une centaine d’habitants de Miyakoji, district de la ville de Tamura (District dans lequel l’évacuation a été levée partiellement en août 2013, puis totalement le 1er avril 2014). Ils permettent de mesurer l’exposition aux rayonnements heure par heure. Mais cela ne suffit pas toujours à les rassurer. Plus de 300 mères de familles sont venues mesurer l’éventuelle contamination interne de leurs enfants à l’hôpital central d’Hirata, situé à 45 km de la centrale de Fukushima-Daiichi. Comme d’autres centres de soins et organismes présents sur place, cet établissement utilise le Babyscan, un appareil que j’ai développé.

 

En avril 2014, le gouvernement nippon a autorisé le retour de 357 habitants dans une partie de la ville de Tamura, située dans une zone jusqu’à présent interdite. D’ici deux ans, 30 000 nouveaux riverains réintègreront ces secteurs. Quel regard portez-vous sur ces retours ?

R. A. : Certains villageois aimeraient rentrer chez eux, d’autres non. Outre les rayonnements, plusieurs questions se posent dans la région. Le tissu économique local est détruit, les jeunes générations sont parties et ne reviendront certainement jamais. Nous souhaitons participer à la réhabilitation des territoires. 

R. H. : Cette question est au cœur de polémiques, et seule une minorité reviendra sur ses terres natales situées dans les zones interdites. Je souhaite malgré tout accompagner ceux qui désirent rentrer chez eux. 

 

Vous avez réalisé vos propres mesures de radioactivité. Il y a aussi celles des scientifiques ou de la compagnie Tepco, exploitante de la centrale sinistrée. Comment les habitants font-ils face à ces multiples données ? En qui ont-ils confiance ?

R. A. : Nous avons confiance dans les mesures que nous avons faites nous-mêmes.

R. H. : Nous considérons les mesures que nous avons effectuées comme fiables, et elles sont cohérentes avec la plupart des données gouvernementales et non gouvernementales. Très peu de personnes (1 %) présentaient des valeurs de contamination interne au-dessus des seuils de détection. Je peux garantir qu’aucun habitant n’a reçu de doses supérieures à 20 mSv/an depuis début 2012. Cependant, il faudra un suivi médical strict pour suivre l’évolution de la situation. De nouvelles habitudes de vie vont devoir être adoptées, comme les contrôles médicaux, les mesures de radioactivité sur les fruits, les légumes, etc.

 

A retenir

  • Plus de 60 000 personnes, sur deux millions d’habitants, ont quitté le département de Fukushima après la catastrophe.
  • Plusieurs communes sont redevenues accessibles. En avril, le gouvernement nippon a ainsi autorisé le retour de 300 habitants dans la ville de Tamura, située dans une zone jusqu’à présent interdite. D’ici deux ans, près de 30 000 personnes supplémentaires seront autorisées à réintégrer leurs villages. 
  • « Ethos à Fukushima » accompagne les habitants dans les territoires contaminés du district de Suetsugi, rattaché à la ville d’Iwaki, en organisant le dialogue entre les experts et la société civile.

 

Estimation des doses reçues par irradiation externe la première année après l’accident :
Des districts comme Tamura et Iwaki sont partiellement situés dans le périmètre des 30 km autour de la centrale

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