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Faibles doses : que révèle l’épidémiologie ?

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Source : Magazine Repères N° 27, décembre 2015

Radon s’échappant du sol, rayonnements cosmiques, imagerie médicale,  travail dans les centrales… Les travailleurs comme le public sont concernés par  les faibles doses de rayonnements. Les épidémiologistes Dominique Laurier (IRSN) et David B. Richardson (Université de Caroline du Nord) s’accordent sur la nécessité de mieux étudier leurs effets sur la santé.

 

David B. Richardson
Dominique Laurier
David Barrie Richardson, chercheur épidémiologiste, University of North Carolina Dominique Laurier, chef du laboratoire d'épidémiologie de l'IRSN

David B. Richardson est épidémiologiste à l’École de Santé publique de l’Université de Caroline  du Nord, aux États-Unis. Il mène des recherches depuis quinze ans sur  la quantification des risques associés  aux faibles doses de rayonnements.

Épidémiologiste et biomathématicien, Dominique Laurierl a intégré le Laboratoire d’EPIDidémiologie  des rayonnements ionisants (Lepid) de l’IRSN en 1995. Il est directeur du Lepid de l'Insitut depuis 2008.

 Voir le débat en vidéo


Qu’ont déjà découvert  les épidémiologistes sur les effets des faibles doses ?

Dominique Laurier : Des études épidémiologiques ont démontré un lien entre exposition à de faibles doses de rayonnements ionisants et hausse de la fréquence de certains cancers. C’est le cas pour le cancer de la thyroïde chez les enfants des territoires contaminés par l’accident de Tchernobyl, ou pour le cancer du poumon chez les personnes exposées à des émanations naturelles de radon à leur domicile. Nous manquons encore de données sur le sujet. C’est pourquoi le système de radioprotection actuel extrapole aux faibles doses les effets sanitaires observés sur les fortes doses. L’épidémiologie fournit une observation. La biologie explique les mécanismes. Les deux disciplines sont complémentaires. Il est intéressant de privilégier la combinaison des deux approches à travers l’épidémiologie moléculaire.

David B. Richardson : On pourrait aussi citer les études ayant mis en lumière l’augmentation du risque de cancer pour les enfants exposés à des rayonnements in utero lors d’examens d’imagerie médicale. Ces recherches ont conduit aux recommandations actuelles pour les femmes enceintes, afin d’éviter des expositions inutiles. Avec l’IRSN, nous sommes aujourd’hui engagés dans Inworks, la plus vaste étude épidémiologique jamais menée sur les effets des faibles doses. Portant sur plus de 300 000 travailleurs du nucléaire en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni, ses premiers résultats viennent de démontrer que leur risque de leucémie augmente en fonction de la dose qu’ils ont accumulée au cours de leur carrière, confortant ainsi le système de radioprotection actuel.

 

Mais alors, que reste-t-il à découvrir ? 

D. B. R. : Inworks va maintenant s’intéresser à d’autres effets potentiels de ces expositions à des faibles doses : cancers solides, maladies cardiovasculaires, etc. Avec le Laboratoire d’EPIDémiologie (Lepid) de l’IRSN, nous participons à une étude pour identifier les éventuels effets sanitaires des contaminations internes à faibles doses chez les mineurs d’uranium. Car on ne peut pas extrapoler les résultats obtenus sur un type d’exposition à un autre.

D. L. : À l’IRSN, nous participons à une recherche épidémiologique sur des enfants ayant passé des scanners avant l’âge de dix ans. Objectif : déterminer s’ils développent davantage de cancers. De nombreux points restent à explorer sur les faibles et très faibles doses : comment quantifier plus précisément le risque de cancer ? Certaines populations sont-elles plus sensibles que d’autres ? Existe-t-il une sensibilité génétique individuelle ?   

 

Vos deux institutions ont-elles  la même approche du sujet ?

D. B. R. : À l’Université de Caroline du Nord, nous avons une longue tradition de développement de méthodes statistiques et de design d’études épidémiologiques pour détecter les effets des faibles doses. Ce sont deux points cruciaux pour réduire le risque de biais et obtenir les résultats les plus précis possibles. L’objectif est aussi de rendre les  différents projets menés à travers le monde comparables les uns aux autres, pour tirer des enseignements robustes.

D. L. : L’Université de Caroline du Nord est réputée pour son expertise en épidémiologie, en biostatistiques et en santé publique. À l’IRSN, outre les études épidémiologiques pour identifier les possibles effets des faibles doses, nous menons diverses recherches en radiobiologie et radiotoxicologie pour découvrir leurs mécanismes sous-jacents au niveau de la molécule d’ADN, des cellules et des organes. Les approches de nos deux institutions sont donc très  complémentaires. Cela fait la richesse  de notre collaboration depuis plusieurs années !  

Regarder la suite du débat en vidéo : « Où en sont les recherches sur  les faibles doses ? »…   

 

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