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Expertise de sûreté nucléaire

Les travaux d’expertise menés par l’IRSN ont pour objectif premier d’éclairer, aux plans scientifique et technique, les prises de position des autorités et pouvoirs publics sur un ensemble de dossiers dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection.

Dans l’esprit tant de sa stratégie à l’horizon 2030 que du contrat d’objectifs et de performance qui le lie à l’État pour la période 2019-2023, l’Institut a poursuivi tout au long de l’année 2020 ses actions de modernisation avec une préoccupation majeure : accroître toujours la qualité du service rendu à la collectivité. La réflexion conduite par ses équipes au sujet de la robustesse de son organisation et de ses processus procède de cette volonté d’optimisation.

Au regard de la situation sanitaire qui a marqué l’année 2020, l’IRSN a également dû démontrer sa capacité à adapter ses interventions en matière d’expertise au décalage d’activités telles que les arrêts de tranches pour maintenance et rechargement du cœur en combustible. En dépit des contraintes imposées par la crise, l’Institut a su mener à bien des dossiers d’expertise majeurs comme l’avis de synthèse du 4e réexamen périodique de sûreté des réacteurs de 900 MWe.

Toujours dans un esprit d’optimisation de son intervention au service des autorités et pouvoirs publics, l’IRSN a continué de renforcer la priorisation des dossiers de sûreté à expertiser, notamment par une identification plus fine des enjeux liés à chacun d’entre eux. Parallèlement, et dans un objectif d’amélioration du processus de travail mis en œuvre entre l’Institut et l’Autorité de sûreté nucléaire, l’IRSN et l’ASN ont procédé à une évaluation conjointe de leur mode de fonctionnement pour ce qui concerne les instructions techniques réalisées dans le domaine des installations du cycle du combustible, des déchets et du démantèlement. Cette coévaluation des relations entre les deux organismes permet à l’Institut de tirer des enseignements utiles pour adapter sa réponse aux enjeux en matière de sûreté en hiérarchisant au mieux les demandes de l’ASN en termes de priorité et de charge de travail.

Dans le même temps, l’IRSN a poursuivi, dans le champ de l’ouverture à la société, son effort visant à associer les parties prenantes à ses travaux d’expertise. Celui-ci s’est traduit en 2020 par des actions de dialogue technique avec public sur certains dossiers de sûreté présentant des enjeux majeurs pour la collectivité. L’Institut a ainsi mis à la disposition du public des avis commentés et des webinaires destinés à rendre la plus accessible possible au citoyen l’expertise sur ces sujets. Il a aussi intégré à son questionnement une partie des questions soulevées par le public lors des échanges techniques.

L’activité menée par l’IRSN en matière d’expertise de sûreté nucléaire aura été marquée en 2020 par la remise à l’ASN, au mois de mars, de l’avis de synthèse du 4e réexamen périodique des réacteurs de 900 MWe. Priorité majeure fixée conjointement entre l’Autorité de sûreté nucléaire et l’IRSN dans le protocole qu’ils ont signé, cet avis agrège les conclusions d’une quarantaine d’avis établis par l’Institut au cours de ce réexamen. Ce dernier illustre le lien étroit entre recherche et expertise, comme le montrent les essais réalisés dans la boucle Viktoria, installation dédiée aux expériences représentatives des conditions que pourrait rencontrer un réacteur dans l’éventualité d’un accident de rupture de son circuit primaire, ou encore les études réalisées à l’aide du code ASTEC, système de logiciels permettant de simuler l’ensemble des phénomènes qui interviennent au cours d’un accident de fusion du cœur d’un réacteur. L’autre grand dossier d’expertise de sûreté qui a mobilisé les experts de l’IRSN en 2020 est la poursuite du processus d’examen préalable à la mise en service de l’EPR de Flamanville avec, en particulier, l’évaluation du traitement des écarts de réalisation des soudures des lignes de vapeur principales du réacteur.

En parallèle, ceux-ci ont poursuivi le réexamen de sûreté de plusieurs installations du cycle du combustible nucléaire, comme l’INB 118 de l’usine Orano de La Hague.

