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Art et science : Vrais ou faux jumeaux du savoir ?

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Portrait de Piet.sO (artiste). Crédits : Jean-Pierre Copitet/IRSN Source : Magazine Repères n°4, Janvier 2010

Peut-on sensibiliser le public aux problématiques scientifiques à travers l’art ? En créant des œuvres pour l’exposition "Vous avez dit radioprotection ?", Piet.sO, plasticienne, a accepté de relever ce défi. Retour sur cette collaboration avec l’artiste et Catherine Luccioni, conseillère scientifique.

 

Repères : Pensez-vous que l’art puisse contribuer à vulgariser la science ?

Piet.sO : Pourquoi pas ! Il ne faut pas sacraliser l’art. Pour le public, il peut être le moyen de comprendre, et aussi de se poser des questions sur de nombreux thèmes. Notamment sur la science, et en particulier la radioactivité.

Catherine Luccioni : Je pense en effet que le côté attractif de l’art permet d’aller plus volontiers vers des aspects pédagogiques. Les œuvres suscitent un élan, interpellent davantage que des documents classiques. Cet élan peut ensuite être prolongé par une réflexion.

 

N’y a-t-il pas contradiction entre la subjectivité de l’artiste et l’objectivité de la science ?

P.sO : L’artiste et le scientifique suivent en réalité la même démarche. Ce sont des frères jumeaux qui sont partis dans deux directions différentes, aux antipodes du savoir. Sauf que nous sommes formés pour être “désubjectivisés” pour la science et “désobjectivisés” pour l’art.

C. L. : Nos façons de travailler sont effectivement les mêmes : après une phase de recherche intervient une concrétisation, avec une publication scientifique dans un cas et une exposition dans l’autre.

 

Toutefois, en acceptant de collaborer à une exposition comme “Vous avez dit radioprotection ?”, la démarche artistique ne perd-elle pas sa liberté d’expression, sa liberté de critiquer la science ?

Portrait de Catherine Luccioni (conseillère scientifique). Crédits : Jean-Pierre Copitet/IRSN.C. L. : Nous ne sommes plus dans un monde où la science échappe aux critiques. La société civile en général interpelle la science de plus en plus, l’art étant une expression particulière de ses doutes. Dans ces conditions, l’art peut être à la fois un outil de médiation, pour sensibiliser le public, et une manière d’interpeller la communauté scientifique. 

Nous ne sommes plus dans un monde où la science échappe aux critiques. La société civile en général interpelle la science de plus en plus, l’art étant une expression particulière de ses doutes. Dans ces conditions, l’art peut être à la fois un outil de médiation, pour sensibiliser le public, et une manière d’interpeller la communauté scientifique.

P.sO : L’expression artistique n’est pas forcément polémique directe ou pamphlet. C’est un regard, une manière différente de relever certaines choses qui peuvent être choquantes pour le public. Comme l’euphorie scientiste des savants et médecins face au radium ou le positivisme qu’incarnait Marie Curie, ne voyant dans la science que la possibilité de guérir le cancer par la radiothérapie.

 

Sauf que cette fois, il y avait une commande…

P.sO : Nous avons proposé des œuvres qui, quand elles ont été acceptées, ont été exposées dans leur intégralité. Mais il est vrai que certaines n’ont pu voir le jour. Par exemple pour évoquer Tchernobyl, nous étions partis dans une direction assez délirante, avec une sorte de petit théâtre de Guignol dans lequel un nuage apparaissait…

C. L. : Cette œuvre aurait complètement détourné l’attention. Elle contrastait avec les autres, qui présentaient une dimension esthétique, technique, une beauté dans l’utilisation du métal.

 

C’est donc l’artiste qui a dû céder ?

P.sO : Nous avons eu des batailles, nous avons tapé du poing sur la table, nous avons menacé de tout arrêter des deux côtés. Puis nous avons cédé. Mais nous avons compris aussi que le propos n’était pas non plus dans cette polémique, nous étions sur un autre terrain. Nous avions eu peur d’être manipulés, d’être instrumentalisés. Et nous avons compris au fur et à mesure que les personnes qui étaient en face de nous n’étaient pas là pour défendre à tout prix des positions pro ou anti-nucléaire.

C. L. : Notre préoccupation n’était pas une promotion de l’utilisation des rayonnements ionisants mais plutôt d’insister sur la nécessité de se protéger contre leurs effets néfastes. Ce qui sous-entend qu’il peut y avoir des effets bénéfiques, comme la radiothérapie.

 

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L'exposition "Vous avez dit radioprotection ?"
 

Création du Pavillon des sciences en partenariat avec la Communauté d’agglomération du Pays de Montbéliard et l'IRSN, cette exposition propose des regards artistiques et des aspects pédagogiques sur les rayons X, la radioactivité ou encore la radioprotection. Regroupant des œuvres des plasticiens Piet.sO et Peter Keene, elle a été présentée pour la première fois en 2007 au Pavillon des sciences – Centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) de Franche-Comté. Après un passage dans la Drôme et à Paris, l’exposition est actuellement présentée à Lausanne, avant de se déplacer en Finlande.