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Etude pluraliste des accidents intervenus en 2014 au Waste Isolation Pilot Plant (WIPP)

 29/03/2021

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Jean-Dominique Boutin, citoyen géograph​e, Laura Gratton, citoyenne ingénieure indépendante, et l’IRSN publient une analyse pluraliste des accidents survenus en 2014 au Waste Isolation Pilot Plant (WIPP), site de stockage de déchets radioactifs transuraniens de faible activité en exploitation depuis 1999, situé dans l’Etat du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis.

L’installation de stockage du WIPP

L’installation appartient au Secrétariat à l’Energie des Etats-Unis (DOE) ; elle se trouve à 42 km de la ville de Carlsbad, au sud-est de l’é​tat du Nouveau-Mexique. Environ 12 km d’excavations ont été réalisées à 655 mètres de profondeur dans une couche de sel. Le WIPP a été conçu pour stocker environ 176 000 m3 de déchets radioactifs transuraniens (TRU) provenant des installations consacrées aux activités du programme nucléaire militaire américain, dont le laboratoire de Los Alamos, et accumulés depuis les années 30, soit 850 000 colis. Ces déchets se composent de vêtements, d'outils, de chiffons, de résidus, de débris, de terre et d'autres articles contaminés par de petites quantités de plutonium et d'autres éléments radioactifs artificiels. Les premiers colis de déchets y ont été stockés en 1999. La phase de stockage du WIPP est prévue pour durer 25 ans, suivie d’une période de fermeture d’une dizaine d’années. 

WIPP2.jpg 


Les accidents

Deux accidents se succèdent dans l’installation souterraine du WIPP en février 2014 : incendie d’un véhicule le 5, puis, le 14, explosion d’un colis de déchets non-conforme. Un relâchement de matières radioactives est constaté lors du deuxième accident par les stations de surveillance situées à la surface en tête des puits : le marquage de l’environnement s’est révélé négligeable de même que la contamination d’une vingtaine d’employés présents en surface (les galeries étaient vides de personnel, l’exploitation étant suspendue pour investigation depuis l’incendie). Conséquence de la contamination souterraine (et notamment celle du puits de sortie d’air), le débit d’air a été réduit et certaines opérations de maintenance des parois des galeries ont dû être différées. Après décontamination et mise en place d’une ventilation additionnelle l’exploitation a pu, début 2017, reprendre en mode ralenti (stockage et maintenance), mais ce n’est qu’avec le creusement et la mise en service d’un nouveau puits de ventilation, prévu en 2022, que l’installation pourra reprendre son activité nominale d’avant les accidents.

Pourquoi cette étude ? 

Ces évènements et le retour d’expérience à en tirer ont intéressé l’IRSN ainsi que certains acteurs de la société civile afin d’en dégager les enseignements principaux pour la conception et l’exploitation d’un stockage géologique de déchets radioactifs, tel que le projet français CIGEO[1]​ mené par l’ANDRA. Ainsi, l’IRSN a initié une veille et publié une note d’information en mars 2014[2]. De son côté, J-D. Boutin membre représentatif de la société civile au sein du Groupe Permanent d’experts pour les Déchets[3], a commencé à collecter des informations et à analyser les causes de ces accidents, aidé dans cette tâche par L. Gratton, ingénieure indépendante franco-américaine ; en décembre 2014, à l’occasion de la conférence des Commissions locales d’information (CLI)[4], il propose à l’IRSN un travail collaboratif sur le sujet.

Les deux parties décident, sur la base des travaux déjà réalisés, d’approfondir l’analyse de manière pluraliste, en examinant les diverses sources et supports existants de manière à séparer clairement ce qui est factuel ou fait consensus de ce qui relève d’interprétations ou controverses aux Etats-Unis. L’objectif recherché est de présenter une analyse partagée entre les auteurs sur les enseignements pouvant être tirés de l’origine, de la gestion et des conséquences de ces accidents, avec pour finalité de mettre à la disposition de chacun des éléments objectifs de réflexion et de questionnement sur la gestion d’un stockage de déchets radioactifs. Cette analyse commune est le fruit des échanges quasi-quotidiens entre les auteurs : elle aboutit à un ensemble de conclusions partagées, sans toutefois entraver la liberté de chacun des auteurs d’exposer, au-delà de ce rapport, les visions qui leurs sont propres, sur la base du même matériel. 

