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Dernière mise à jour en septembre 2015

L'étude CURE (Concerted Uranium Research in Europe) a été coordonnée par l'IRSN en 2013 et 2014. Elle visait à développer une approche novatrice intégrée impliquant épidémiologie, biologie, dosimétrie, toxicologie et statistiques pour approfondir la connaissance des effets sanitaires des expositions chroniques à l'uranium, et à produire un protocole de projet de recherche collaboratif européen sur cette thématique.

 

 

Contexte et objectif


La connaissance des effets sanitaires résultant de l'incorporation d'uranium demeure à ce jour insuffisante, notamment dans le cas des expositions chroniques à de faibles doses. Des études expérimentales chez l'animal ont documenté les effets des expositions aigues à l'uranium notamment sur le rein (atteintes organiques et fonctionnelles). Des études sont en cours sur l'animal pour évaluer les effets des expositions chroniques, mais les résultats obtenus doivent être complétés  pour une extrapolation en santé humaine. Dans les études épidémiologiques existantes, les doses résultant de l'exposition à l'uranium en milieu professionnel n'ont pas pu être reconstituées de façon satisfaisante. Par ailleurs, les cohortes étudiées sont pour la plupart de tailles limitées et manquent donc de puissance statistique. En conséquence, les études réalisées à ce jour demeurent encore insuffisantes pour conclure à l'existence ou à l'absence d'effets sanitaires suite à une exposition chronique à de faibles doses d'uranium.

 

L'étude CURE visait à construire une nouvelle étude fondée  sur des approches de biologie moderne, sur l'analyse conjointe des principales cohortes de travailleurs suivies et sur les modèles de calcul de dose interne les plus récents. Cette triple approche visait à obtenir un meilleur potentiel pour caractériser les effets biologiques et sanitaires d'une exposition chronique à de faibles doses d'uranium.

 

 

Déroulement de l'étude


Ce projet de 18 mois, impliquant 9 partenaires européens, était une action concertée soutenue par le réseau d'excellence DoReMi. L'étude CURE a permis d'évaluer la possibilité de mettre en commun les données issues de cohortes de travailleurs exposés à de l'uranium, suivis dans différents pays afin d'augmenter la puissance statistique disponible pour des analyses de risque. Par ailleurs, l'étude CURE a permis de développer une méthodologie harmonisée pour estimer la dose interne au sein de ces cohortes. Enfin, l'un des objectifs très novateurs de l'étude était d'évaluer la possibilité d'intégrer les recherches en radiobiologie aux études épidémiologiques pour améliorer la connaissance des effets biologiques et sanitaires de l'uranium chez l'Homme.

 

L'étude CURE s'est déclinée en deux objectifs principaux :

  • préparer un protocole commun pour les analyses épidémiologiques des cohortes de travailleurs du nucléaire et des mineurs d'uranium en Europe, en harmonisant les méthodes d'estimation de dose, afin d'estimer directement les risques sanitaires potentiels d'une exposition chronique à l'uranium ;
  • évaluer la faisabilité d'une approche d'épidémiologie moléculaire (quantification de biomarqueurs d'exposition et établissement de banques d'échantillons biologiques) dans les cohortes de travailleurs et élaborer un protocole commun pour mettre en place une étude d'épidémiologie moléculaire européenne.

 

Le projet a passé en revue les cohortes européennes les plus pertinentes pour analyser les risques de pathologies cancéreuses et non cancéreuses associées à l'uranium (mineurs d'uranium exposés à de faibles niveaux de radon en France, Allemagne et République Tchèque ; travailleurs des installations nucléaires du cycle de l'uranium en France, Grande Bretagne et Belgique). Grâce aux compétences en épidémiologie, dosimétrie, biologie, toxicologie et statistiques existant au sein des différents organismes partenaires, un protocole de recherche intégrée pluridisciplinaire a été élaboré.

 

 

Principaux résultats


Le protocole de recherche élaboré pourra être mis en oeuvre à court terme. Il est disponible dans le rapport final du projet CURE publié en mars 2015.