Cherchant à optimiser l’efficacité de ses travaux d’expertise, l’IRSN continue d’innover dans des méthodes et outils d’aide à la décision. Après avoir lancé en 2019, avec le soutien du Fonds pour la transformation de l’action publique, l’outil PIREX, qui utilise l’apprentissage profond (deep learning) afin de permettre à ses experts de tirer le meilleur parti des bases de données de retour d’expérience d’exploitation des installations nucléaires, l’Institut a développé en 2020 un outil d’aide à la décision dans le domaine du risque d’incendie. Centré sur le logiciel SEVEN, cet outil utilise l’intelligence artificielle en vue de tirer le meilleur parti possible des données issues de la recherche au profit de l’expertise et de l’évaluation des risques, dans une logique « d’expertise augmentée ».

Chiffres clés

Chiffre clé

404

avis et rapports techniques transmis à l’ASN (hors activités intéressant la défense)

Chiffre clé

5

instructions techniques réalisées en support des réunions des groupes permanents d'experts placés auprès de l’ASN dans le domaine de la sûreté

Chiffre clé

161

heures d'enseignement dispensés au cours des 8 sessions de formation en sûreté nucléaire

Brèves

Parangonnage international SOCRAT

Au mois de juin 2020, lancement par l’IRSN et EDF, sous l'égide de l’AEN, du parangonnage international SOCRAT dans le domaine du comportement des ponts roulants pendant un séisme. La défaillance de ces équipements largement utilisés dans l’industrie nucléaire peut, pour certains scénarios, contribuer de façon significative à la probabilité de fusion du cœur du réacteur. Le parangonnage de Simulation sismique d’un pont roulant sur table vibrante (SOCRAT) vise donc à identifier les meilleures pratiques de modélisation de leur comportement ainsi que les critères de défaillance les plus pertinents pour en tirer des recommandations utiles au monde industriel. Il bénéficie des études expérimentales menées à l’aide de la table vibrante AZALÉE du CEA. La participation à cette référenciation organisée sous l’égide de l’AEN est ouverte à tous les experts – issus d’organismes de recherche, d’organismes techniques de sûreté, d’autorités réglementaires, etc. – intéressés par la modélisation de ponts roulants testés expérimentalement.

Mise en œuvre de la directive de sûreté nucléaire 2014/87/EURATOM par les états membres de l’UE

À la demande de la Commission européenne, un consortium « ETSON » dirigé par le TSO allemand GRS et comptant l’IRSN parmi ses membres a mené sur ce sujet une étude dont les conclusions ont été présentées au mois d’octobre 2020. Pour sa part, l’IRSN a piloté une étude basée sur les réponses des autorités de sûreté à un questionnaire visant à illustrer la mise en œuvre de la directive dans chaque pays. Il a également contribué au projet en présentant les améliorations de sûreté apportées aux réacteurs nucléaires français au titre de la maîtrise des accidents graves.

Formaton professionnelle des experts de TSO européens

En 2020, l’IRSN et ses partenaires européens au sein du GEIE ENSTTI (Institut européen de formation et tutorat en sûreté nucléaire) ont décidé d’interrompre cette expérience de 10 années au profit de modèles plus adaptés aux conditions post-Covid. L’IRSN restera ainsi engagé dans les actions de formation professionnelle des experts des TSO européens et poursuivra le travail précurseur de l’ENSTTI sur l’harmonisation des parcours de formation des analystes en sûreté et sécurité nucléaire et en radioprotection. En particulier, l’IRSN a repris les activités de formations que l’ENSTTI assurait depuis 2012 en soutien à, deux projets de la Commission européenne relatifs à la formation des autorités de sûreté et des TSO hors UE en sûreté nucléaire et en contrôle des matières nucléaires. L’IRSN restera également partenaire du projet européen ELSE, European Leadership for Safety Education, projet lancé par l’ENSTTI et porté par l’université Côte d’Azur.

Surêté nucléaire