Sources et périmètre de l’étude 

De multiples sources, concentrées sur la période des accidents jusqu’à l’autorisation de la reprise partielle de l’exploitation fin 2016 puis concernant certains événements d’intérêt jusqu’en 2020, ont été étudiées : documentation à disposition sur le site internet des différentes institutions (documentation réglementaire et technique, rapports d’enquêtes du Secrétariat à l’Energie, rapports techniques, communications, courriers, etc.), informations disponibles sur le site des ONG, articles de presse, blogs ...

En s’appuyant sur cette documentation, l’analyse aborde :
- le contexte, les acteurs (cf. figure 3 du rapport), la genèse et les caractéristiques de l’installation ;
- la description des accidents et l’analyse factuelle des causes, pour l’essentiel décrites dans les rapports d’enquêtes, qu’elles soient matérielles, humaines ou organisationnelles ;
- le sujet de la communication en situation accidentelle et post-accidentelle, ainsi que le rôle et les relations entre les acteurs, institutionnels ou non, sous trois angles principaux : les modes de communication entre les différents acteurs, les sujets abordés (information, questionnements et réponses) et l’image que les acteurs ont donnée au public (crédibilité, enjeux de pouvoirs).
- la phase de réhabilitation et de reprise du WIPP, décrivant les actions engagées jusqu’à la fin de l’étude en 2016 et certains éléments postérieurs à cette date. 

Conclusions 

L’étude met en exergue des défaillances, tant matérielles qu’organisationnelles et humaines, à l’origine des accidents. Ces défaillances ont conduit à ce que les courroies de rappel initialement prévues pour remonter et corriger les dysfonctionnements et prévenir un accident estimé évitable n’ont pas fonctionné. Les enseignements qu’en retiennent les auteurs concernent certains choix techniques de conception du stockage et des colis, le respect des exigences et le rôle des institutions dans l’organisation du contrôle, les facteurs organisationnels et humains, la communication et l’interaction avec la société civile en et hors période de crise, les aspects politico-économiques ou encore les questions de coûts.

La diversité de ces considérations atteste de l’importance d’une approche à la fois systémique, articulant de manière efficiente tous ces aspects, et pluraliste, imprégnée d’une culture de sûreté partagée dans la durée par l’ensemble des acteurs concernés par une entreprise telle que le stockage de déchets en formation géologique. Cela nécessite que chacun soit pleinement conscient des risques liés aux activités, comprenne les dispositions mises en place pour garantir la sûreté et la radioprotection, et que sa parole soit prise en compte. 

Cette étude pluraliste est en soi une forme de pratique de la culture de sureté.  Le travail a déjà fait l’objet, au cours de son élaboration, de présentations par les auteurs dans le cadre des échanges techniques menés avec la société civile sur les déchets HA-MAVL, devant le Groupe permanent d’experts sur les déchets (GPD) ou au CLIS de Bure. La poursuite des échanges techniques engagés par l’ANCCLI, le Clis de Bure et l’IRSN dans la perspective du dépôt par l’ANDRA de la demande d’autorisation de création de CIGEO s’est concrétisée autour d’une série de trois réunions[5]​​ visant à répondre aux questionnements du groupe d’échange sur les connaissances des colis de déchets, et qui sont l’occasion de la publication de ce rapport.

Télécharger l'étude conjointe des accidents intervenus en 2014 au WIPP​ (13,4 Mo, PDF)



[1] CIGEO : Projet français de Centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs hautement radioactifs et à durée de vie longue -> www.andra.fr/cigeo   

[2] Note mise à jour en 2016 -> En savoir plus
[3] En savoir plus le Groupe Permanent d'Experts pour les Déchets (GPD) sur le site internet de l'ASN  
[4] 26e conférence des Commissions Locales d’Information -> En savoir plus sur le site internet de l'ASN
[5] le 15 décembre 2020 (retour d’expérience du WIPP et de Stocamine), le 3 février 2021 et le 30 mars 2021​.

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