 

Ce protocole :

  • confirme la faisabilité d'une mise en commun des cohortes de travailleurs du nucléaire et de mineurs d'uranium de cinq pays européens pour la réalisation d'analyses conjointes ;
  • a permis la définition de méthodes  de calcul de doses harmonisées entre les différentes cohortes ;
  • confirme la faisabilité d'une approche d'épidémiologie moléculaire (mise en place de procédures opérationnelles standardisées de collecte et de transport de matériel biologique, validation des biomarqueurs pertinents, etc.).

 

Plus précisément, l'étude CURE a permis d'élaborer les bases d'une étude multidisciplinaire comprenant trois niveaux d'analyses : l'estimation du ratio de mortalité dans les cohortes de travailleurs comparé à la population générale, l'estimation dans les cohortes des associations entre exposition à l'uranium et risques de pathologies (cancéreuses comme non cancéreuses), et l'estimation du lien entre exposition à l'uranium  et biomarqueurs pertinents pour l'étude des effets de ce radionucléide. Elle a également montré que des sous-groupes pertinents pour les trois niveaux d'analyse proposés pouvaient être identifiés au sein des cohortes épidémiologiques existantes. Les autorisations réglementaires nécessaires dans chaque pays, ainsi que la préparation d'un questionnaire standardisé et d'un formulaire de consentement associés au prélèvement de matériel biologique ont été validés.

La faisabilité de la constitution d'une banque d'échantillons biologiques (biobanque) a été validée. De telles biobanques pourraient devenir une infrastructure-clef pour la recherche intégrée en radiobiologie et en épidémiologie moléculaire sur les effets d'une exposition chronique aux radionucléides et plus généralement dans le domaine de la recherche pour la radioprotection.
 
Le protocole d'étude développé dans le cadre de l'étude CURE pourra être mis en œuvre, sous réserve de la mise en place des accords collaboratifs nécessaires et de l'obtention de financements spécifiques. Il est possible d'étendre la mise en œuvre du protocole à d'autres pays en dehors de l'Europe afin d'augmenter la puissance statistique de l'étude mais également de l'adapter à d'autres situations d'exposition à des contaminations internes.

 

 

Références

  • Gueguen Y, Rouas C. Données nouvelles sur la néphrotoxicité de l'uranium. Radioprotection (2012) 47.
  • Guseva Canu I, et al. Uranium carcinogenicity in humans might depend on the physical and chemical nature of uranium and its isotopic composition: results from pilot epidemiological study of French nuclear workers. Cancer causes & control : CCC (2011) 22:1563-1573.
  • Laurent O, et al. DoReMi - Low Dose Research towards Multidisciplinary Integration. D5.17: Report for an integrated (biology- dosimetry-epidemiology) research project on occupational uranium exposure. Task5.8: Concerted Uranium Research in Europe (CURE), final report. Feb 2015.
  • http://www.doremi-noe.net/pdf/doremi_TRA/D5_17_Report_Uranium_exposure.pdf
  • Lestaevel P, Houpert P, Bussy C, Dhieux B, Gourmelon P, Paquet F. The brain is a target organ after acute exposure to depleted uranium. Toxicology (2005) 212:219-226.
  • Zhivin S, Laurier D, Guseva Canu I. Health effects of occupational exposure to uranium: do physicochemical properties matter? Int J Radiat Biol. 2014 Nov;90(11):1104-13
  • Grison S, Favé G, Maillot M, Manens L, Delissen O, Blanchardon E, Banzet N, Defoort C, Bott R, Dublineau I, Aigueperse J, Gourmelon P, Martin JC, Souidi M. Metabolomics identifies a biological response to chronic low-dose natural uranium contamination in urine samples. Metabolomics. 2013;9(6):1168-1180.

Caractéristiques

​Dates : 2013-2014 (18 mois)

Financement : Union européenne, via le réseau d'excellence DoReMi

Partenaires : IRSN, Federal Office for Radiation Protection (BfS), Public Health England (PHE), Nuvia Limited, Atomic Weapons Establishment plc (AWE), Belgian Nuclear Research Centre (SCK-CEN), National Radiation Protection Institute (SURO), Centre for Research in Environmental Epidemiology (CREAL), Institut Curie

Laboratoire IRSN impliqué

Rapport final

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